Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

27 décembre 2009

Souvenirs, souvenirs…

Filed under: 09 - Evènement,20 - UMP — iledere @ 12:00

coupureAu pied du sapin, ce texte de Jérôme Bonnet, qui réserve à plumedepresse ce qu’il ne publie pas dans Siné Hebdo, son habituel canal (historique) d’expression. Joyeux Noël à tous les plumonautes !

Il était une fois deux jeunes garçons, pas très finauds, qui s’ennuyaient ferme dans leur fac de Droit parisienne. Un bel été, ils décidèrent d’aller faire un tour sur la côte d’azur, histoire de rigoler un peu. Ils n’allaient pas être déçus.

La nuit du 5 au 6 août, le bon maire de La Croix-Valmer, riant village du golfe de Saint-Tropez, surprit deux individus en flagrant délit de siphonnage de son réservoir d’essence. Devant ses cris, les ombres prirent leurs jambes à leur cou et disparurent dans la nuit provençale, abandonnant derrière eux une voiture qui, en fin de co(n)mpte, s’avèrera n’être pas tout à fait leur propriété légitime.

La maréchaussée locale, prestement mise en branle par le Premier magistrat, ne tarda pas à les débusquer un peu plus loin. Occupés à tenter de mettre en route un autre carrosse, tout aussi autochtone, ayant eu le malheur d’être parqué sur leur chemin. Mais les pandores ne parvinrent à mettre la main que sur l’un d’entre eux, le second leur filant à nouveau entre les doigts. Ce n’est que le lendemain matin qu’ils mirent un terme à la battue, ayant pris le second, « dans un état lamentable, les pieds ensanglantés, les vêtements déchirés », dans leur filet. Dans un éclair de génie, le compère leur demanda de le raccompagner jusqu’à son bateau, ancré non loin de là, à Cavalaire-sur-mer. Les avait-il confondus avec des capitaines de soirée ?

Toujours est-il qu’obligeants, les policiers ne se firent pas prier pour l’y accompagner séance tenante. Et tant qu’à s’y être déplacés, à procéder à une perquisition en règle de l’embarcation, des fois que s’y trouvât également la sardine qui bouchait le port de Marseille. De clupéiforme géant, il n’y avait point, mais la fouille ne fut pas exempte d’intérêt. Ils y dénichèrent « des pièces de voitures, des papiers d’identité volés ainsi qu’un pistolet 6,35 garni de 5 cartouches ».
Autant de délits auxquels vinrent s’ajouter, au terme de l’enquête rondement menée, le vol à Saint-Cyr le 2 août de la première voiture, abandonnée le réservoir à sec, d’une autre à Laréol le 19 juillet, l’usage de fausses plaques d’immatriculation, ainsi que l’emprunt d’un moteur de bateau le 23 juillet à Villefranche-Laranguais.

La morale de cette histoire ? C’est que la société, qu’on dit pourtant vindicative, sait fermer les yeux et oublier bien vite les erreurs de jeunesse, puisque la condamnation qui s’ensuivit, plutôt clémente au vu de l’équipée, fut d’un an de prison avec sursis et trois ans de mise à l’épreuve. Qu’aujourd’hui, pd amplus de quarante ans après, les faits sont couverts par la prescription. Et qu’avoir été jeune et con n’empêche pas de connaître un avenir radieux et une brillante carrière, car les deux barbares qui semèrent ainsi le désordre sur le littoral méditerranéen avaient pour nom Alain Madelin, ex-ministre du tourisme de Chirac, et Patrick Devedjian, actuel ministre de… la Relance.

Jérôme Bonnet

PS : Tous les faits énoncés dans ce conte sont tirés de l’édition du 11 novembre 1965 du Petit Varois, authentifiés par la rédaction – actuelle – de Nice-Matin.

