Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

20 février 2010

Pour en finir avec l’idée qu’il y a une bonne et une mauvaise dette

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 6:30

Une idée régulièrement défendue en matière de dette publique est qu’il y aurait une bonne dette, celle qui finance les investissements et une mauvaise, celle qui finance le fonctionnement. Cette idée est réductrice, pour ne pas dire tout simplement fausse.

Au départ, elle se fonde sur un tropisme de plus en plus courant qui consiste à vouloir analyser l’État comme une entreprise, c’est-à-dire comme une entité économique qui tire sa croissance de ses investissements et paie ses erreurs de la faillite. Elle ignore la substance même de la dépense publique.

Les économistes le rappellent régulièrement, il est difficile, voire impossible de définir économiquement parlant un investissement public. Pour une entreprise, investir revient grosso modo à acheter une machine qui va augmenter la production. Pour l’État, il s’agirait selon une logique comparable d’engager une dépense qui « prépare l’avenir », c’est-à-dire qui favorise la croissance.

La relance du charbon : dépense d’investissement ou de fonctionnement ?
Or, ce que l’on enregistre sur un plan comptable comme un investissement de l’État est une dépense non renouvelable, tandis que le fonctionnement rassemble les dépenses qui se reproduisent d’année en année. Résultat : le salaire d’un chercheur qui invente le progrès technique et donc la croissance de demain est du fonctionnement, alors que la construction d’un pont sur une route qui ne mène nulle part est comptabilisée en investissement.

Ainsi, couvrir la construction de ce pont par un emprunt conduirait à l’apparition d’une « bonne dette ». Et pourtant, ce serait un alourdissement vain des charges publiques futures.

En pratique, l’État a du mal à identifier de façon concrète les dépenses qui « préparent l’avenir ». L’histoire récente l’a vu s’engager dans le plan calcul, les abattoirs de la Villette, la relance charbonnière… Autant d’investissements mûrement réfléchis et étudiés qui n’auront pas vraiment amélioré la croissance mais qui, quand ils ont été financés par emprunt, ont laissé dans les comptes publics une charge d’intérêts récurrente.

Faut-il s’interdire tout déficit ?
D’ailleurs, si une activité publique était assez cernable pour que sa rentabilité soit susceptible d’une évaluation précise, elle pourrait alors entrer dans une logique de marché et la bonne solution ne serait pas de la financer par des emprunts, mais de la privatiser.

Faut-il pour autant s’interdire tout déficit et donc toute apparition de dette publique ? Non, mais il faut le faire dans le cadre d’une analyse sérieuse de la réalité économique de l’État.

Richard Musgrave, un des plus célèbres théoriciens des finances publiques, comme Walter Heller, théoricien de la politique budgétaire et conseiller de Kennedy, assignaient trois missions à l’État :

  1. utiliser les dépenses publiques pour réduire les inégalités ;
  2. gérer les externalités, c’est-à-dire les conséquences indirectes de leur activité non prises en compte par les entreprises privées comme la pollution ;
  3. lisser les fluctuations conjoncturelles.

Cette dernière mission conduit à l’apparition régulière de déficits que l’on peut qualifier de « bons déficits ». Ces déficits, dits conjoncturels, naissent de la baisse des rentrées fiscales qui accompagnent les périodes de stagnation. Et -l’expérience le montre et la théorie le confirme- l’économie étant cyclique, après toute période de baisse de l’activité vient une phase d’expansion.

On passe alors d’un déficit conjoncturel à un excédent qui remplit les caisses de l’État, réduit la dette et permet d’envisager le ralentissement suivant avec sérénité. Ce schéma, à propos duquel les économistes parlent de « gestion en stabilisateurs automatiques », a présidé à la politique américaine sous Clinton et inspire le pacte de stabilité européen qui limite le déficit budgétaire à 3% de la production.

