Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

30 avril 2010

Point de vue

Filed under: 13 - PS — iledere @ 12:27

Nous avons assisté, la semaine dernière, à un échange court mais lourd de sens. Alors que Benoît Hamon expliquait qu’il ne fallait pas, selon lui, que le candidat socialiste à la présidentielle de 2012 ait le profil d’un Papandreou (l’actuel premier ministre grec, issu des rangs du PASOK, qui applique une cure d’austérité à son pays conformément aux attentes des institutions économiques internationales), Jean-Christophe Cambadélis a rapidement riposté sur son blog, parlant de « faute politique ». Non, on n’aurait pas le droit d’accuser Papandreou de « restaurer l’ordre ancien », selon Jean-Christophe, car l’ordre ancien, en Grèce, ce serait la dictature des colonels ; oui, ce serait tout à « l’honneur » des socialistes de « redresser leur pays », fut-ce en respectant les canons de l’orthodoxie libérale internationale. Étrange conception de l’histoire, qui ne conçoit « d’ordre » que celui de la dictature, et fait l’impasse sur les 20 dernières années d’hégémonie intellectuelle de la droite démocratique !

Cette montée au filet rapide n’a rien d’un hasard, pas plus que la sortie préalable du porte-parole du PS n’est anecdotique. Et il est important de voir, derrière les petites phrases, le débat de fond qui a soudainement émergé.

2008 a été un cataclysme financier, économique, mais également un cataclysme idéologique. Par l’absurde, par avec des dégâts humains et sociaux terribles, a été démontré ce que beaucoup prêchaient (dans le désert) jusque là : le caractère profondément vicié de la mondialisation ultralibérale de ces 20 voire 30 dernières années. Une mondialisation caractérisée notamment par une « émancipation » de la finance, avec des banques ne faisant plus correctement leur métier de soutien de la croissance, et par une détérioration du rapport entre capital et travail. Détérioration s’accompagnant d’une déconnexion croissante du revenu et du salaire, se traduisant, pour les classes supérieures, par l’explosion des bonus et autres stock options, et dans les catégories les plus défavorisées, par un fort développement des revenus compensatoires (RSA, etc.), sans augmentations de salaire.

La crise a balayé ces certitudes, et battu en brèche les lois d’airain que l’on nous rabâchait jusqu’alors. Elle aurait donc dû ouvrir un boulevard à la gauche, et notamment à ceux à gauche qui dénonçaient cela depuis des années. Mais il n’en a rien été. Empêtrée dans des contradictions internes, morcelée dans des considérations nationales (il n’y a plus d’Internationale Socialiste digne de nom), la gauche est restée immobile, comme paralysée par l’ampleur de l’opportunité. Elle a perdu l’initiative et laissé la droite (qui n’a – naturellement – pas tergiversé devant l’occasion de reprendre la main) camoufler ses responsabilités dans la crise en entonnant le chant consensuel de la « moralisation du capitalisme ».

Oui, la gauche européenne est pour l’instant en difficulté. Elle n’a pas su réclamer que les banques, sauvées de leur propre incurie par l’argent du contribuable, soient nationalisées. Nous avons perdu le premier round. Mais la bataille n’est pas finie. On voit bien que la colère mondiale et nationale n’est pas encore retombée contre ce système absurde, qui ne trouve rien de mieux que reprendre à pas de loup son fonctionnement antérieur, maintenant que le vent du boulet est retombé. Il y aura d’autres rounds – à commencer, en France, par l’élection présidentielle de 2012. Allons-nous enfin les assumer en tant que tels ? (more…)

Tant qu’à sombrer, sombrons en beauté

Filed under: 11 - société — iledere @ 6:30

Volcan islandais, crise de l’euro, menace d’éclatement de la Belgique… Autant de phénomènes complexes sur lesquels personne, à commencer par les dirigeants européens, ne semble avoir prise.

