Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

9 juin 2010

Royan : une fin d’épisode en forme de coup de théâtre électoral…

Filed under: 09 - Evènement,15 - Fédération 17,20 - UMP — iledere @ 6:18

  Didier Quentin, triomphant mais fair-play, a proclamé les résultats hier soir, au Palais des congrès.  photo ph.b.  || Belhache PhilippeUne bourde des services de l’État a conduit à la proclamation d’un deuxième tour aux élections municipales. L’affaire a été rectifiée en fin de matinée. Avec plus de 50 % d’abstentions, Didier Quentin n’a été élu que par un peu moins du quart des électeurs royannais, souligne l’opposition.

Les Royannais sont des habitués de la politique spectacle. On pourrait même dire qu’il s’agit d’une spécialité locale, au même titre que les sardines en chocolat ou l’architecture des années 50. Un scénariste qui aurait voulu orchestrer ces élections municipales partielles, pour y ajouter un peu de suspense, ne s’y serait pas pris autrement.

La passe d’armes annoncée dimanche soir n’aura pas lieu. Régulièrement élue avec ses 50,32 % dès le premier tour, la liste « Royan d’abord » de Didier Quentin (UMP) empoche 25 postes au Conseil municipal. Didier Quentin retrouve ainsi la majorité qui lui faisait défaut ces derniers mois. Il devrait également retrouver, avec sa délégation de pouvoirs, une marge de manœuvre qui lui manquait cruellement.

Plus ou moins 3 500

Les écrivains de ce nouveau rebondissement ne sont autres que les services de l’État. Ils ont appliqué au vote une règle largement répandue dans les scrutins de tout poil, à savoir la nécessité, pour être élu au premier tout, de disposer non seulement de la majorité absolue, mais aussi du quart des suffrages des électeurs inscrits.

Ses 3 585 suffrages enregistrés – l’affaire se jouant à une poignée de voix – plaçaient le maire sortant et ses compagnons de route à un peu moins de 25 % des électeurs inscrits. Didier Quentin, grand gagnant de la soirée, s’est ainsi vu dans la situation ubuesque d’avoir à organiser un second tour alors même que l’affaire était dans l’urne. La règle, s’est-on avisé depuis, n’est pas applicable aux villes de plus de 3 500 habitants.

Le L262 dans le texte

La contradiction était pourtant venue de… l’opposition. Jean-Michel Denis, tête de liste d’« Union en mouvement pour Royan », ne cachait pas, dimanche soir, considérer la messe comme dite, sans convocation en deuxième semaine. L’homme était le premier à manifester sa surprise en apprenant la décision de la préfecture.

« Il est quand même surprenant qu’un législateur méconnaisse le code électoral à ce point », lâche le challenger malheureux de Didier Quentin. Ce dernier balaie la pique d’un revers de main. « Nous nous sommes tous laissés prendre. De nombreux amis politiques, dont certains occupant ou ayant occupé de hautes fonctions, m’ont félicité pour mon score, tout en regrettant que je n’aie pas franchi la barre des 25 %. C’est dire à quel point la règle est ancrée dans l’esprit des gens. »

La délivrance est survenue le lendemain (c’est-à-dire hier) pour le maire sortant. Un de ses colistiers était déjà en route pour la sous-préfecture pour redéposer sa liste quand la nouvelle est tombée. « Nos services ont pris attache avec ceux de la préfecture. Nous ne retrouvions nulle part trace de cette règle des 25 %. Nous avons repris l’article L262 du code électoral. Nous l’avons tellement étudié que je crois que nous pouvons aujourd’hui assurer des cours sur la question Nous avons vérifié avec le ministère. Une fois la nouvelle confirmée, nous avons stoppé la procédure. »

Tour de table vendredi
Didier Quentin, malgré cette ultime péripétie, ne cache pas sa satisfaction. L’homme serait monté au créneau une nouvelle fois, ne serait-ce que pour tenter de grappiller quelques postes. Il se méfie cependant de l’excès de gourmandise. « Il vaut toujours mieux gagner par KO que de gagner aux points. Nous aurions tout au plus gagné un ou deux élus en plus. Les choses sont plus nettes ainsi. »

Le nouveau Conseil municipal sera installé vendredi.

« Le seul parti gagnant est celui de l’abstention »
Didier Quentin ne se plaint pas que la mariée soit trop belle. L’homme et sa liste sont élus une nouvelle fois au premier tour de scrutin. Le doublé ainsi réalisé, en 2008 et 2010, est historique dans l’histoire politique royannaise. Ses détracteurs soulignent que la division qui a agité, durant près de deux ans, le Conseil municipal ne l’est pas moins. Et que le score de Didier Quentin, pour net et sans bavure qu’il soit, n’en cache pas moins une autre réalité.

L’abstention atteignant 50,42 % – elle était de 36,32 % en 2008 -, l’équipe du député-maire a été élue avec un peu moins du quart des électeurs royannais.

« Le seul parti gagnant est celui de l’abstention, commente sobrement Jean-Michel Denis, dont la liste « Union en mouvement pour Royan » s’est heurtée au mur du vote légitimiste (26,13 %). Plus de 2 000 Royannais ont renoncé à voter. La confiance est simplement partie. »

L’élu UMP, qui retrouve un rôle d’opposition qu’il a brièvement connu en 1995, alors sur la liste de… Didier Quentin, puis rapidement investi d’une mission sur l’enfance et la jeunesse, entend pleinement tenir sa place sur l’échiquier politique. Il regrette cependant le désintérêt des électeurs pour les urnes.

