Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

12 mars 2010

Régionales: la gauche débarassée du «péril orange»?

Filed under: 18 - UDF-MoDem-Centre,20 - UMP — iledere @ 6:30

Le MoDem peine dans les sondages. Mais cela veut-il dire pour autant que les possibilités d’alliances au second tour avec les centristes appartiennent au passé?
Une aubaine. L’effondrement du MoDem dans les sondages est une aubaine pour ceux qui à l’intérieur d’Europe écologie et du PS (il y en a) et au Front de gauche craignent de voir se sceller ici ou là des pactes d’entre deux tours avec les centristes. Depuis un mois et demi maintenant, les sondages nationaux du MoDem font du rase-motte : de 4% à 5% des intentions de vote. C’est très faible. D’autant que la barre des 5 points est un seuil fatidique que le parti centriste se doit d’atteindre s’il veut fusionner et pouvoir prétendre à quelques sièges dans les exécutifs régionaux. Mais ce que les tenants d’une gauche bien à gauche auraient pu baptiser le « péril orange » appartient-il pour autant au passé ? Pas si simple : les enquêtes d’opinion nationales peuvent masquer certaines particularités locales : en Basse-Normandie, Rhône-Alpes, Pays-de-la-Loire ou en Aquitaine, le MoDem peut franchir les 5%. Et des décisions pourraient être prises en dépit des consignes des états-majors parisiens…
A l’origine, seul le PG fait une exclusive contre la participation du MoDem aux futures coalitions régionales. Si la mayonnaise électorale avait tourné au centre, la bataille entre bayrouistes et mélenchonistes aurait pu faire rage. Puisque les centristes ne peuvent pas jouer les arbitres, les risques de conflit dur semblent écartés. Pour autant, les responsables du PG ont décidé de ne surtout pas baisser la garde face à la tentation centriste. Le Parti de gauche a en effet publié récemment une brochure intitulée « Bayrou, tout un programme ! » . Ce texte s’attaque point par point au « projet humaniste » du MoDem adopté à Arras en décembre dernier et aux prises de positions passées de son leader. Un travail fastidieux que Jean-Luc Mélenchon avait déjà réalisé en 2007 pour le PS. C’est lui qui s’était occupé du contre-argumentaire à dérouler face à François Bayrou pour la présidentielle.

Dans la dernière ligne droite des régionales, le PG chercherait-t-il à couler un MoDem qui a la tête tout juste au-dessus de la ligne de flottaison ? « Ça fait très longtemps que nous avons identifié le rapprochement du PS, d’Europe écologie et du MoDem et que face à ce rapprochement, nous sommes vent debout, explique Eric Coquerel, secrétaire national du PG, Ça préfigure un scénario à l’italienne avec à terme un effacement de la gauche. Le propos de ce texte n’est pas de dire “regardez Bayrou n’est pas chimiquement pur” mais de montrer qu’au-delà de ses envolées qui peuvent paraître sympathiques, il porte un projet que nous estimons libéral. »

« Nous sommes à la croisée des chemins »
Ce « scénario à l’italienne », ce dirigeant du PG craint d’en voir apparaître les prémices à l’occasion des régionales, notamment dès dimanche soir quand sera venu le temps des marchandages entre organisations. « Nous sommes à la croisée des chemins », lâche un Eric Coquerel qui dit ne pas pouvoir citer une région où il a l’assurance qu’aucune alliance ne verra le jour avec le MoDem. Tout juste est-il capable de confier avoir reçu des signes encourageants en provenance d’Aquitaine et en Île-de-France. « Sans garantie », ajoute-t-il.

Et si la « trahison » venait des plus proches alliés du Parti de gauche ? Les communistes pourraient en effet être tentés de céder à la tentation centriste dans le cadre d’accords avec le PS. Certes, pas au niveau national mais localement. Près de 180 postes de conseillers régionaux à retrouver, ça pèse dans la balance, et le paysage communiste s’est balkanisé avant la campagne entre les conseillers soucieux de conserver leurs postes et la direction nationale qui n’a pu imposer sur tout le territoire l’alliance avec le PG. À l’heure du choix, certains caciques communistes pourraient être moins regardant avec le MoDem : « La question des postes est importante, bien évidemment, mais le Parti communiste, ce ne sont pas justes des élus. Ce sont aussi des hommes et des femmes qui ont conscience de la nécessité de changer le rapport de force et que cette nécessité est plus importante que de vouloir préserver des élus. »

Certes. Mais quid alors des communistes qui, dans cinq régions, ont déjà fait un pas de côté et se sont alliés au PS dès le premier tour ? Dans les rangs du Front de gauche, certains cadres ne cachent pas leur inquiétude vis-à-vis de ce que pourraient faire ces « camarades ». Eric Coquerel, lui, préfère se montrer laconique : « Le Parti communiste n’est pas monolithique… » Il réserve d’ailleurs le même traitement à Europe écologie : « C’est un rassemblement disparate. Ça n’est pas la même chose en Alsace et en Île-de-France… »