De l’Islande à la Grèce, les dieux des antipodes européens font trembler tout le continent. Le Walhalla s’est déjà exprimé, il ne manquait plus que l’Olympe. Il y a d’abord eu l’éruption du volcan islandais Eyjafjöll, qui a cloué au sol des centaines de milliers de passagers, entraînant des pertes colossales pour les compagnies aériennes. Aujourd’hui, c’est la dette grecque – dont le taux d’intérêt dépasse désormais les 8 % – qui menace d’exploser. Certains disent que le prochain pays à tomber sera le Portugal, où le magma de la dette commence à bouillonner, mais, au vu des nouvelles en provenance de Belgique, il n’est pas exclu que, d’ici quelques mois, on voie apparaître dans la plaine européenne un nouveau pays, la Flandre. Ce n’est pas une vengeance divine, mais cela y ressemble. L’Islande et la Grèce sont les deux pays les plus endettés d’Europe, l’un en raison de la cupidité de ses banquiers, l’autre à cause de la stupidité de ses dirigeants politiques. En Islande, les banques ont profité d’une réglementation des plus laxistes pour créer une énorme bulle, captant via Internet l’épargne de milliers de Britanniques et de Néerlandais avec la promesse de taux d’intérêt très élevés. En Grèce, la classe politique a dilapidé deux décennies de fonds européens. Ce faisant, elle est passée à côté de toutes les occasions d’entreprendre les réformes qui devaient moderniser l’administration et assurer un fonctionnement efficace de l’Etat. Le gouvernement britannique a imposé à l’Islande sa législation antiterroriste [Gordon Brown avait invoqué en octobre 2008 une législation anti­terroriste afin de geler les actifs de la Landsbanki pour contraindre le pays à rembourser ses dettes] et un programme de remboursement de l’épargne qui n’est pas sans évoquer les réparations de guerre imposées à l’Allemagne après la Première Guerre mondiale. Quant à la Grèce, l’UE et le FMI l’astreignent à un programme d’ajustement si dur qu’il provoquera une récession encore plus grave. Ce sont les banques et les gouvernements qui ont provoqué la catastrophe, mais ce sont les citoyens islandais et grecs qui vont rembourser la dette. Il n’y a pas besoin de parler d’apocalypse ou de recourir au surnaturel, mais il est vrai que nous autres les Européens scrutons le ciel depuis trop longtemps sans rien y comprendre. Les modèles mathématiques sur lesquels se fondent les prédictions de déplacement des cendres volcaniques et les dynamiques complexes auxquelles obéissent les marchés financiers sont parfaitement incompréhensibles pour le commun des mortels.

Tous Les dirigeants politiques sont désemparés
Malgré le progrès matériel et scientifique, les citoyens d’aujourd’hui se sentent aussi impuissants à maîtriser à leur destin que ceux d’autrefois. Le programme des Lumières, qui consistait à désenchanter le monde, est encore loin d’être achevé.

De nombreux observateurs s’étonnent à juste titre de l’absence de mobilisation sociale face à la crise. Ils s’étonnent aussi de ce que les dirigeants politiques n’agissent pas davantage au niveau national ou européen pour en sortir. Mais cette absence de réactions s’explique aisément : la complexité et l’interdépendance des phénomènes qui nous dépassent ont un effet démobilisateur, tant sur les sociétés que sur leurs dirigeants. Beaucoup d’institutions financières, accablées de dettes et tétanisées par la peur des défauts de paiement, ont cessé de prêter de l’argent, devenant des banques zombies. C’est quelque chose de semblable qui arrive à beaucoup de gouvernements européens : de peur de perdre le pouvoir, ils ne veulent prendre aucun risque. Ce sont aussi des gouvernements zombies, qui sont incapables d’agir de façon résolue et de piloter courageusement la sortie de crise, que ce soit à l’échelle nationale, européenne ou mondiale .