Merci à Olivier Bonnet de « plume de presse« 

Impôts 2010 : la baisse est réservée aux entreprises

Filed under: 03 - Economie,21 - Mensonges de Sarko — iledere @ 6:20

Bien que la doctrine officielle du président de la République Nicolas Sarkozy soit de ne pas augmenter les impôts, les ménages, pour peu qu’ils roulent beaucoup, se chauffent au fuel ou au gaz, partent à la retraite, épargnent, utilisent les niches fiscales ou soient victimes d’accidents du travail, seront davantage taxés en 2010. Les entreprises, elles, seront mieux loties. Elles acquitteront la taxe carbone, mais bénéficieront de 11,7 milliards d’allégements fiscaux du fait de la suppression de la taxe professionnelle.

Aperçu de ce qui attend les uns et les autres en 2010 alors que les lois de finances et de financement de la Sécurité sociale ont été adoptées par le Parlement.

MÉNAGES
Création de la taxe carbone (+ 2,7 milliards d’euros). Pour lutter contre le réchauffement climatique est instituée, dès le 1er janvier 2010, une taxe carbone sur les produits énergétiques mis en vente, utilisés ou destinés à être utilisés comme carburant ou combustible. Cette taxe renchérira de 4,11 centimes d’euro/litre le prix de l’essence et de 4,52 centimes d’euro/litre celui du gazole.

Restitution forfaitaire du produit de la taxe carbone (- 2,7 milliards). Un crédit d’impôt sur le revenu est institué pour rendre aux ménages le montant de la taxe carbone et la TVA qui y est associée. Cette restitution, forfaitaire, prendra la forme d’un crédit d’impôt fixé à 46 euros pour une personne seule et 92 euros pour un couple soumis à imposition commune. Ces montants seront portés respectivement à 61 et 122 euros pour les contribuables domiciliés dans une commune non intégrée à un périmètre de transport urbain. Le crédit d’impôts sera en outre majoré de 10 euros par personne à charge.

Pour ceux qui paient l’impôt sur le revenu, la restitution se fera au moment du paiement de l’impôt. Pour les autres, elle prendra la forme d’un chèque vert, en principe versé en février. Gagneront à l’opération les ménages qui consomment peu de CO2, y perdront ceux qui en consomment beaucoup pour se déplacer ou se chauffer. (more…)

26 décembre 2009

Il y a vingt ans, le faux charnier de Timisoara

Filed under: 05 - Presse, média, Internet — iledere @ 12:00

Exercice de mémoire. Pour les futures terminales S qui ne verront l’histoire qu’à la télé…

En décembre 1989, à la veille du réveillon de Noël, alors qu’en Roumanie tombait la dictature de Nicolae Ceausescu, les téléspectateurs occidentaux découvraient avec horreur les images d’un charnier où, affirmaient les envoyés spéciaux, gisaient des corps affreusement torturés. On parlait alors de quatre mille morts pour la seule ville de Timisoara. L’émotion soulevée était immense ; les éditoriaux solennels et les appels à l’action se multipliaient. En fin de compte, il s’avéra que les cadavres exhibés devant les caméras avaient été déterrés dans le cimetière des pauvres. Partisans de Ceausescu compris, la « révolution roumaine » avait fait quelque sept cents morts – moins de cent à Timisoara. Le bilan de l’attaque américaine au Panamá, qui s’était déroulée au même moment dans l’indifférence générale, s’élevait à près de deux mille morts…

De la condamnation légitime d’une dictature, pourquoi le discours médiatique a-t-il basculé dans ce délire où le dictateur roumain devenait un « vampire », et les hommes de la Securitate, des ombres maléfiques et toutes-puissantes ? Deux mois plus tard, dans un article intitulé « Télévision nécrophile » (Le Monde diplomatique, mars 1990), Ignacio Ramonet analysait les raisons finalement très logiques qui expliquaient cet emballement irrationnel.

L’affaire de Timisoara devait jeter le discrédit sur des médias qui, jusqu’alors, bénéficiaient de la confiance de leur public. Le soupçon qu’elle fit naître fut confirmé, un an plus tard, par les débordements similaires qu’occasionna la guerre du Golfe.

