Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

30 avril 2010

Tant qu’à sombrer, sombrons en beauté

Filed under: 11 - société — iledere @ 6:30

Volcan islandais, crise de l’euro, menace d’éclatement de la Belgique… Autant de phénomènes complexes sur lesquels personne, à commencer par les dirigeants européens, ne semble avoir prise.

De l’Islande à la Grèce, les dieux des antipodes européens font trembler tout le continent. Le Walhalla s’est déjà exprimé, il ne manquait plus que l’Olympe. Il y a d’abord eu l’éruption du volcan islandais Eyjafjöll, qui a cloué au sol des centaines de milliers de passagers, entraînant des pertes colossales pour les compagnies aériennes. Aujourd’hui, c’est la dette grecque – dont le taux d’intérêt dépasse désormais les 8 % – qui menace d’exploser. Certains disent que le prochain pays à tomber sera le Portugal, où le magma de la dette commence à bouillonner, mais, au vu des nouvelles en provenance de Belgique, il n’est pas exclu que, d’ici quelques mois, on voie apparaître dans la plaine européenne un nouveau pays, la Flandre. Ce n’est pas une vengeance divine, mais cela y ressemble. L’Islande et la Grèce sont les deux pays les plus endettés d’Europe, l’un en raison de la cupidité de ses banquiers, l’autre à cause de la stupidité de ses dirigeants politiques. En Islande, les banques ont profité d’une réglementation des plus laxistes pour créer une énorme bulle, captant via Internet l’épargne de milliers de Britanniques et de Néerlandais avec la promesse de taux d’intérêt très élevés. En Grèce, la classe politique a dilapidé deux décennies de fonds européens. Ce faisant, elle est passée à côté de toutes les occasions d’entreprendre les réformes qui devaient moderniser l’administration et assurer un fonctionnement efficace de l’Etat. Le gouvernement britannique a imposé à l’Islande sa législation antiterroriste [Gordon Brown avait invoqué en octobre 2008 une législation anti­terroriste afin de geler les actifs de la Landsbanki pour contraindre le pays à rembourser ses dettes] et un programme de remboursement de l’épargne qui n’est pas sans évoquer les réparations de guerre imposées à l’Allemagne après la Première Guerre mondiale. Quant à la Grèce, l’UE et le FMI l’astreignent à un programme d’ajustement si dur qu’il provoquera une récession encore plus grave. Ce sont les banques et les gouvernements qui ont provoqué la catastrophe, mais ce sont les citoyens islandais et grecs qui vont rembourser la dette. Il n’y a pas besoin de parler d’apocalypse ou de recourir au surnaturel, mais il est vrai que nous autres les Européens scrutons le ciel depuis trop longtemps sans rien y comprendre. Les modèles mathématiques sur lesquels se fondent les prédictions de déplacement des cendres volcaniques et les dynamiques complexes auxquelles obéissent les marchés financiers sont parfaitement incompréhensibles pour le commun des mortels.

Tous Les dirigeants politiques sont désemparés
Malgré le progrès matériel et scientifique, les citoyens d’aujourd’hui se sentent aussi impuissants à maîtriser à leur destin que ceux d’autrefois. Le programme des Lumières, qui consistait à désenchanter le monde, est encore loin d’être achevé.

De nombreux observateurs s’étonnent à juste titre de l’absence de mobilisation sociale face à la crise. Ils s’étonnent aussi de ce que les dirigeants politiques n’agissent pas davantage au niveau national ou européen pour en sortir. Mais cette absence de réactions s’explique aisément : la complexité et l’interdépendance des phénomènes qui nous dépassent ont un effet démobilisateur, tant sur les sociétés que sur leurs dirigeants. Beaucoup d’institutions financières, accablées de dettes et tétanisées par la peur des défauts de paiement, ont cessé de prêter de l’argent, devenant des banques zombies. C’est quelque chose de semblable qui arrive à beaucoup de gouvernements européens : de peur de perdre le pouvoir, ils ne veulent prendre aucun risque. Ce sont aussi des gouvernements zombies, qui sont incapables d’agir de façon résolue et de piloter courageusement la sortie de crise, que ce soit à l’échelle nationale, européenne ou mondiale .

Malgré les mises en garde répé­tées, l’Union économique et monétaire a heurté un iceberg en pleine nuit. Comme on ne l’a pas dotée des mécanismes permettant de faire face à des crises comme celle que nous traversons, le navire va faire eau de toutes parts. Toutefois, comme le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui vient de présenter son recueil de haïkus, ces charmants pe­tits poèmes japonais qui parlent de la fugacité de la vie et de la beauté de la nature, nous, les Européens, préférons la contemplation à l’action. Et ces haïkus de Van Rompuy sont un peu com­me l’orchestre du Titanic, qui joua sur le pont jusqu’à la dernière minute. Que ce soit la Belgique ou l’Union monétaire qui sombre, qu’au moins elle le fasse en beauté.

José Ignacio Torreblanca pour El País

Une réponse à “Tant qu’à sombrer, sombrons en beauté”

  1. babelouest dit :

    Mais pourquoi, aussi, avoir osé mettre sur pied une union strictement économique et monétaire, entre des pays aux cultures, aux particularités géographiques, politiques, ataviques si différentes ? Il aurait fallu commencer par se créer une « culture européenne » commune avec aussi de l’économique, mais pas seulement. Il suffit de voir comment les conflits sociaux allemands se règlent (en fait très mal, et aux détriments du plus grand nombre) et en France. Je parle là de l’avant-Sarkozy, car il a changé toutes les données vers un moins-disant catastrophique pour tout le monde. Système perdant-perdant. N’y ont gagné qu’un nombre infime de personnes, une centaine peut-être.

    Alors, maintenant ? Il est clair que les hedge funds (US en général), les banques d’affaires, les assureurs multinationaux, les gros conglomérats aussi bien « français » en théorie qu’étrangers ont précipité les choses par leur goût du lucre, en créant une masse informe de monnaie fictive, toujours en mouvement et seulement nuisible. Pour faire l’Europe, il faut casser ce système malgré les pressions qui ne manqueront pas d’apparaître.Cela signifie aussi qu’il faut changer les personnes, qui ne sont que les valets de ces pirañas. Après seulement, il sera possible de parler solidarité, quand les requins se seront pris des flèches lestées de dynamite par le travers.

    Au boulot, bon sang ! Il n’y a plus une seconde à perdre !

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons