Si on prenait un peu aux riches, ça ferait combien pour les pauvres ?
Question politiquement incorrecte quand on est gouvernés par des riches, mais je la pose. Calculs et scénarios sur la base de chiffres officiels qui ont fait de gros progrès (merci au CNIS et à l’Insee), mais qui sous-estiment probablement encore un peu les revenus des très riches.
En 2007, en France, les 10 % les plus riches avaient un « niveau de vie » moyen de 50 778 euros par an et par « unité de consommation (uc) » ou « équivalent adulte isolé » (voir ci-dessous), soit 4231 euros par mois. Quant aux 10 % les plus pauvres, ils avaient en 2007 un niveau de vie par uc de 7698 euros, soit 641 euros par mois. DONC 6,6 FOIS MOINS. Source de ces chiffres
Parenthèse technique. Pour l’Insee, le niveau de vie d’une personne est égal au revenu disponible du ménage (après impôts directs) divisé par le nombre d’unités de consommation (uc). On attribue 1 uc au premier adulte du ménage, 0,5 uc aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 uc aux enfants de moins de 14 ans. Avec cette définition, toutes les personnes d’un ménage ont le même « niveau de vie ». En moyenne, on a en France 1,6 uc par ménage, avec des écarts (que j’ignore) selon les niveaux de vie. Les raisons pour lesquelles on adopte des conventions aussi abstraites tiennent, par exemple, au fait que deux personnes vivant en « ménage » sous le même toit, ont un niveau de vie supérieur à celui de deux personnes ayant les mêmes revenus mais vivant isolément. Fin de la parenthèse.
Décidons arbitrairement de prélever 10 % des revenus des 10 % les plus riches. En moyenne. Car on peut (et on doit) faire du progressif, mais peu importe ici. Il continueront à vivre très bien, merci. J’en fais partie, je sais. Cela fait un prélèvement de 423 euros par mois EN MOYENNE par uc (équivalent adulte).
Premier scénario. On transfère le tout aux 10 % du bas de l’échelle (le premier « décile »), là aussi en attribuant plus à ceux qui ont le moins. Ils voient progresser leur niveau de vie moyen de 66 %, ce qui change leur vie : ils passent en moyenne de 641 euros par uc, bien en dessous du seuil de pauvreté (908 euros pour une personne seule en 2007) à 1064 euros par uc.
Second scénario. On peut (et on doit), en conservant la progressivité, décider d’utiliser cette « redistribution solidaire des revenus » pour améliorer le sort des 20 % du bas de l’échelle, à raison par exemple de 2/3 de la somme prélevée pour le premier décile (soit 282 euros par uc et par mois), et 1/3 pour le second décile (dont le niveau de vie moyen était de 938 euros par uc et par mois). On améliore alors le niveau de vie du premier décile de 44 % (niveau de vie de 923 euros en moyenne à l’arrivée) et celui du second de 15 % (1079 euros en moyenne à l’arrivée).
Cet exercice hypothétique et abstrait – car il y a de nombreuses façons possibles de réaliser de tels transferts de revenus, en passant en partie par la réduction des inégalités de salaires et autres « revenus primaires », et en partie par de vrais impôts et prestations sociales – ne vaut que sur un point. Il prouve qu’en réduisant de façon modérée les hauts revenus, on pourrait ERADIQUER LA PAUVRETE MONETAIRE EN FRANCE et améliorer la situation matérielle de ceux qui sont un peu au dessus du seuil de pauvreté, sans toucher aux revenus de l’immense majorité, et sans invoquer le besoin de croissance. Le rapport entre les niveaux de vie moyens des déciles du haut et du bas passerait de 6,6 (4231/641) à 4,1 (3808/923) dans le second scénario, celui qui se propose d’améliorer le sort des 20 % du bas).
Si nos élites ne gravitaient pas, presque toutes, du côté des 10 % du haut, et assez souvent du côté des 1 % les plus fortunés et de leurs réseaux, il y a longtemps que cela aurait été envisagé. Qui plus est, ce serait excellent pour la fameuse « relance de la consommation ».
Au fait, combien représenterait au total cette « redistribution solidaire » aux effets sociaux immenses ?