Subventions de l’UMP : Besson en hausse, Boutin en baisse

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 6:30

La cagnotte pour les groupes politiques affiliés à l’UMP, c’est un peu comme les images à la fin de l’année en primaire. Le gros poster animalier pour les meilleurs ou les fayots, et un timbre poste pour les cancres. Paris Match a eu accès aux documents déposés à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), qui montrent dans le détail comment l’UMP a distribué ses deniers à ses alliés politiques en 2008.

Crise oblige, le parti de la majorité présidentielle a globalement réduit la voilure ; au lieu des 4,5 millions d’euros distribués en 2007, l’UMP n’a alloué que 3,4 millions d’euros à ses amis en 2008. Mais le plus intéressant est de regarder qui a gagné quoi. En sort un baromètre interne à l’UMP qui montre en filigrane quels ténors sont en odeur de sainteté auprès de la chefferie (ou pas).

Au rayon des bons élèves encouragés :

* Eric Besson, dont l’association « Les Progressistes » a reçu 100 000 euros en 2008, soit deux fois plus que l’année précédente
* François Fillon, qui progresse en empochant 60 000 euros au nom de « France9 » contre 40 000 euros en 2007
* Jean-Louis Borloo, qui a gagné le gros lot avec un million d’euros attribués au Parti radical (824 000 un an plus tôt)

A l’autre bout de la classe, quelques déçus de la distribution des prix :
* Michèle Alliot-Marie qui passe à la trappe avec zéro subside de l’UMP pour « Le Chêne » qui avait reçu 95 000 euros en 2007
* Jean-François Copé dont le mouvement « Génération France » ne figure pas dans la liste
* Jean-Pierre Raffarin, qui baisse pour sa part de 150 000 à 100 000 pour le groupe « Dialogue et initiative » – avant même que l’ex-Premier ministre ne prenne ses distances avec la politique élyséenne en matière d’identité nationale
* Christine Boutin, qui perd 56 000 euros en un an et retrograde à 125 000 euros de subvention en 2008 pour le « Forum des républicains sociaux »
* Hervé de Charette, pour sa part, est passé de 575 000 euros en 2007 à 100 000 en 2008 – avant de claquer la porte de l’UMP le 8 décembre dernier

Anecdotique ? Pas complètement, si l’on entend la frustration de certains (mauvais) perdants. Ainsi, Christine Boutin. Interviewée par Europe 1 ce jeudi 24 décembre, elle confirme que « ce n’est pas agréable » et se fend même de quelques menaces feutrées :

« Nous ferons un jour l’addition en disant voilà : est-ce que véritablement vous considérez que nos idées font partie de la majorité ? »

Car c’est aussi d’idées et de force de travail qu’il s’agit, et pas simplement de gros sous. C’est en tous cas l’argument avancé par Dominique Paillé, porte parole de l’UMP, qui invoque des « paramètres objectifs : nombre d’adhérents, nombre de travaux, de propositions fournis à la maison-mère » mais aussi la notion « d’utilité politique ». Variable d’une formation à l’autre, manifestement.

Par Chloé Leprince pour Rue89

25 décembre 2009

L’agression de Berlusconi était-elle un coup monté ?

Filed under: 11 - société — iledere @ 6:20

Silvio Berlusconi, après l'agression. Capture d'écran de la télévision italienne. (AFP)La presse poursuit le débat engagé par les internautes pour savoir si l’attaque de Berlusconi n’a pas été organisée par lui-même. Le correspondant de Radio France à Rome n’y croit pas.

Après les blogueurs, c’est au tour des journalistes de s’interroger sur l’agression de Silvio Berlusconi le 13 décembre dernier à Milan, afin de savoir si elle n’aurait pas été orchestrée par Il Cavaliere lui-même dans le but de faire remonter sa côté de popularité.
« Des doutes sur l’agression de Berlusconi », titrait ainsi dimanche le journal belge Le Soir. De son côté, La Repubblica a diffusé sur son site une série de photos décortiquant la scène de l’attaque.
Il s’agit là de traquer le moindre indice pouvant permettre d’infirmer ou de confirmer les thèses qui se répandent sur le net.