Malgré les mises en garde répé­tées, l’Union économique et monétaire a heurté un iceberg en pleine nuit. Comme on ne l’a pas dotée des mécanismes permettant de faire face à des crises comme celle que nous traversons, le navire va faire eau de toutes parts. Toutefois, comme le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui vient de présenter son recueil de haïkus, ces charmants pe­tits poèmes japonais qui parlent de la fugacité de la vie et de la beauté de la nature, nous, les Européens, préférons la contemplation à l’action. Et ces haïkus de Van Rompuy sont un peu com­me l’orchestre du Titanic, qui joua sur le pont jusqu’à la dernière minute. Que ce soit la Belgique ou l’Union monétaire qui sombre, qu’au moins elle le fasse en beauté.

José Ignacio Torreblanca pour El País

29 avril 2010

La pauvreté augmente chez les jeunes et les seniors

Filed under: 03 - Economie,11 - société — iledere @ 12:15

La pauvreté augmente nettement depuis 2005 chez les jeunes et les plus âgés.

L’évolution
Pour la première fois depuis de nombreuses années le nombre de personnes pauvres de plus de soixante ans augmente, et de façon non-négligeable : + 100 000 personnes entre 2005 et 2007, selon les données de l’Insee en utilisant le seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian . Une progression de 25 %. Le phénomène est plus connu, mais encore plus marqué, chez les jeunes : + 300 000 entre 2001 et 2007, soit une hausse de 27 %.

Il est trop tôt pour parler de mouvement de fond pour les plus âgés. La récession amorcée en 2008 a surtout pesé sur les plus jeunes, mais rien ne dit que la situation des seniors se soit améliorée. Depuis des années, les politiques publiques de lutte contre la pauvreté se concentrent sur le retour vers l’emploi, oubliant de fait les aînés. Le gouvernement a revalorisé le minimum vieillesse (709 euros en 2010), mais celui-ci demeure nettement sous le seuil de pauvreté (757 euros en 2007). Pour les moins de 30 ans, la dégradation est considérable. Compte tenu de la hausse du chômage, il est probable que le nombre de jeunes vivant sous le seuil de pauvreté a encore progressé.

Evolution du nombre de personnes pauvres selon l’âge
Unité : milliers
19971998199920002001200220032004200520062007
Moins de 30 ans1 2001 077995975850771842841893857983
30 à 39 ans437467458455440426499524513458478
40 à 49 ans687606568585574610603578605612543
50 à 59 ans473472454492478499521537536517502
60 ans ou plus397464457472444455392401399448497
Ensemble4 4104 2764 0914 2043 9963 9254 2274 1584 2704 1884 281
Seuil de pauvreté fixé à 50 % du revenu médian (le revenu médian est celui qui sépare les ménages en deux, la moitié étant située au-dessus, l’autre au-dessous).
Source : Calculs de l’Observatoire des inégalités d’après l’Insee

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Sept leçons pour une pédagogie de classe

Filed under: 02 - Education — iledere @ 6:30

Lorsque vous entendez parler des enfants étrangers dans notre école, on en parle souvent comme s’ils représentaient un problème ou un atout pour « nos » enfants.
Un problème, car le rythme et la qualité du travail scolaire seraient ralentis d’une manière très préjudiciable.
Un atout car la diversité des origines et des langues permettrait un contexte de travail enrichi et plus stimulant d’un point de vue culturel et social.

