Dubaï, la fin d’un rêve
Dans les sables de la péninsule arabique, une famille voulait créer une nouvelle cité-monde, entre Orient et Occident. Aujourd’hui, les Maktoum luttent pour la survie financière de leur ville et pour protéger son autonomie politique.
Après l’euphorie, la gueule de bois… Sévère, douloureuse, et parfois même totalement inattendue. En 2009, après plusieurs années d’expansion vigoureuse, la croissance moyenne dans les pays du Golfe ne devrait pas dépasser les 2,5 % dans le meilleur des cas. C’est, certes, mieux que la récession qui frappe l’Europe et les États-Unis, mais c’est un net ralentissement qui pénalise la grande majorité des projets qui foisonnaient dans la région.
Licenciements, faillites, hausse des taux d’intérêts, interrogations sur les capacités de remboursement de sociétés dont certaines tenaient le haut du pavé il y a peu… voilà les thèmes devenus prégnants aujourd’hui, remplaçant tous les discours à propos du boom économique impressionnant du Golfe. Honneur aux champions, le plus touché est, bien entendu, Dubaï, membre de la fédération des Émirats arabes unis. Après une décennie d’euphorie, de surenchères et d’extravagances hôtelières et touristiques, le « Hong-Vegas du Golfe », comme aimaient à le surnommer ses laudateurs, paie le prix fort. Longtemps porté par une activité de construction effrénée, la cité-État voit pratiquement tous ses chantiers tourner au ralenti ou être à l’arrêt, en raison de l’éclatement de la bulle immobilière. Même l’emblématique Burj Dubai, la tour la plus haute du monde, n’en finit pas d’être achevée.
« La nuit, nombre d’immeubles de la ville sont plongés dans l’obscurité, y compris les bâtiments destinés à l’habitation. Cela accroît la sinistrose », raconte une restauratrice française qui se prépare à quitter le pays, faute d’avoir réussi à rentabiliser son établissement.
Selon les dernières statistiques, le marché immobilier a perdu de 40 % à 70 % de sa valeur. La raison est simple : la spéculation effrénée a porté le marché à des valeurs jamais atteintes (une simple villa à Dubaï pouvait se vendre à plus de 5 millions de dollars). De même, de nombreux appartements ont été vendus sur plan et ont changé de propriétaires une bonne dizaine de fois, avant même les premiers travaux, avec, à chaque transaction, des hausses moyennes de 15 % de la valeur de l’actif.
Certains acheteurs, qui avaient investi au plus haut de la bulle en s’endettant, ont trop tardé avant de réaliser leurs bénéfices. Ils se retrouvent dans une situation particulièrement difficile. Comme le signalait le site Arabianbusiness.com, l’un des métiers les plus demandés aujourd’hui dans l’émirat est celui de recouvreur de créances. Un chiffre en dit long sur la situation : un crédit immobilier sur quatre ne serait pas remboursable… On comprend dès lors pourquoi les grands noms de la construction à Dubaï sont surveillés comme le lait sur le feu. L’annonce, en février dernier, de la mise sous chapitre 11 (loi destinée à protéger une entreprise en faillite de ses créanciers) de la filiale américaine du groupe Emaar, a créé la consternation dans les milieux d’affaires du Golfe.
Depuis, il ne se passe pas une semaine sans que des rumeurs alarmistes envoient le cours de l’action de la société au tapis. Et la contagion menace. Dans un rapport récent, la banque d’affaires koweïtienne Markaz a mis en garde contre un effondrement du marché immobilier au Qatar, l’autre pays de la région à avoir connu une activité frénétique dans la pierre. « La bulle immobilière va aussi y éclater, ce n’est qu’une question de temps », pronostique l’économiste en chef d’une grande banque d’Abou Dhabi. « Le problème, c’est que cela risque de provoquer un effet domino et emporter des sociétés de la région qui ont placé une partie de leurs avoirs dans le bâtiment.» (Lire la suite…)

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