Une ponction de 5 078 euros par an et par uc (équivalent adulte) en moyenne, pour environ 10 % d’un total de 41 millions d’uc, cela fait un peu plus de 20 milliards d’euros. Mais à combien se monte la perte annuelle de ressources fiscales liée aux réductions successives de l’impôt sur le revenu depuis 2000, sans même parler d’autres cadeaux ? Réponse : autour de 30 milliards d’euros, dont les deux tiers ont bénéficié exclusivement aux 10 % les plus riches. Les deux tiers de 30 milliards, c’est… 20 milliards ! Calculs à la louche, mais pas besoin de petite cuillère pour ces ordres de grandeur.
Ce « transfert solidaire » reviendrait donc à peu près à reprendre aux 10 % les plus riches les cadeaux fiscaux qu’on leur a offerts sur un plateau depuis dix ans.
- « Allo, la Gauche ? »
- « Tous nos opérateurs sont en ligne électorale, veuillez rappeler ultérieurement ».
Annexe
Revenu disponible = revenus d’activité, revenus du patrimoine et prestations sociales (y compris les retraites et les indemnités de chômage), nets des impôts directs (impôt sur le revenu, taxe d’habitation, CSG et CRDS).
Jean Gadrey pour son « blog » hébergé par « Alternatives économiques »
Jean Gadrey, 66 ans, est Professeur émérite d’économie à l’Université Lille 1. Ses domaines de recherche sont la « Socio-économie des services » et les « Nouveaux indicateurs de richesse », titres de deux livres récents publiés à La Découverte, coll. Repères.


@ jmv59
Effectivement la lutte contre l’ISF a été initiée dans l’île de Ré et a bénéficiée d’un très fort retentissement médiatique. Le petit rentier étranglé, le pauvre paysan retraité obligé de payer l’ISF ont tiré des larmes à la France entière. Une très belle farce médiatique où les journalistes parisiens complaisants ont relayé des informations qui font encore rire dans les services fiscaux rochelais…
@Bernard Gilleron
Nous avons déjà relayé les travaux de Camille Landais ICI ou La et nous avions fait la promotion de son étude téléchargeable ICI (47 pages)
Nous avons également évoqué les « déciles et les centiles » dans un article ancien. Nous but est bien de montrer qu’il existe des marges qui vont en s’accroissant.
En effet, entre 1998 et 2005,
* les 1% les plus riches (350 000 foyers) ont vu leurs revenus augmenter de 19%
* les 0,1% les plus riches (35 000 foyers) ont vu leurs revenus augmenter de 32%
* les 0,01 % les plus riches (3500 foyers) ont vu leurs revenus augmenter de 42,6%
Pendant le même temps, le revenu moyen par foyer français n’a augmenté que de 5,9%.
Le pire est que ce chiffre est inférieur à l’augmentation de la richesse globale du pays (le Produit Intérieur Brut) et même du PIB par habitant (alors que la population n’a cessé d’augmenter, donc qu’on divise cette richesse par un nombre plus grand).
Ce qui prouve que, contrairement à ce qu’on nous raconte ici ou là mais surtout à Droite, la richesse du pays a augmenté sans arrêt depuis 1998 et que ce sont les plus riches qui se sont accaparé la plus grande partie de cette augmentation aux dépens des autres Français.
Il est donc possible de trouver des ressources autres que le recours à l’endettement qui pénélise les générations futures : il suffit de puiser un peu dans la poche des riches et beaucoup dans la poche des très riches… Mais l’impôt est un sujet délicat en France où même ceux qui ne sont pas imposés sur le revenu critiquent l’ISF… Nous devons réhabiliter l’impôt juste et progressif… Tant pis pour notre chanteur national Suisse…(où Belge ou Monégasque, je m’y perd…)
Tout à fait d’accord avec Bernard Gilleron sur la répartition encore très inégalitaire dans le premier décile: les gens parmi eux qui ont un revenu de 50 000 € (moyenne du décile) sont des nains aux côtés de premier centile (le 1% ayant les plus hauts revenus); mais sauf à quitter l’épure de Jean Gadrey évoquée dans l’article ci-dessus (taxer de 10% le premier décile) et décider d’une taxation progressive à l’intérieur de ce décile et dépasser les 10% de prélèvement pour les plus riches d’entre eux, cela ne change rien aux résultats de cette simulation.