À la première observation – “avec tant d’étrangers, le niveau et le rythme de travail scolaire sont pénalisés, ceux qui en souffrent sont nos enfants” – nous avons tendance à riposter avec la seconde : “c’est vrai, c’est peut-être difficile, mais nous y gagnons à être ensemble”. On ne donne donc pas une réponse spécifique et dirigée vers les préoccupations des parents. On leur tourne seulement autour, on tergiverse. Mais les parents ne sont pas dupes … Je travaille dans les écoles. Je rencontre des parents et ils me posent des questions. Ces questions parfois ne regardent pas directement leurs propres enfants. Ils me questionnent aussi sur le classisme sociale de l’école. Ainsi je me sentais dans l’obligation morale (ainsi qu’humaine et professionnelle) de répondre de façon documentée à leurs questions …

Première leçon : le niveau de l’école
La présence d’élèves étrangers et parlant une langue étrangère, ainsi que les données sur les taux d’analphabétisme de retour peuvent inquiéter les parents. Pourtant, l’idée que le niveau général de formation des nouvelles générations est diminué n’a aucun fondement.

Dans la comparaison entre les générations, les données qui ressortent des enquêtes statistiques indiquent un nombre croissant de diplômés. Chez nous (au Tessin, Suisse), il suffit de rappeler l’augmentation du nombre d’élèves du LICEO (collège), à partir des années 70 (nombre plus que triplé).

Le niveau de préparation des étudiants, à partir des années 60, a aussi augmenté : et cela vaut pour tout le monde, car aussi les étudiants les moins préparés sont bien meilleurs que lorsqu’ils venaient exclus de l’école. Non seulement le nombre d’étudiants a augmenté, mais a augmenté aussi le nombre d’années passées sur les bancs de l’école ! En effet, l’actuelle institution école forme au moins deux fois plus de bons élèves par rapport sa période élitaire (Baudelot, Establet, 1989).

Quand certains employeurs se plaignent que les élèves devenus apprentis n’ont pas acquis les niveaux requis, ce n’est pas le niveau de formation qui s’est abaissé, ce sont les élèves qui ne sont plus les mêmes. Beaucoup de ceux qui signent aujourd’hui un contrat d’apprenti ne l’auraient pas fait dans le passé. Ils seraient immédiatement entrés en emploi, à 15 ans, sans formation. Aujourd’hui, cela est de plus en plus rare.

D’ailleurs même chez les apprentis l’exigence de hisser le niveau des examens continue d’augmenter (cela étant le seul moyen de rester compétitif).

Deuxième leçon : les compétences en lecture …
Dans le passé on a beaucoup entendu parler d’analphabétisme. Aujourd’hui, nous parlons plutôt d’analphabétisme de retour, c’est-à-dire une maîtrise insuffisante des compétences de lecture et d’écriture. L’analphabétisme constituant un handicap beaucoup plus fort. (more…)

28 avril 2010

Le PS ébauche « un nouveau modèle productif »

Filed under: 13 - PS,14 - Refondation du PS — iledere @ 12:34

Deux ans avant l’élection présidentielle de 2012, le Parti socialiste commence à avancer un projet économique et social. Rédigé sous la houlette de Pierre Moscovici, député du Doubs, le texte de 23 pages s’intitule « un nouveau modèle économique, social et écologique ». Il est examiné mardi 27 avril au Conseil national, le Parlement du parti, avant d’être soumis au vote des militants le 20 mai. Il a été revu une dernière fois en bureau national, lundi, dans le but de parvenir à un texte consensuel. Ce n’est pas encore un programme présidentiel, pas non plus un texte de congrès. Plutôt un exercice de cadrage, prudent, sur les points qui continuent de diviser le PS.

Quatre conventions d’ici à la fin de l’année
Le projet économique et social du PS s’inscrit dans le cadre des conventions nationales qui vont rythmer la vie du parti cette année. Elles précèdent l’organisation de « primaires ouvertes » qui doivent permettre en 2011 de choisir un candidat à l’élection présidentielle de 2012.

La convention consacrée au « nouveau modèle économique, social et écologique » est la première à être organisée. Elle se tiendra le 29 mai. Celle sur la rénovation est prévue le 3 juillet. Puis viendront la convention internationale, le 9 octobre, et celle sur l’égalité réelle, le 11 décembre.