Théorie du complot
Parmi les nombreuses voix qui se sont élevées, certaines ont par exemple pointé l’absence de sang immédiatement après l’impact de la statuette sur le visage de Silvio Berlusconi. D’autres s’interrogent sur l’inhabituelle inefficacité du service d’ordre de Silvio Berlusconi.
En France, c’est Eric Valmir qui relaie ces doutes.
Vendredi déjà, le correspondant de Radio France à Rome publiait un long article sur son blog intitulé « Et si l’agression de Silvio Berlusconi n’était qu’un grand bluff ?« .
Pour autant, le journaliste, qui intervenait mardi 22 décembre sur le sujet au micro de France Culture, refuse pour l’instant d’incriminer le président du Conseil italien. (more…)

24 décembre 2009

Conte de Noêl…

Filed under: humour — iledere @ 19:05

Vous n’espériez pas y échapper ? L’an dernier, vous aviez du, chers lecteurs, subir ma fiction du jour de l’an « The perfect moment » qui hélas s’est révélée prémonitoire…

Pour ce Noël, je vous offre un conte de mon cru qui m’a été inspiré par mes souvenirs d’Afrique et plus particulièrement de Côte d’Ivoire. J’ai donc adapté à notre pays la « légende des Baoulés »
Un caramel mou sera offert au premier qui trouvera l’origine du chant d’espoir… Joyeux Noël à toute et tous…

Il y a longtemps, très longtemps, vivait dans un beau pays bordé de mers poissonneuses et de montagnes élevées et de plaines fertiles, une tribu paisible , les français. Ses jeunes hommes étaient nombreux, nobles et courageux, ses femmes étaient belles et joyeuses. Le roi, lui, était un gnome atrabilaire et méchant. Menteur et manipulateur, il n’avait de cesse de débiter de vaines promesses pour tenter d’acquérir l’amour de ses sujets, et, au pire leur obéissance. Etrangement, sa reine, la reine Carla, était la plus belle parmi les plus belles.

Depuis longtemps, très longtemps, la paix était sur eux et les ouvriers mêmes, fils d’ouvriers des temps révolus, étaient heureux auprès de leurs heureux maîtres.

Un jour, fatigués par les rodomontades du roi des français, les ennemis vinrent nombreux. Aussi nombreux que les billets que les riches avaient entassés dans leurs greniers. Il fallut quitter les palais, les maisons, les plantations, les rivages poissonneux, laisser les usines, les ateliers, tout abandonner pour fuir.

Ils partirent dans la forêt. Ils laissèrent aux épines qui leurs costumes, qui leur vêtements de travail, puis leur chair. Il fallait fuir toujours, sans repos, sans trêve, sans avenir malgré les promesses du roi de jours meilleurs à venir. Promesses auxquelles les sujets échaudés ne croyaient plus guère.
Fuir toujours, talonné par l’ennemi féroce. (more…)

Du Tamiflu en veux-tu ? En voilà !

Filed under: 08 - Santé-Services publics — iledere @ 12:00

Depuis avant-hier matin lundi 21 décembre, toutes les officines de France sont capables de délivrer gratuitement du Tamiflu® à toute personne (française ou étrangère) se présentant avec une ordonnance. Cette mise à disposition fait suite à la recommandation du 10 décembre du Ministère de la Santé sur la nouvelle prise en charge des personnes atteintes de la grippe H1N1 : mettre tout le monde sous Tamiflu®.