C’est lui qui doit guider la politique budgétaire et non pas l’accumulation de dette au nom d’une hypothétique et très incertaine préparation de l’avenir.

Par Jean-Marc Daniel Professeur à l’ESCP Europe pour Rue 89 Eco

4 réponses à “Pour en finir avec l’idée qu’il y a une bonne et une mauvaise dette”

  1. La main gauche dit :

    Les anciens diraient un truc du genre « si tu dépense l’argent que t’as pas tu vas droit dans le mur ! »… je me demande si après tout l’économie n’est pas une science au contraire très exacte mais que les économistes finissent par rendre totalement inexacte !!

  2. Mon cher Marc,
    La volonté de ce blog est d’offrir des espaces de réflexions. En matière économique, cet article m’a semblé intéressant pas son coté pédagogique, notamment dans l’explication de la différence entre investissement et dépenses de renouvellement. Et pour une fois qu’on ne nous assène pas le pitoyable parallèle entre gestion publique et gestion de société privée.
    Pour autant, je n’adhère pas à toutes les thèses de l’auteur. Mais si cela permet de s’interroger et de débattre, alors tant mieux…
    Et ce n’est pas à l’ancien professeur d’économie que je rappellerais que l’économie n’est pas une science exacte. C’est même la seule discipline, à ma connaissance, où deux personnes peuvent partager le même prix Nobel en racontant des choses complètement opposées. Par exemple, Gunnar Myrdal et Friedrich Hayek en 1974.
    Mais je t’ai mis en colère alors je vais de raconter une blague d’économiste pour te dérider :
    Un économiste, un chimiste et un physicien sont échoués sur une île déserte avec comme seul moyen de survie des boîtes de conserves, mais pas d’ouvre-boîtes… Le chimiste propose :  » Il n’y a qu’à les mettre dans l’eau de mer et attendre que le sel ronge le metal. « . Le physicien propose :  » On les pose sous un cocotier et on attend que des noix de coco les brisent en tombant. « . L’économiste prend alors la parole :  » Bon, posons notre première hypothèse : nous avons un ouvre-boîte « …
    Elle est de Paul A. Samuelson, prix nobel d’Economie en 1970. ca vaut la boutade de Pigou, non ?

  3. Branchut Guy dit :

    Je partage tout à fait l’avis de Marc PARNAUDEAU.
    C’est une imbécilité d’écrire de telles inepties. Ce sont nos enfants et petits enfants qui vont payer la dette, mais dans quelles conditions et avec quoi. Quand on voit que plus l’Etat supprime des dizaines de milliers de postes de fonctionnaires et qu’il est de plus en plus en déficit, on doit se poser de sérieuses question !

  4. Marc Parnaudeau dit :

    « Pour en finir avec l’idée qu’il y a une bonne et une mauvaise dette » Cela signifie donc que la dette est soit totalement bonne, soit totalement mauvaise.
    Dans l’esprit de l’auteur, pas de doute, elle est toujours bonne.
    Quelle ineptie, quelle bétise !!! Cela me révolte de voir qu’on puisse écrire de telles conneries !
    Une dette est bonne si on est en capacité de la rembourser. Elle est mauvaise si pour la rembourser on est contraint de mener une politique d’austériré (réduction drastique du nombre de fonctionnaires, augmentation sans limite des impôts, réduction des aides aux associations, à l’économie, …)
    L’auteur de cet article stupide doit vivre dans une bulle. Il ne sait sans doute pas que la Grèce, l’Espagne, le Portugal sont en train de mettre en place des plans de rigueur sans précédent et qu’une fois encore, ce sont les pauvres gens qui vont payer lourdement l’addition. Il ne sait sans doute pas que dans quelques mois on va connaître la même chose en France.
    Comment voulez-vous qu’on s’en sorte quand on a de tels professeurs d’économie !
    Mon cher Alain, je t’ai connu plus inspiré dans le choix des articles que tu publies.

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