Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

25 mars 2010

La féodalisation des régions : un caillou dans la chaussure du PS

Filed under: 13 - PS — iledere @ 6:30

Des pieds en béton mais une tête en argile. A défaut de réussite nationale le PS confirme son implantation locale. Martine Aubry a salué hier soir une victoire “sans précédent”, des “listes de la gauche rassemblée” avec 53,85 % des voix. Un record depuis les législatives de 1981 qui constitue son deuxième meilleur résultat depuis 1958. Le plus dur n’est pourtant pas de gagner, c’est de ne pas décevoir. L’ancrage de l’abstention à un niveau élevé (48,8 %) tout comme la montée en puissance d’un Front National (17,81%) qui capte un électorat populaire désorienté donne à la gauche une lourde responsabilité. Plus que jamais, le changement de logiciel, notamment au PS constitue un impératif faute de quoi le scénario de 2007 pourrait se reproduire en 2012.

Première erreur à ne pas réitérer, ne pas laisser se constituer sous prétexte d’un socialisme de terroir une féodalisation du territoire. Plus que la mise en avant de particularismes régionaux sympathiques, le dernier mandat a été l’occasion pour un certain nombre de personnalités de se constituer des fiefs à partir desquels il devient aisé de défier ou de s’opposer aux structures nationales.

C’est cette dérive qui doit aujourd’hui être abandonnée. Le défi est de taille pour la Première secrétaire du PS : réussir la synthèse entre ses strates locales et ses sphères nationales. Un succès en 2012 passera par la capacité de Martine Aubry à s’imposer non comme le général en chef des régions par une caporalisation brutale mais plutôt, comme son chef d’orchestre naturel grâce à une main de fer dans un gant de velours.

Fortes de leur autonomie, les régions doivent constituer le laboratoire de la gauche en termes de dispositifs innovants articulés dans un cadre national qui privilégie le partage d’expériences et alimente un corpus idéologique à rénover.

Nombre de présidents de régions sont réticents à voir Solférino mettre le nez dans leurs petites affaires. Dès hier soir, le sénateur-maire socialiste de Lyon, fervent défenseur “des grans élus”, a multiplié les déclarations, reprenant en boucle le leitmotiv selon lequel la victoire est à mettre au crédit des élus locaux et non pas des stratèges parisiens. Un son de cloche partagé par Ségolène Royal et par celui qui incarne le mieux la féodalisation d’un territoire et ses dérives, l’indéboulonnable Georges Frêche.

Les nouveaux exécutifs régionaux devraient pourtant méditer l’avertissement lancé le 27 janvier dernier par Aquilino Morelle dans les tribunes de Libération. Pour l’ancien conseiller de Lionel Jospin,  ” trop souvent, la gauche s’est engluée dans une fascination gestionnaire qui a fini par l’immobiliser dans le conformisme et à stériliser son action“. Si le propos vise le niveau national, il trouve largement à s’appliquer à l’échelon local.

Le sentiment d’une impuissance du politique face à l’Économie se nourrit, de l’idée et parfois du constat que droite et gauche, c’est pareil. Comme si, une fois aux manettes, la gauche responsable n’avait d’autre choix que de se glisser dans les habits d’une gestion conforme aux canons de la doxa libérale. Il n’y aurait pas de gestion de droite et de gestion de gauche mais seulement une bonne gestion des affaires, incolore.

Là où il y a une volonté, Il y a un chemin” aimait à dire François Mitterrand. La gauche de 2010, à commencer par les élus qui viennent de sortir des urnes, se doit de renouer avec une détermination à changer le cours des choses qui s’est émoussée au fil des ans.

De l’audace ! Aquilino Morelle considère que le seul moyen pour la gauche, de dessiner la solution alternative, c’est d’articuler utopisme et réalité : “le réalisme n’est pas la soumission au réel. À gauche, le réalisme impose l’audace, la créativité, la liberté d’analyse, le courage dont les propositions, suppose la volonté de transformer la société, propose la vision d’un progrès collectif partagé“.

Côté travaux pratiques, le scrutin qui vient de se dérouler pose en filigrane la question de la ruralité. Le PS tant au niveau national que régional, trop souvent urbain, à tendance à l’oublier. Le fait que Jean-François Copé ait profité des médias hier pour se positionner comme le défenseur de la France rurale qui a entendu son appel de détresse doit inviter la gauche et notamment les exécutifs régionaux à s’intéresser un peu plus au sujet.

Par Henry Moreigne pour « La Mouette »

14 réponses à “La féodalisation des régions : un caillou dans la chaussure du PS”

  1. Serge dit :

    @ à la main gauche

    Quand tu dis « Serait-ce que l’expression est en train de rejoindre la pomme de terre ?  »

    Tu as peut-être raison mais on en a souvent gros « sur la patate », quand on constate le comportement de certains de nos égos, on finit par ne plus avoir « la frite » pour défendre nos idées et en espérant que nous serons pas réduits en  » purée ».

  2. La main gauche dit :

    Serait-ce que l’expression est en train de rejoindre la pomme de terre ?, un luxe quand elle est naturelle sans engrais ni pesticides.. ça peut donner l’idée d’un nouveau concept et un nouveau parti à base de « dialectique écolo » ^^

    Bonne journée

  3. @ serge, la grignette, La main gauche, babeloued …
    Merci pour vos nombreux commentaires sur ce blog. Vous faites vivre des discutions et des polémiques (dans le bon sens du terme) qui me ravissent.. Continuez les amis car il n’est pas dit que ce luxe nous soit permis encore longtemps…

    Amitiés socialistes

  4. la grignette dit :

    @ Serge
    Il n’y a qu’àvoir la précipitation d’aucuns vers la présidence de l’ARF !

