Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

9 mai 2010

La crise grecque menace de devenir systémique

Filed under: 01 - Etudes et analyses,03 - Economie — iledere @ 6:30

C’est une vague de peur qui enfle, et que rien ne semble pouvoir endiguer. La Banque centrale européenne, dernière voix autorisée pour la zone euro, n’a pas réussi à calmer les appréhensions: en refusant, jeudi 6 mai, de passer outre l’interdiction qui lui est faite par traité et de «monétiser» la dette grecque, c’est-à-dire d’acheter directement la dette publique grecque, elle s’est privée de la seule arme susceptible de calmer la spéculation, aux yeux de nombreux experts y compris de banquiers. Car le plan de sauvegarde de la Grèce, adopté par l’Union européenne et le FMI, n’a pas convaincu. De plus en plus de voix s’élèvent pour dire même qu’il est mort-né, avant même que les pays de la zone euro, réunis vendredi 7 mai, ne l’ait approuvé.

Dès lors, la crainte de voir la Grèce faire défaut est de plus en plus palpable. Sa dette est devenue un subprime:  tout le monde cherche à s’en débarrasser. Vendredi, le rendement des obligations à 10 ans atteignait 12,28%, un nouveau record, tandis que la prime d’assurance – les fameux CDS – pour se couvrir des risques de faillite cotait 1.000 points de base, 100%! Un niveau qui est considéré comme un indicateur que le pays va faire défaut. Dans son sillage, la Grèce entraînait le Portugal – ses obligations à dix ans sont à plus de 6,18% –, l’Espagne et l’Italie.

Les banques, premières détentrices d’obligations d’Etats, se retrouvent en première ligne. Jeudi, l’agence de notation Moody’s a insisté sur les risques d’une contagion des risques souverains aux systèmes bancaires. Selon l’agence, un tel risque pourrait se propager au Portugal, à l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et le Royaume-Uni. Partie de la Grèce, cette crise mal gérée par l’Union européenne est devenue une crise de l’euro et des dettes souveraines et pourrait se transformer en une nouvelle crise systémique du système bancaire et financier, la deuxième en deux ans et demi.

Commençant à prendre la mesure de la situation, les dirigeants s’inquiètent. Une réunion par téléphone du G7 a été annoncée ce vendredi après-midi, afin de faire le point sur la panique financière. En marge de cette rencontre imprévue, les pays de la zone euro se retrouvent à Bruxelles pour donner l’impression d’un front commun sur la Grèce. Mais tout cela risque une nouvelle fois d’être trop peu, trop tard. «Nous ne voyons pas pourquoi les marchés vont se calmer en l’absence d’action décisive des autorités qui jusqu’à présent ont raté l’occasion de convaincre les investisseurs qu’ils étaient capables de battre la crise européenne des dettes souveraines», écrivait vendredi matin, dans une note citée par Bloomberg, Markus Ernst, analyste chez Uni Credit.

Face à des marchés électrisés, encore plus depuis la panique encore partiellement inexpliquée jeudi à Wall Street, la parole convenue des gouvernants n’a plus de prise. C’est le run, la fuite éperdue loin des marchés obligataires mais aussi des marchés d’action et de l’euro. Après une semaine d’effondrement, la séance de vendredi a tourné à l’apocalypse. Le Cac 40 a perdu jusqu’à 5,16% pour terminer à 4,60%. C’est le marché européen qui a été le plus touché. Les établissements bancaires ont été le plus sanctionnés: la Société générale a perdu 8%, le Crédit agricole 7,20%, BNPParibas 5,68%.

Un plan pour sauver les banques et payé par les Grecs
Ces chutes sont aussi la sanction de leurs mensonges, de la non-explication à temps de leur exposition à la Grèce. La semaine dernière encore, avec le soutien du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, les banques minimisaient totalement leurs positions, quitte à s’inscrire en faux par rapport aux chiffres incontestables de la Banque des règlements internationaux (BRI) (voir article). Mais leur position n’était plus tenable. Jeudi, les unes après les autres, elles ont commencé à révéler leurs vrais chiffres.