« Nous ne fermons pas la porte au MoDem, mais… »
Du côté d’Europe écologie qui réunissait, hier soir, près de 1 600 personnes au Cirque d’hiver, être «disparate » n’empêche pas d’être tout sourire. À commencer par Jean-Vincent Placé, le numéro deux des Verts, qui à l’image de la plupart des animateurs d’EE se laissaient bercer par les sondages : leur liste francilienne décolle à nouveau (18%) après avoir connu un petit passage à vide. Mais d’autres chiffres donnent le sourire à ce partisan de l’ancrage à gauche qui, depuis le début de la campagne, est obligé de ménager la chèvre MoDem et le chou PG avec des phrases du genre : « Nous ne fermons pas la porte au MoDem. Mais l’objectif reste le rassemblement de la gauche avec le PS et le Front de gauche. ». Il a bien dû mal à le reconnaître, mais « oui » finit-il par lâcher, la baisse de régime du MoDem fait ses affaires. Il n’aura peut-être pas à « ouvrir » publiquement la « porte » aux centristes. Reste que là aussi, entre les envies de Jean-Vincent Placé et consorts et ce que pourront faire les équipes localement, il peut y avoir un pas. Entre la position d’un Jean-Vincent Placé vis-à-vis du MoDem et celle d’un Daniel Cohn-Bendit capable de tendre la main à la droite, il y a plus qu’un pas, une vaste prairie qu’une forêt d’éoliennes ne pourrait combler.

Mais pour les partisans d’une gauche bien à gauche, il existe des signes qui peuvent rassurer. Philippe Meirieu, tête de liste en Rhône-Alpes, est l’écologiste crédité du plus haut score : 21% d’après TNS – Sofrès, soit 4 points de moins seulement que le socialiste Jean-Jack Queyranne. Invité de France Info hier matin, Philippe Meirieu a dit sa « volonté farouche de faire l’alliance » avec « [ses] alliés de gauche » citant le PS et le Front de gauche. Point de MoDem dans l’équation du pédagogue (il est vrai que le MoDem a fait un choix anti-pédago en confiant des responsabilités à Jean-Paul Brighelli…).

« Les rassemblements vont au-delà des régionales »
Finalement, c’est sans doute du côté du PS que tout se joue. En virant en tête de l’opposition dans la plupart des régions, c’est lui le premier qui va être confronté au dilemme centriste. C’est lui qui va proposer ou non à ses alliés de gauche et écologistes une fusion avec les listes MoDem. On peut penser que les socialistes ne franchiront le Rubicon que s’ils ont besoin de ses voix pour obtenir la majorité. Eric Coquerel, lui, n’en est pas si sûr et cite en exemple Ségolène Royal qui a fait de la place sur ses listes à des centristes, avant le premier tour, par « idéologie » alors que « mathématiquement elle n’en avait pas besoin ».

Du côté du Parti socialiste, Bruno Le Roux connaît par cœur les accords d’entre deux tours. Le député PS de Seine-Saint-Denis a longtemps joué le rôle de négociateur quand François Hollande détenait les clés de Solférino. Lui voit très bien le genre de discours que le PS pourrait tenir nationalement ce dimanche, une fois les résultats tombés : « Le soir même, il peut y avoir une déclaration en deux parties. Une première partie contraignante, “Nous appelons au rassemblement de toute la gauche”, suivie d’une deuxième formule beaucoup plus vague… » Et même si, les résultats aidant, Martine Aubry se contente de n’appeler qu’au strict rassemblement de la gauche, Bruno Le Roux tient à rappeler certaines différences avec le dernier scrutin régional : « Si l’on doit tirer une leçon de 2004, c’est que le rassemblement sera plus difficile à faire. Lors des dernières régionales, écologistes, communistes et socialistes étaient rassemblés avant le premier tour. Là, les candidats vont n’avoir que quelques jours pour parvenir à un accord. D’autre part, les têtes de listes socialistes, en tant que président sortant, jouissent d’une autonomie plus forte par rapport à Paris. Leur statut est différent. » Et d’expliquer : « L’appel au rassemblement n’est pas un talisman, les consignes nationales ne sont pas toujours suivies localement… » En 2010, elles pourraient donc l’être moins que jamais.

Bruno Le Roux rejoint d’ailleurs Eric Coquerel sur un point clef : « Les rassemblements qui vont être décidés ne sont pas valables que pour les régionales, ça va au-delà de ce scrutin. C’est un signe fort qui va être envoyé. Il ne faut pas que le Parti socialiste apparaisse comme incapable de rassembler. » En somme, ces élections régionales, dernier grand rendez-vous électoral avant 2012, devraient nous dire par quelle face le Parti socialiste compte prendre l’Elysée : à gauche ou au centre…

Gérald Andrieu pour « Marianne2« 

3 réponses à “Régionales: la gauche débarassée du «péril orange»?”

  1. Roselyne dit :

    Oui, et que plus que jamais le P.S. est à gauche !!! bien sûr si des électeurs du modem s’y retrouvent, dans nos projets, on peut toujours les accueillir …. mais, uniquement dans ce sens-là !!!

  2. La main gauche dit :

    … se souvenir tout de même que Bayrou nous a laisser ns démerder au 2ème tour de 2007 !!

  3. La main gauche dit :

    le vent qui souffle sur ces élections est le début d’un réveil qui conduit à une dure et claire sanction à la Fouquet’s-politique, il serait dommage de sombrer dans des travers pour assurer le coup sur une ou deux régions au détriment d’une ligne claire…

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