« Le climat délétère qui s’est instauré a entraîné chez les Royannais silence et suivisme. Et, in fine, renoncement. Il faut retrouver le climat apaisé qui fut celui de Royan entre 1995 et 2008. »

Querelles et affrontements

Jacques Guiard, tête PCF d’une liste d’union de la gauche, n’a pu que faire le même constat. L’homme, pour qui les 17,33 % de « Royan avec vous » est « un succès, compte tenu des circonstances », considère les statistiques avec une certaine tristesse.

« Cette abstention est inquiétante. Je pense qu’elle traduit un certain ras-le-bol de la part des électeurs. Il a été très difficile, durant cette campagne, de débattre de nos programmes. Nous n’y sommes arrivés qu’à la toute fin, par l’intermédiaire des médias. Ces querelles intestines et les affrontements à répétition ne correspondent pas aux attentes des Royannais. »

L’élu communiste sortant, qui avait ostensiblement refusé toute forme d’alliance avec les autres composantes de l’opposition, à l’inverse de ses colistiers Michel Merle et Jean-Jacques Jardonnet, entend refocaliser le débat sur des thèmes structurants.

Désaffection grandissante

René-Luc Chabasse, dont le score se maintient à 6,20 %, tient, somme toute, un discours semblable. L’élu centriste, bien que récemment entré en politique, ne peut que constater, comme ses collègues, une désaffection grandissante de ses concitoyens pour la chose publique. « Didier Quentin est élu avec moins de 25 % des voix des Royannais. C’est quand même quelque chose à méditer. Il perd d’ailleurs 4 % par rapport à 2008. L’attelage hétéroclite qu’est la liste de Jean-Michel Denis n’a pas atteint les sommets auxquels elle prétendait. Le résultat est là. Les élus de l’ancienne alliance, qui formaient la moitié du Conseil municipal, ne sont plus que quatre, face à Didier Quentin. »

C’est là certainement la seconde information notable du scrutin. Avec ce scénario à rebondissement, disparaissent de l’échiquier municipal un certain nombre d’élus aux affaires depuis 1989 et/ou 1995. Certains des colistiers de l’ancien maire Philippe Most connaissent une seconde jeunesse municipale dans l’entourage de Didier Quentin. D’autres, dont l’ancien maire Henri Le Gueut, compagnon de route de Philippe Most durant près de dix-huit ans, qui avait le choix de s’unir à Didier Quentin en 2008, payent cash leur participation à la fronde.

Une reconfiguration du Conseil municipal de Royan, qui fait dire à Didier Quentin, reconduit dans ses fonctions, que, cette fois, « une page est tournée. »

Par Philippe Belhache pour Sud Ouest

4 réponses à “Royan : une fin d’épisode en forme de coup de théâtre électoral…”

  1. la grignette dit :

    Quentin, Bussereau et Raffarin ont, dans leur jeunesse fait un voyage « aux frais de la princesse » en Chine, pas celle de maintenant avec l’expo universelle, celle d’avant, assez fermée. Cela a été raconté dans un des hors séries du Canard. Ils étaient de « Compagnons de Tintin en Chine », des Tintinophiles quoi. Raffarin a tellement raconté de conneries sur la Chine qu’il devrait en être jaune citron maintenant, mais non, c’est resté son grand amour… il y a peut-être appris l’art de langue de bois mais pas la diplomacie.
    De toutes façons Quentin, en tant que député est une nullité, un oui-ouiste.

  2. babelouest dit :

    Je connais un peu Royan, mais je n’y ai personne de mes connaissances. Ces stations sont de bons aimants pour des retraités. Dans mon immeuble aussi, la moyenne d’âge est élevée, mais j’y connais malgré tout une ou deux personnes à gauche. Une fois, ma voisine d’en face, 90 ans bon pied bon œil, me sort une pique acerbe à propos de ceux qui ont une opinion « de l’autre côté ». Je me suis empressé de lui répondre que j’en faisais partie. Je venais de lui dire que j’avais reçu la visite du maire UMP, que j’avais critiqué par mail avant les élections municipales, et qui avait voulu se justifier. Une question de vote avec les machines.

  3. la grignette dit :

    Non, tu ne connais pas Royan, c’est une ville où la moyenne d’âge est … pour le moins élévée. Bastion de la droite depuis des décennie, elle s’honore d’avoir eu longtemps la famlle Sarkosy parmi ses estivants et encore souvent « Doudou », tu sais celle qu’on oublie sur le parvis lors des soirées d’élection, sa mère quoi, y revient encore. Lis un peu ce blog : http://naufrageurs.over-blog.com

  4. babelouest dit :

    Et la démocratie, là-dedans ? Et l’assentiment populaire ? Élu malgré tout, le maire sortant ne pourra que marcher sur des œufs, tant la fronde populaire est profonde. Seule une équipe vraiment neuve aurait sans doute eu une légitimité plus marquée, à condition d’énoncer clairement ce à quoi elle s’engageait, sans langue de bois ni hésitation.

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