Quant à l’inégalité des patrimoines, elle est encore plus criante. J’ai posté un commentaire sur le blog de Jean Gadrey pour attirer son attention sur cette inégalité qui se creuse régulièrement sous les effets que tu cites (transfert de la valeur ajoutée vers les profits au détriment des salaires, suppression progressive de toute correction). Si le rapport entre le 1er décile des revenus et le dernier est de 6,6 pour les revenus, en ce qui concerne les patrimoines, il est de 2315 (non, ce n’est pas une erreur de frappe); il était de 1632 il y a 10 ans.
Je suis heureux, à ce propos, d’appeler à l’instauration d’une imposition sur le patrimoine dans un commentaire du blog des socialistes de l’île de Ré puisque c’est l’un de leurs voisins qui servait de petit soldat à l’armée qui glapissait contre l’ISF: le fameux rentier étranglé par cette imposition soi-disant inique!
Comment se fait-il que l’Etat et les collectivités locales ponctionnent la moitié de ce qui est produit dans ce pays, et qu’on n’arrive même pas à utiliser cette masse d’argent considérable pour aider suffisamment les faibles revenus et qu’en plus à peu près tous les gouvernements successifs cherchent à augmenter encore plus les impôts ?
Sauf qu’en Sarkozie, c’est prendre aux pauvres pour donner aux riches !!!
« Il faut faire payer les riches » disait déjà Georges MARCHAIS, fin des années 1970 et début des années 1980.
Le slogan a été repris par François HOLLANDE qui n’aime pas les riches, lors de la campagne des élections présidentielles.
Par contre la candidate Ségolène ROYAL était semble-t-il moins catégorique sur le sujet.
Et encore, mes amis et camarades vous ne présentez que les groupes de l’ordre du « décile ».
En 2007 l’équipe de Camille Landais de l’École d’Economie de Paris publiais une étude « bombe » mettant en évidence l’énorme concentration des richesses entre les mains des « très très riches » puisque l’EEP descendait jusqu’aux 1% les plus riches et même les 0,1% les plus riches: les conclusions décoiffent!
« les études diffusées depuis deux ans et abondamment diffusées par l’Insee, [cf. Libération : (« au bonheur des riches» en 2007, et « le blues des classes moyennes» cet automne), et les contributions et motions préalables au congrès du PS] sont absolument sans ambigüité :
• 90% des foyers les moins riches ont vu entre 1998 et 2005 leur revenu augmenter de 4.6%. En revanche les 0,01% les plus riches ont vu le leur grimper de 42,6%!
• Les salariés (titulaires de revenus liés à leur travail) représentent à présent 93% de la population active en France, mais depuis 25 ans (1980-2005) la part des salaires dans le PIB a baissé de 11% !
Où sont passés ces 11%? Ils ont bien entendu gonflé la masse des profits revenant au Capital par l’augmentation continue des dividendes des actionnaires ! Ainsi « dans la zone euro chaque année, les entreprises prennent l’équivalent de 1% du PIB dans la poche de leurs salariés, en plus de ce qu’elles ont fait l’ année précédente» [source: Rapport de la Caisse des Dépôts]
Or les revenus du Capital atterrissent pour « peanuts» dans les poches des 90% les moins riches (ou plus pauvres), par contre ils représentent 50% des ceux des 350 000 foyers les plus riches (1% des ménages) [source: École d'Économie de Paris,2007] »
Il y a donc plus de marge qu’il n’y parait quand on ne considère que les « déciles »: il y a dans les 1% des « très très riches » des marges de prélèvement de solidarité(sans parler des patrimoines, où les droits de succession des très grosses fortunes ont été supprimés par la loi TEPA: or les inégalités de patrimoines sont encore plus considérables que les inégalités de revenus)
Rappelons-nous ce chiffre (dont je n’ai plus la source, mais dont je me souviens parfaitement): Le PDG de PSA gagne par an 466 fois plus que le REVENU MOYEN de ses Salariés!
Et la France est une terre de moindre inégalité: j’aimerais comparer avec la situation chez MITTAL…