La réaction des médecins généralistes ne s’est pas faite attendre ! Pour avoir une bonne analyse de la situation, je vous recommande de lire le billet de Toubib56. Il résume très bien le fait que cette décision est on ne peut plus surprenante compte tenu de la gravité de la grippe H1N1 qui, en terme de mortalité, est moindre que ce qu’on avait pu craindre. De plus, le Tamiflu ne réduit que d’une journée la durée des symptômes, si il est pris suffisamment tôt, et ne prévient pas les compliations de la grippe (1). Enfin, le Tamiflu®, et notamment chez les enfants, est responsable de nombreux effets indésirables. Les déclarations de pharmacovigilance concernent pour le tiers des effets indésirables graves des jeunes. Et les effets neuropsychiques sont les plus à craindre (2).

Je ne peux m’empêcher de m’étonner du changement de position des autorités françaises sur la prescription massive de Tamiflu. Roselyne Bachelot précisait le 15 juillet dernier : « Il importe de réserver la prescription de ce médicament aux cas qui le nécessitent, afin de ne pas courir le risque de voir émerger des résistances. Je vous demande tout particulièrement de ne pas délivrer ce traitement à des patients qui en feraient la demande à des fins de précaution. »

Et ma surprise d’avoir reçu de l’Etat des boites de Tamiflu® ancienne version. En effet, l’Autorisation de Mise sur le Marché a été révisée récemment, et le Laboratoire Roche en a profité pour relooker la boîte. Ainsi les boites que nous avons reçu ont été fabriquées avant juillet. (more…)

Les Vingt-sept divisent par deux l’indexation des fonctionnaires

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 8:09

Ca va barder à Bruxelles…

Bruxelles va droit vers un conflit social : les États membres vont, en effet, décider, ce mardi, de n’indexer les salaires des fonctionnaires européens (et celui des commissaires, des juges et des députés européens) que de 1,85 % pour la période juin 2008-juin 2009 au lieu des 3,7 % proposés par la Commission. Les syndicats se sont élevés contre cette décision et l’exécutif européen devrait saisir la Cour de justice de Luxembourg avec de bonnes chances de succès.

Dans une lettre envoyée aujourd’hui à l’ensemble du personnel, Catherine Day, la secrétaire générale de la Commission, estime que « la question n’est pas de donner une augmentation salariale plus haute ou plus basse au personnel, mais d’appliquer une méthode de calcul obligatoire, de respecter la loi européenne et un accord signé avec les représentants du personnel en 2004 ». Selon cet accord valable jusqu’en 2012, l’indexation des fonctionnaires européens résulte mécaniquement de l’indexation des salaires des fonctions publiques de huit pays européens (dont l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne) et de l’évolution du coût de la vie à Bruxelles basée sur un panier « international ». Or, comme je l’ai expliqué ici, Eurostat arrive au chiffre de 3,7 %, sachant que la précédente augmentation a été de 0,7 % et que la prochaine devrait être proche de zéro…

Nonobstant la règle qu’ils ont eux-mêmes fixée, les vingt-sept représentants permanents 20091216 Greve 02 (ambassadeurs) des États ont décidé à l’unanimité, vendredi, de diviser par deux cette indexation en invoquant la situation de crise, une décision qui devrait être confirmée ce mardi par les ministres de l’Environnement. Une méthode pour le moins curieuse dans une communauté de droit.
La grève ne fait guère de doute : déjà, jeudi dernier, les fonctionnaires du Conseil de l’Union ont débrayé, suivis, vendredi, par ceux de la Cour européenne de justice (qui devra juger le recours…). Leurs collègues du Parlement européen ont promis de perturber les auditions des commissaires qui doivent débuter le 11 janvier. On comprend la colère des fonctionnaires, d’autant que, dans le même temps, leur cotisation retraite augmente de 0,4 % et le prélèvement spécial de crise de 0,25 % (soit 5,07 % du salaire net…).

