Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

22 janvier 2010

Une biographie de Copé dévoile un ambitieux sans borne

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 6:30

En avril 2009, Jean-François Copé avait publié un essai, ode à «l’hyper-parlement», affublé d’un titre un peu «gentillet»: Un député, ça compte énormément. Neuf mois plus tard, ses premiers biographes, Frédéric Dumoulin (journaliste à l’AFP) et Solenn de Royer (La Croix), révèlent qu’il avait en fait envisagé de barder son livre d’un bandeau rouge, franc du collier: «Face au Président». La tentation de déclarer la guerre à Nicolas Sarkozy publiquement le titillait. Prudent, Jean-François Copé a finalement résisté. Mais pour combien de temps?

Car le chef de file des députés UMP n’a qu’un objectif: enfiler les habits de chef d’Etat. Dans leur enquête ultra-fouillée (250 personnes interrogées), Copé l’homme pressé (l’Archipel), les auteurs rapportent qu’il bassinait déjà ses «flirts» du lycée avec son ambition élyséenne; même le jour de son mariage, dans le jardin de la belle-famille au Vésinet (Yvelines), ce diplômé de l’ENA avait estomaqué son beau monde: «Vous avez de la chance, vous êtes au mariage du futur président de la République» – une vraie tête à claques.

Aujourd’hui, la seule question qui reste, avant sa déclaration de candidature, c’est: «2012 ou 2017?»… À la fin du livre, l’un de ses proches collaborateurs déroule le plan de bataille officiel: si Nicolas Sarkozy se fait réélire, Jean-François Copé prendra la présidence de l’Assemblée; s’il est battu, les rênes de l’UMP… Mais le maire de Meaux (Seine-et-Marne) travaille forcément, en coulisse, d’autres scénarii.

Ainsi, Frédéric Dumoulin et Solenn de Royer relatent cet échange révélateur entre l’élu de Meaux et Jean-Marc Ayrault (son homologue au PS), dans un couloir du Palais-Bourbon, fin 2007, au lendemain d’une émission de Canal + où Jean-François Copé dévoilait son appétit pour l’Elysée:
— «Tu veux être président?», l’interpellait le socialiste.
— «Oui, c’est décidé, je serai candidat (…). En 2017. Ou peut-être avant, s’il y a un accident…»

À 45 ans, donc, cet ancien «bébé-Chirac» (qui avait choisi le maire de Paris contre Edouard Balladur en 1995), se prépare. En rupture avec Nicolas Sarkozy depuis 2004 (après que ce dernier a fait le service minimum pour soutenir sa candidature à la tête de la région Ile-de-France), exfiltré du gouvernement en 2007, relégué à l’Assemblée, Jean-François Copé n’a qu’une stratégie: se construire dans un antagonisme au sarkozysme; et qu’une tactique: user des pouvoirs de nuisance que la réforme du Parlement lui offre depuis l’été dernier.

Au fond, il applique le conseil que Nicolas Sarkozy lui avait lancé, lors de leur toute première rencontre en 1990 (dévoilée dans le livre): «Il ne faut rien demander, il faut prendre.» «Scolaire», Jean-François Copé a retenu les leçons de son aîné (de 10 ans), qui s’était imposé en revendiquant sa «rupture» avec le chiraquisme.

«Nicolas Sarkozy a une conception médiévale des rapports humains, expose ainsi Jean-François Copé à ses biographes. Dans son schéma, il y a le suzerain, le vassal et le rival…» Humilié en 2007, l’élu de Meaux a simplement décidé de laisser à Xavier Bertrand le second rôle et opté pour la seule option qui restait…

Jusqu’ici, ça lui réussit plutôt. Jean-François Copé occupe désormais nombre de discussions à l’Elysée, où les opinions des conseillers divergent quant à sa dangerosité réelle, au point qu’ils se disputent sur la marche à suivre: l’utiliser ou le tuer? En attendant, Brice Hortefeux, son principal ami dans le clan sarkozyste, joue les «go-between» et se charge de le refroidir: «Tu te survends», lui soufflerait-il régulièrement.

Jean-François Copé, de fait, doit encore se bâtir une pensée, pour se délivrer de ses positionnements tactiques (telle sa croisade anti-burqa), qui visent essentiellement à le distinguer médiatiquement. Sur ce point, la conclusion du livre, après un an d’enquête, est sans appel: pour l’heure, «on ne peut (…) le raccrocher à aucun courant de pensée, aucune idée, aucun combat».

Mais au-delà de l’animal politique capturé dans son milieu parlementaire, la biographie de Frédéric Dumoulin et Solenn de Royer s’attache à éclairer deux autres facettes de Jean-François Copé («L’envers d’un être, c’est cet être encore», rappelle une citation de Paul Morand placée en exergue): les auteurs détaillent ainsi son parcours de «châtelain» sur ses terres de Seine-et-Marne (où il fut élu maire pour la première fois en 1995) et sa vie très secrète d’avocat grassement rémunéré par un cabinet d’affaires parisien (Gide-Loyrette-Nouel).

20 000 euros d’honoraires mensuels
Méconnues, ses «manières» d’élu local (de maire qui n’habite plus à Meaux depuis 2001) s’avèrent peu reluisantes: municipalisation des associations, mise au pas des agents, chasse aux journalistes irrévérencieux de l’édition locale du Parisien… «En 14 ans, il a nettoyé la ville, déclare un conseiller municipal socialiste. C’est une ville où le contrôle politique est anormalement élevé.» Le détail qui tue? Les auteurs racontent comment, pendant longtemps, le responsable de la communication de la mairie s’est rendu à la rédaction de La Marne (concurrent local du Parisien, visiblement inféodé à Jean-François Copé), pour y viser les articles bons à paraître!