A chaque fois, les militants sont invités à voter dans les sections pour valider le projet qui servira de cadre au futur candidat, mais sans l’engager complètement. Le travail programmatique que mène le PS doit aussi lui permettre de préparer les discussions qui auront lieu avec ses principaux alliés, à commencer par les écologistes. Les tensions internes qui agitent ces derniers font peser des incertitudes sur le calendrier des discussions.

D’emblée, le projet débute par un mea-culpa. « Si la gauche de gouvernement a apporté des avancées économiques, sociales ou sociétales majeures (…), elle n’a pas suffisamment engagé le changement profond de modèle de société qui était nécessaire. » La crise économique doit être l’occasion « de reprendre l’initiative », assure le texte, qui propose d’ouvrir la perspective d’un « nouveau projet de transformation de la société. »

Les valeurs. La transformation passe d’abord par la maîtrise du temps – « le long terme plutôt que la tyrannie du court terme » et la réaffirmation des valeurs : « Le progrès », «  la justice », « le bien-être plutôt que le tout-avoir », « les biens publics et la solidarité plutôt que l’individualisme ». A modèle constant, c’est-à-dire « à politique budgétaire, monétaire, commerciale et fiscale inchangée », les difficultés que traverse le pays sont « insolubles », estime le texte.

La « mutation écologique ». Le PS veut « une industrie forte », mais souhaite définir « un modèle de production plus sobre en ressources ». Dans cette optique, le nucléaire, jugé « inévitable aujourd’hui », verra sa part « progressivement réduite ». Le texte assure, sans avancer d’objectif précis, que « la recherche et l’investissement en faveur des énergies renouvelables doivent être totalement prioritaires« . Au plan fiscal, réapparaît l’idée d’une « TVA-éco-modulable » en fonction de critères environnementaux ainsi qu’une « contribution climat-énergie ambitieuse et redistributive » – mais encore très vague, qui serait une alternative à la taxe carbone. (more…)

Frédéric Mitterrand ne connaît qu’une chanson: les copains d’abord

Filed under: 11 - société,20 - UMP — iledere @ 6:29

Frédéric Mitterrand - capture d'écranLa manie de Frédéric Mitterrand de nommer tous ses proches aux postes clés de son ministère a le don d’agacer Philippe Bilger.
Frédéric Mitterrand à l’usage
On a beaucoup parlé ces derniers jours de la conductrice au niqab et de son conjoint qu’il va être difficile de déchoir de la nationalité française. On a compris que le président de la République et le gouvernement souhaitaient faire voter le plus rapidement possible une loi d’interdiction du port du voile intégral dans l’espace public. Autant ce débat est légitime, cette volonté affichée justifiée, autant cette focalisation, aussi nécessaire qu’elle soit, donne une importance démesurée à des phénomènes somme toute marginaux et mécontente la majorité des musulmans qui respectent nos lois et les usages de notre démocratie (Marianne 2). Il ne suffit pas de dire : il n’y a qu’à !

Après mon dernier billet sur Alain Finkielkraut, qui fait apparaître quelques réserves quand mes posts précédents ont globalement admiré cet intellectuel – c’est une totalité à lire et qui me semble cohérente -, je me suis interrogé sur ma passion des personnalités et mon goût, autant que je peux, d’entrer dans des univers intimes pour déchiffrer des mystères, analyser mes engouements ou expliquer mes hostilités. Chez moi, il me semble que l’être humain est premier et que les idées ne prennent véritablement une importance, positive ou négative, qu’au regard de l’homme ou de la femme qui les exprime. J’ai conscience que ce privilège donné à la vie et qui met au second plan le débat intellectuel pourrait m’entraîner à adhérer à n’importe quelle thèse à partir du moment où elle serait offerte avec conviction et talent par quelque personnalité que ce soit, toutes tendances politiques confondues évidemment. Toutefois, je ne crois pas être menacé par une telle dérive dans la mesure où, par des miracles au quotidien, l’existence vient proposer des justifications intellectuelles aux choix personnels. On trouve toujours, quand on n’aime pas immédiatement quelqu’un, de quoi argumenter pour se prouver que son instinct a raison et l’inverse est vrai aussi :  la sympathie viscérale et instantanée n’a pas de mal à se démontrer, sur le fond, qu’elle est légitime.