  5. Serge dit :

    Même si on ne peut qu’être très satisfait des résultats des régionales, il ne faudrait pas que nos présidents(es) se prennent pour des potentats locaux.
    Si certains(es) pensent que leur victoire est un tremplin pour d’autres destins, qu’ils n’oublient qu’ils auront besoin de soutiens au-delà de leur pré carré.

  6. la grignette dit :

    Pourquoi être abstentionniste ? Parceque dans cette société les gens n’ont pas l’impression que leur décision par bulletin de vote sera respecté. Ils se sentent dépossèdés de leur valeur identitaire à force d’être traités comme des « stuck-bröte » (je doute de l’orthographe), c’est à dire de simples morceaux de bois, utiles pour chauffer, mais inutiles pour le reste. A chaque élection on les traite comme des troupeaux de bestiaux que l’on mène à l’isoloir, à grand cris, avec des encouragements à avancer, comme des vaches que l’on mène à la traite. Après sortez et attendez la prochaine traite.
    S’ils ont bien voté, ils n’ont même pas droit à leur morceau de sucre, et s’ils ont mal voté, c’est la volée de batons …
    Respect, c’est un mot rayé du vocabulaire des politiques.
    Babelouest a raison en disant qu’il faut s’adresser à ceux de la base, TOUS, sans élitisme et sans arrière-pensée. Et aussi changer de vocabulaire !

  7. babelouest dit :

    @ La Main Gauche : gagner la confiance des électeurs, pour le PS ? Il y a une façon à mon avis efficace de le faire, c’est dès à présent, ou au plus tôt, s’engager à casser complètement la marche en avant néolibérale où nous entraîne Nicolas Sarkozy (en bon fantoche des financiers). C’est s’engager à sortir de l’UE comme le permet le traité de Lisbonne. C’est s’engager à arrêter le processus de privatisation de tout ce qui a un sens dans notre pays, télécom, énergie, communications (autoroutes, chemin de fer), poste, école (eh oui) , etc…. c’est s’engager à reprendre un vrai dialogue social non avec des centrales syndicales inféodées au pouvoir en place, mais avec la base, celle qui lutte, souffre, et dans le cas de plus en plus fréquent des précaires, celle qui se sent seule et oubliée.

    L’adhésion des électeurs a un prix : un vrai programme de gauche sur lequel il faut s’appuyer et ne pas plier. Il y aura des mécontents, les nantis peu nombreux, et ceux qui se croient tels, mais il y en aura toujours.

  8. La main gauche dit :

    « par trop libéral » n’enlève rien aux compétences. Le constat est qu’en bilan de crise dans un environnement structurellement libéral, les Français ont conclu que les régions socialistes étaient mieux avisées dans la gestion (conjoncturel) et que les Sarkosistes sont des tanches dans ce domaine (chômage au plus haut sommet et pourtant des bénéfices non réinvestis qui s’affichent).. et dans les sondages, sur ce plan là, DSK, semble plutôt bien considéré.. Tout ça sont des atouts à conserver qui peuvent servir aussi dans un environnement moins « libéral », toutefois, ça n’apporte rien sur les aspects structurels et les bons gestionnaires ne sont pas forcément les plus volontaires dans ce domaine mais peuvent être de bons alliés, et, par exemple, la question vite enterrée de la réforme du capitalisme reste entière, et c’est pourtant sur ce volet là que nous avons besoin de gagner la confiance des électeurs et que nous pouvons faire aussi baisser durablement le poids du FN..

  9. Belgo5.0 dit :

    j’ai vu Royal hier soir, et je dois admettre qu’elle arrive à articuler utopie et réalité. J’aimerais bien mieux connaitre son équipe régionale.

  10. La main gauche dit :

    La démocratie est en danger non pas parce que les gens ne votent pas mais parce qu’ils n’ont pas la volonté de voter.A mon sens, le vote obligatoire est au mieux un cache sexe !

  11. babelouest dit :

    On se retrouve dans une situation assez similaire à celle de la Praguerie, aux alentours de 1430. A l’époque, la révolte des grands seigneurs a bien fini en venir à bout du roi Charles VII, et du dauphin, le futur Louis XI. Mais c’est aussi là que le roi de France a enfin réussi à l’être vraiment. Pour qui s’y intéresse :
    http://books.google.fr/books?id=OwT5Hpjsns8C&pg=PA277&lpg=PA277&dq=la+praguerie&source=bl&ots=rjZ6OvvBvF&sig=YA7FwJvuENdNSy95TDaAjwjappU&hl=fr&ei=NnCrS_LsLYrg4gbzurTkDw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=4&ved=0CBUQ6AEwAw#v=onepage&q=la%20praguerie&f=false

    Maintenant, Martine Aubry a-t-elle autant de charisme et d’obstination que ces deux personnages-là ? je ne la connais pas, quelqu’un pourra-t-il apporter ses lumières ?

  12. OrangeOrange dit :

    Abstentions records … la Démocratie en danger ? Faut-il rendre le vote obligatoire ?

    petit sondage pour grand sujet, trouvé sur Pnyx.com: http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/610

  13. la grignette dit :

    socialiste par trop liberal !

  14. La main gauche dit :

    Peut-on synthétiser ainsi :

    La confiance est acquise sur les approches conjoncturelles et d’ailleurs, et d’ailleurs, sur ce plan là, le référent le plus admis aux yeux d’un large public est au FMI et est socialiste.

    Reste à gagner la confiance sur les approches structurelles et se doter du ou de la meilleur référent en la matière.

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