Enfin, reste le chapitre très instructif, essentiel, consacré au rapport qu’entretient le député UMP avec l’argent (intitulé «Copé et le bling-bling»). On y découvre un politique traumatisé par sa défaite aux législatives de 1997, qui l’avait laissé sur le carreau, sans revenu. Depuis, Jean-François Copé consacre une bonne part de son énergie à nourrir son train de vie.

Devenu avocat, il travaille depuis deux ans pour Gide (cabinet de haute volée, très lié à la sphère publique, qui défend Areva ou Veolia, participe à la fusion GDF-Suez, etc.), officiellement pour 3 ou 4 demi-journées par semaine et sans doute 20.000 euros d’honoraires mensuels, au risque d’un mélange des genres ou d’un conflit d’intérêts. Détail croquignolet: l’entretien d’embauche avait été organisé «sous les ors de la République», au ministère du budget, quand Jean-François Copé était encore ministre!

Mais quelles missions remplit-il précisément? «Copé n’a pas été recruté pour ses capacités techniques», déclare tout net Pierre-Raoul Duval, senior-partner aux commandes du cabinet. Dans l’intranet «maison», tous les avocats sont rattachés à un département précis, rappellent Frédéric Dumoulin et Solenn de Royer. Pas Jean-François Copé. «Il figure aux côtés de deux autres collaborateurs tout aussi inclassables», notent-ils. Sous couvert d’anonymat, un ancien avocat de Gide se lance: «Cela s’appelle du lobbying.»

Restait à dénicher un cas d’école. Les auteurs détaillent ainsi le travail d’influence – de «haute couture» – fourni par Jean-François Copé en 2009, pour aider à geler une proposition de loi déjà votée au Sénat. Ce texte, soutenu par Rachida Dati (alors au ministère de la justice), prévoyait la fusion entre les métiers d’avocat et de conseil en propriété industrielle (CPI) – une réforme qui permettait aux seconds de se passer des premiers, et risquait de faire perdre pas mal de budgets au cabinet Gide…

Selon les journalistes, Jean-François Copé en personne a décroché son téléphone pour appeler Rachida Dati et lui demander de recevoir le patron de l’Association des avocats en propriété industrielle, porteuse des intérêts de Gide notamment… Après la rencontre, la ministre n’a pas bougé. Mais en septembre 2009, Michèle Alliot-Marie (qui avait pris sa succession place Vendôme) a commencé d’émettre des réserves sur la réforme… quelques jours après avoir déjeuné avec Jean-François Copé. Depuis, la proposition de loi n’a toujours pas été mise à l’ordre du jour de l’Assemblée par le groupe UMP – son président invoquant une opposition de raison…

Pour compléter ce chapitre «bling-bling», les auteurs reviennent sur la manière dont Jean-François Copé a «coaché» son suppléant à l’Assemblée, Roger Boullonnois, après sa nomination au gouvernement en 2002. Ce dernier, plombier, a bien touché l’indemnité mensuelle qui lui revenait (comme à tous les députés), mais le «jeune» ministre aurait géré à distance l’enveloppe de «frais de mandat» de son suppléant (versée par le Palais-Bourbon pour compenser l’achat de costumes, l’essence, etc.), de même que le budget «collaborateurs», faisant embaucher sa propre femme Valérie comme assistante parlementaire. Outre un traitement ultra-confortable (plus de 6.000 euros si l’on comprend bien), Valérie Copé touchait alors un second salaire, en parallèle, pour un mi-temps dans une agence de communication parisienne, spécialisée dans… le lobbying (y compris à l’Assemblée). Rien d’illégal. Mais était-ce vraiment digne d’un futur – disons éventuel – président de la République française?

Mathide Mathieu
pour Mediapart

A lire: Copé, l’homme pressé, Enquête sur celui qui veut la place de Sarkozy, Frédéric Dumoulin et Solenn de Royer, l’Archipel, janvier 2010, 352 pages, 19.95 €

Une réponse à “Une biographie de Copé dévoile un ambitieux sans borne”

  1. DION Marie-Gabrielle dit :

    Tout ce que vous dîtes ,ne m’étonne absolument pas :lobbying,indemnités exponentielles (pendant qu’on demande des « EFFORTS » au citoyen « SMICARDS » qui a beaucoup de mal pour ,tout juste ,subvenir à ses besoins avec un coût de la vie qui explose à tout va (coût de l’essence, loyers,charges de toutes sortes: »Assurances etc;etc).
    Je l’espère et NOUS l’espérons : »JAMAIS PLUS UNE PERSONNALITE DE TELLE SORTE EN TANT QUE PRESIDENT :nous avons vu ce que cela a donner avec Mr Sarkozy :CE SERAIT PIRE AVEC LUI!( L’ARRIVISME EST LA PIRE CHOSE QUI PUISSE ARRIVER « pour le chef »d’ UN PAYS :LA PERSONNE TRAVAILLE POUR ELLE-MÊME,POUR SES « AMIS » ,EST TRES »OPPORTUNISTE »(elle va dans tous les sens et n’a pas peur de ses propres contradictions)et NE TRAVAILLE JAMAIS POUR LE BIEN DE SON PAYS ET DE TOUS LES CITOYENS AVEC DES AVANCEES JUSTES,EQUITABLES et SEREINES (cette personne DIVISE TOUJOURS LES CITOYENS car elle sectorise et INDIVIDUALISE les personnes au lieu de LES RASSEMBLER!).
    Mr Copé doit rester « chef » de l’UMP:c’est LARGEMENT SUFFISANT POUR CE « LOUP »!

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