Surprise: leur exposition est bien moins «négligeable» qu’annoncé. Ainsi, le Crédit agricole qui soutenait la semaine dernière n’être exposé qu’à hauteur de 850 millions d’euros, bien qu’il ait le contrôle de la banque grecque Emporiki, a finalement retrouvé quelques engagements dans ses livres. Jeudi, il a annoncé qu’à côté de 850 millions d’euros de dette publique grecque, il détenait 25 milliards d’euros de dettes commerciales dans le pays. Et vendredi, la banque a refait à nouveau ses comptes: elle a annoncé que finalement son exposition totale était de 27 milliards d’euros, en incluant les engagements de Crédit agricole CIB, sa banque de financement et d’investissement. Une paille par rapport aux premières annonces.

De même, BNPParibas, qui ne risquait absolument rien à entendre son directeur général la semaine dernière, a finalement dû reconnaître qu’elle était plus exposée qu’elle ne l’avait dit. La banque a 8 milliards d’euros d’engagements en Grèce, dont 5 milliards sur la dette publique. Là encore, la nuance avec les annonces précédentes est dans l’épaisseur du trait.

Et il en va ainsi de tous les autres grands établissements bancaires. La Société générale, qui contrôle 54% de la banque grecque Geniki, a avoué avoir 6,8 milliards d’exposition dont 3 milliards de dette publique. La BCPE (ex-Banques populaires-Caisses d’épargne ) est exposée à hauteur de 5,2 milliards, dont 1,4 milliard de dette publique. La Banque postale détient elle aussi un portefeuille de 1,4 milliard d’euros de dette gouvernementale grecque. Bref, au total, les banques françaises ont reconnu être les établissements étrangers les plus exposés, en cas de faillite de la Grèce avec un total de 53,7 milliards d’euros, pas très éloignés des chiffres donnés par la BRI qui évaluait l’exposition française à 75 milliards de dollars, soit 57 milliards d’euros.

La seule addition de ces chiffres permet de mesurer pourquoi le plan de sauvetage de la Grèce était si important sous la forme arrêtée par l’Union européenne et le FMI – extrême rigueur sociale mais pas de rééchelonnement de la dette ni de restructuration; et pourquoi la France s’est faite si discrètement mais très efficacement son plus ardent défenseur: les prêts bilatéraux consentis par les pays de la zone euro à la Grèce se révèlent être une deuxième aide aux établissements financiers européens, France en tête, et le tout payé au prix fort par la Grèce. Les fausses annonces de la semaine dernière, strictement interdites et punies par la loi – l’Autorité des marchés financiers fera sans aucun doute diligence pour sanctionner les banques fautives –, avaient pour but de masquer cette évidence.

Méfiance entre banques
Loin de calmer les appréhensions, cette tardive clarification a au contraire ravivé les inquiétudes, entraînant tout le secteur bancaire dans leur sillage. Les primes d’assurance sur les obligations bancaires européennes ont atteint des records, dépassant les niveaux atteints après l’effondrement de Lehman Brothers. L’index sur les 25 premières banques et assurances européennes a augmenté de 40 points de base à 2,23% selon JPMorgan Chase.

Dans le même temps, la méfiance est réapparue partout. Comme au temps de la crise des subprime, les banques se méfient les unes des autres, recommencent à refuser à se prêter ou à de très courtes échéances. Le dispositif exceptionnel, instauré par la BCE au moment de la faillite de Lehman Brothers, permet d’éviter une crise de liquidité. Mais il semble de moins en moins plausible qu’il sera supprimé rapidement, comme le souhaitait la banque centrale il y a encore quelques semaines.

Signe de nervosité supplémentaire: la banque du Japon a mis sur le marché, vendredi, 21,6 milliards de dollars de financements à très court terme «afin de renforcer le sentiment de sécurité du marché». Ce type d’adjudication exceptionnel avait disparu au milieu de 2009, quand les banques centrales avaient eu le sentiment que le marché interbancaire avait retrouvé ses marques.

Cette intervention illustre le fait que la crise grecque est en train de s’élargir et de gagner tous les marchés financiers. Les investisseurs fuient l’euro et se réfugient vers le dollar et le yen, provoquant des secousses tectoniques dans toute la sphère financière. La situation devient de plus en plus incontrôlable. Pendant ce temps, l’Europe se raccroche à ses vieux dogmes et est toujours incapable de prendre la moindre initiative.

ParMartine Orange pour Mediapart

Une réponse à “La crise grecque menace de devenir systémique”

  1. la grignette dit :

    Et la France, malgré les rodomontades de son Président est toujours à la remorque de l’Allemagne, qui, elle, continue à considérer l’euro comme son mark…. Malgré ses bises à Angéla, Sarko ne l’ pas vampé.

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