C’est en lisant une interview de Frédéric Mitterrand par Cécile Amar dans Le Journal du Dimanche que je me suis engagé dans cette modeste introspection. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais apprécié ce neveu de François Mitterrand alors qu’au contraire, au fil du temps et par comparaison, j’ai nourri une dilection de plus en plus forte pour l’oncle, le président. Les péripéties sexuelles tarifées de Frédéric ont aggravé mon antipathie mais ne l’ont pas créée. Il y a quelque chose de « too much » chez cet être-là sur tous les plans et le ministre qu’il est devenu, par la grâce du milieu mondain et de l’épouse du président de la République, m’énerve avec son mélange de feinte modestie et de vraie arrogance.

Dans cet entretien excellent grâce aux questions posées avec politesse mais sans complaisance, on apprend que FM « déteste les soupçons » mais qu’en même temps, pour qui lit attentivement ses réponses, il est clair que ces « soupçons » ne viennent pas de rien et qu’ils sont suscités par sa politique, notamment par les nominations qu’il décrète et qu’il défend tant bien que mal, gêné aux entournures. Le ministre débutant est bien loin qui jouait à l’homme naïf égaré dans la politique, arrivé là presque par hasard. Maintenant, FM affirme son autorité, ses choix et quand on lui oppose l’exemple positif  et contraire de pays étrangers, il déclare qu’on est « en France et que c’est comme cela ». Il y a un tantinet de vanité dans cette attitude. Pour être sûr de dominer dans le domaine culturel, FM proclame sa domination et ne s’embarrasse pas du reste. (more…)

27 avril 2010

Délinquance: Hortefeux se trompe et le sait.

Filed under: 21 - Mensonges de Sarko — iledere @ 12:33

La semaine dernière, le ministre de l’intérieur s’est félicité du bilan de la lutte contre la délinquance au premier trimestre 2010. On a dû mal à comprendre pourquoi il était aussi satisfait.

Le ministre tente de contenir les critiques. Cela passe d’abord par un changement de méthode… statistique. L’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) prévient ainsi, dans le texte introductif de son bilan mensuel, qu’elle ne communique désormais plus sur le chiffre global de la délinquance, car, explique-t-il, les atteintes aux biens (vols et destructions et dégradations), les atteintes volontaires à l’intégrité physique (violences ou menaces) et des escroqueries, et les infractions économiques et financières «n’ont pas vocation à être additionnés pour former un chiffre unique. » La belle affaire ! Depuis près d’une décennie, Nicolas Sarkozy et ses proches usent et abusent de ces mêmes totalisations hâtives de données incomparables les unes avec les autres !

L’ONDRP prévient aussi: «la grille de lecture consistant à considérer une baisse des faits constatés comme positive et une hausse comme un mauvais signe n’est pas toujours adaptée à la forme de délinquance à laquelle on s’intéresse. Une hausse des faits constatés en matière de violences physiques peut, par exemple, résulter d’une augmentation des faits commis qu’il serait légitime de considérer comme négative mais aussi d’une plus grande propension des victimes à porter plainte qui, elle, s’interprète positivement.» Brice Hortefeux n’a cure de ses précautions méthodologiques. Mardi dernier, il s’est lancé… pour son plus grand péril.