Jean Quatremer pour « les coulisses de Bruxelles UE« 

23 décembre 2009

Sarkozy, comme un petit air de Colbert

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 12:00

Le 14 décembre, le président français a annoncé le lancement d’un grand emprunt national de 35 milliards d’euros pour investir dans des secteurs stratégiques. Comme le ministre des Finances de Louis XIV avant lui, il entend régir l’économie de la nation. Et, comme lui, il bâtit cette politique sur le gouffre grandissant des finances publiques.

La crise financière a fait voler en éclats certaines conceptions du monde. En France, on en vient à se demander si le capitalisme à l’anglo-saxonne est bien la solution, quand bien même l’Etat français n’avait jamais totalement relâché son emprise sur les forces du marché. Et, tandis que les experts s’interrogent, la France préfère renouer avec son passé. « Beaucoup de Français pensaient avoir élu un dirigeant libéral en la personne de Nicolas Sarkozy mais aujourd’hui il s’avère colbertiste« , a écrit il y a quelque temps Yves de Kerdrel, fin observateur et chroniqueur économique du Figaro. Le colbertisme est une forme de mercantilisme héritée de Colbert, célèbre ministre des Finances de Louis XIV. Selon cette doctrine, l’activité économique d’un pays doit être au service de l’Etat, grand timonier de l’industrie nationale.

Le retour du colbertisme en France ne date pas d’hier. Encouragé par son fidèle conseiller Henri Guaino, apôtre d’un Etat fort, Sarkozy ne fait que renforcer la tendance. La crise financière lui laisse les coudées franches, lui qui l’interprète comme un échec du marché appelant à une profonde réforme du capitalisme. L’Etat doit à présent retrouver la place qui lui revient de droit dans l’organisation de la vie économique, affirme le président français. Son projet de grand emprunt, pour un montant de 35 milliards d’euros, fait pleinement partie de cette stratégie néocolbertiste. Sarkozy est parfaitement conscient du retard de compétitivité pris par l’économie française. L’emprunt national devrait ainsi permettre de soutenir l’investissement dans la formation et surtout dans le développement de « technologies d’avenir » définies par l’Etat.

Sarkozy porte également l’Etat au secours des entreprises, et ralentit de la sorte le processus schumpétérien de destruction créatrice. Outre l’ancienne Caisse des dépôts et consignations, il existe à présent plusieurs fonds d’Etat destinés à aider les sociétés en difficulté. Cet activisme du président français met ses voisins dans une situation délicate. « La France agit, l’Allemagne réfléchit« , a-t-il déclaré à l’adresse de la chancelière Angela Merkel. Rapidité n’est toutefois pas nécessairement synonyme de succès, comme a pu le montrer la crise. Une comparaison entre les deux pays montre que la France, dopée à la consommation, est plus sensible aux effets de la crise que l’économie allemande, grande exportatrice.

Certes, le colbertisme moderne compte quelques succès à son actif. Les compagnies aériennes n’auraient guère de choix pour s’équiper en avions, si Airbus n’existait pas. N’oublions pas non plus les succès que représentent la fusée Ariane ou le TGV. La confiance des Français dans la capacité de leur gouvernement à prendre les bonnes décisions ne laisse toutefois pas d’étonner. De même qu’ils se disaient autrefois que « le grand Colbert » savait ce qui était bon pour l’économie, ils ferment par ailleurs les yeux sur les échecs de cette politique. Comme si la nationalisation de la société d’informatique Bull n’avait pas échoué, comme si le Concorde avait été un succès, comme si le sauvetage de l’entreprise Thomson avait réussi.

Il faut malgré tout noter que le colbertisme ne vaut que pour la politique industrielle de la France, non pour ses finances. Au XVIIe siècle, le ministre des Finances avait essayé d’assainir les comptes de la nation. Sarkozy, lui, ne veut pas en entendre parler et compte bien sauver l’avenir de la France avec son emprunt patriotique. Après tout, Colbert n’a eu que brièvement du succès : les guerres et les dépenses somptuaires du Roi-Soleil lui ont rapidement mis des bâtons dans les roues.

Par Christian Schubert pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung

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