Voici ces 6 conclusions principales :
1. «Une diminution de -3,8% des atteintes aux biens par rapport au premier trimestre 2009 : entre avril 2009 et mars 2010, le nombre d’atteintes aux biens enregistrés atteinte même son plus bas niveau depuis 1996»
En fait, la baisse des atteintes aux biens entre mars 2009 et mars 2010 est de 1%, soit 22 171 actes «constatés».  Cette baisse concerne surtout les «destructions et dégradations enregistrées» (-33 000) . Les vols avec violences ( 113730 vols violents constatés en un an)ont au contraire fortement progressé + 5,3% sur 12 mois (soit + 5 717 actes). Les faits d’incendies volontaires ont également augmenté, de +8,8% sur 12 mois (+3646 faits constatés).

2. «Une tendance à la stabilisation des atteintes volontaires à l’intégrité physique, avec une évolution limitée à +1,24% par rapport au premier trimestre 2009 ; la hausse des faits constatés a été divisée par deux en 4 mois
Vous avez bien lu: le ministre se félicite d’une «tendance à la stabilisation». Il aurait du mal à dire mieux. Le constat de l’ONDRP est sans équivoque. Les violences aux personnes représentent % des actes de délinquance. Parmi elles, «plus de 240000 faits de violences physiques non crapuleuses ont été enregistrés entre avril 2009 et mars 2010, soit un niveau parmi les plus élevés depuis 1996.» Ces dernières totalisent plus de la moitié (53%) des violences aux personnes. Qui dit mieux ? En fait, le ministre reprend une autre conclusion de l’ONDRP : cette augmentation est la plus faible depuis 5 ans. De leur côté, les violences physiques crapuleuses progressent de 5% sur 12 mois. L’ONDRP s’inquiète: «Depuis plusieurs mois, le nombre de faits constatés de violences physiques crapuleuses est en hausse plus marquée que celle des violences physiques non crapuleuses

3. «Un recul de -10,6% des escroqueries et des infractions économiques et financières par rapport au premier trimestre 2009.»
L’ONDRP prévient pourtant: «pour ce qui est des escroqueries et infractions économiques et financières, une modification des règles d’enregistrement de certaines infractions pourrait être à l’origine de leur forte baisse sur 12 mois.» Le ministre ne lit pas ses propres rapports ! L’ONDRP note en effet qu’une partie des plaintes pour fraudes à la carte bancaire ne font plus plus l’objet de procès-verbaux… Sans commentaires. (more…)

Karachi: Mediapart publie de troublants documents bancaires

Filed under: 20 - UMP,21 - Mensonges de Sarko — iledere @ 6:30

Mediapart publie trois documents bancaires montrant que l’Association pour le financement de la campagne électorale d’Edouard Balladur (Aficeb), au cœur des soupçons de financement occulte apparus en marge de l’affaire de Karachi, a reçu 10.250.000 de francs en espèces – exclusivement en grosses coupures – au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle de 1995.

Ces documents viennent jeter le trouble sur la légalité du financement de la campagne présidentielle de l’ancien premier ministre dont l’un des principaux acteurs et soutiens n’était autre que Nicolas Sarkozy. Il fut à la fois ministre du budget du gouvernement Balladur (1993-1995) et porte-parole de la campagne incriminée.Evoqués ce matin par Libération, ces documents ont été envoyés anonymement, le 22 février 2010, à l’avocat parisien Olivier Morice, conseil de plusieurs familles de victimes de l’attentat de Karachi, qui a fait quinze morts dont onze Français employés de la Direction des constructions navales (DCN) le 8 mai 2002.

Potentiellement explosifs, ils ont ensuite été transmis au juge antiterroriste Marc Trévidic, chargé de l’enquête sur les causes de l’attentat de Karachi. Le magistrat s’est à son tour empressé de les communiquer au parquet de Paris, qui avait ouvert au début du mois de l’année une enquête préliminaire à la suite d’une plainte de Me Morice visant un éventuel financement illicite de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur.

La justice cherche aujourd’hui à découvrir si plusieurs contrats d’armement signés entre 1993 et 1995 par le gouvernement Balladur, en particulier celui portant sur la vente en septembre 1994 au Pakistan de trois sous-marins Agosta fabriqués par la direction des constructions navales (DCN), ont pu être à l’origine de montages financiers destinés à «sponsoriser» la campagne électorale de 1995 de celui qui était alors premier ministre, et ce par le biais d’un système de rétrocommissions.

Le contrat Agosta avait été signé par le ministre de la défense de l’époque, François Léotard. Son plan de financement, qui incluait le versement de commissions à des intermédiaires libanais proches des cercles balladuriens, fut quant à lui validé par son homologue du budget, Nicolas Sarkozy. MM. Léotard et Sarkozy furent tous deux des soutiens de premier plan pour Edouard Balladur dans sa conquête (malheureuse) de l’Elysée.

Que disent précisément les documents que Mediapart publie aujourd’hui? Le courrier anonyme reçu par Olivier Morice est composé d’une coupure de presse, reprenant des déclarations de l’avocat sur l’affaire de Karachi, accompagnée de deux bordereaux bancaires. Ceux-ci proviennent de l’agence Haussmann du Crédit du Nord et font état de deux mouvements de fonds intervenus en avril 1995 sur le compte n° 327 548 2 dont le titulaire est l’«AFICEB». (more…)

26 avril 2010

Les nuages s’accumulent au dessus de Goldman Sachs

Filed under: 10 - Chronique de la haine ordinaire — iledere @ 12:00

Lloyd Blankfein, PDG de Goldman Sachs.Le Sénat américain a diffusé des mails montrant que banque de Wall Street se délectait, pendant la crise, de gagner tant d’argent, grâce à ses produits misant sur la chute du marché immobilier.

L’affaire Goldman Sachs a franchi, le week-end des 24 et 25 avril, une nouvelle étape politique avec la publication par le Sénat américain de courriels embarrassants pour la banque, accusée de s’être enrichie, en 2007, en pariant sur la baisse de produits financiers que la banque avait parfois elle-même vendus à ses clients.

Larry Summers, conseiller économique du président Obama, a refusé dimanche de commenter l’affaire Goldman Sachs, si ce n’est pour préciser : «Voilà qui souligne ce qui est au cœur de la vision du président (dans la réforme de la finance): l’importance de la transparence.»

Choquée de ce déballage avant l’ouverture d’auditions publiques lundi, au Congrès, Goldman Sachs nie catégoriquement avoir violé la loi. Elle maintient que son rôle d’intermédiaire au service de clients institutionnels aux vues divergentes sur la tendance du marché immobilier l’obligeait à spéculer à la baisse sur certains titres de manière à couvrir ses risques pris par ailleurs sur d’autres positions.

S’ils ne prouvent rien de frauduleux, les mails rendus publics, samedi, par le Sénat montrent que la banque de Wall Street se délectait, pendant la crise, de gagner tant d’argent, grâce à ses produits dérivés misant sur la chute du marché immobilier subprime, alors que ses propres clients – dont des banques européennes – s’appauvrissaient dans des opérations inverses.

« On va faire un gros paquet d’argent ! »
En juillet 2007, David Viniar, directeur financier de Goldman Sachs, apprenant que la banque avait déjà gagné 51 millions de dollars en pariant sur la chute des subprime réagissait ainsi dans un mail : «Ça donne une idée de ce qui pourrait arriver à ceux qui n’ont pas une grande position courte.»

En octobre 2007, alors que le marché immobilier plongeait, un trader de la banque envoyait un mail à son collègue : «On dirait qu’on va faire un gros paquet d’argent !» La réponse : «Oui, nous sommes bien positionnés…» En 2007, la banque dirigée par Lloyd Blankfein a réalisé des profits records de 11,6 milliards de dollars qui lui ont permis d’empocher un bonus record de 67,9 millions de dollars. Au cours de la même période, les banques rivales, comme Morgan Stanley, subissaient des dévalorisations massives de leurs actifs. (more…)

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