Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

16 juin 2010

Les primaires ouvertes, un pari intenable

Filed under: 14 - Refondation du PS — iledere @ 6:30

En 2000, j’ai été un des rares responsables socialistes à critiquer publiquement le changement imposé par L. Jospin (quinquennat et inversion du calendrier électoral). J’avais mis en garde contre le double danger dans lequel il nous enfermait : idéologique (le renforcement du présidentialisme, aspect le plus inacceptable du fonctionnement de la Vème république), la perte automatique des élections législatives, en cas d’échec  à la présidentielle. C’est malheureusement ce qui s’est passé et nombre de ceux qui se sont tus à l’époque regrettent aujourd’hui de n’avoir rien dit.

C’est pourquoi, comme d’autres j’espère, je n’ai pas l’intention de rester silencieux devant une des dispositions proposées pour « rénover » le PS. La volonté à nouveau affichée par le Parti socialiste de se rénover n’est certes pas critiquable. Encore faudrait-il que les propositions qui sont faites soient à la mesure des intentions proclamées.

Affirmer que ces « primaires ouvertes » seraient un moyen de « mettre en mouvement la société française », de « donner aux citoyens la possibilité de peser sur l’histoire et le destin de notre pays », de se dégager des « états majors politiques, médiatiques et des instituts de sondage », alors qu’actuellement les citoyens et les militants « jouent jusqu’à la fin un rôle passif de spectateur, convoqués aux urnes lorsque la bataille est jouée et achevée »[1]….est pour le moins excessif et décalé !

Dire que ces primaires seraient « une méthode pour sortir enfin de l’ambigüité institutionnelle entretenue jusqu’ici par la Vème République »[2] est étrange, alors que ce processus tend à entretenir  ce qu’un éditorialiste appelle « la folie présidentielle » !

Quand, de plus, il est clairement expliqué que ces primaires seront une occasion de choisir par ce vote « projet, candidat, alliances »[3] (et un premier texte parlait même des « équipes » du candidat), on imagine la confusion qui peut s’emparer des électeurs de gauche !

Car ces primaires auront à l’évidence l’objectif de départager des candidats socialistes (les partenaires n’en veulent pas), sans qu’il ait été tenté de définir ce que pourraient être les grands axes d’une politique de gauche, à mettre en œuvre par un gouvernement issu des 2 victoires en mai et juin 2012. C’était pourtant le mandat que les militants socialistes avaient donné lors de la consultation du 1er octobre 2009 (option 1-2).

Le risque est donc de crisper un peu plus les différentes composantes de la gauche et de l’écologie, à l’opposé de la démarche proposée par un certain nombre de responsables de gauche, qui consisterait à organiser des Etats généraux où seront débattues et élaborées les grandes orientations d’une politique de gauche et écologique pour la France. Il est en effet essentiel de chercher les convergences les plus ambitieuses, sans toutefois nier les différences d’approche, voire les désaccords. Le rassemblement  tirera sa force et sa crédibilité de ce que nous pourrons faire ensemble, de ce qui fera accord, de nos engagements communs. Il les tirera aussi de notre capacité à gérer les différences, à reconnaitre des désaccords.

C’est ainsi que l’on redonnera de la vigueur à notre démocratie, qui ne saurait être réduite à des choix de personnes. Les institutions de la Vème République et l’hyper-présidentialisation du quinquennat de Nicolas Sarkozy veulent nous enfermer dans ce piège, mais nous ne sommes pas obligés d’y tomber !

Or, l’idée des primaires socialistes ouvertes, non seulement esquive la question du rassemblement de la gauche, qui ne peut se faire sans débat préalable sur les idées, mais elle suggère que le choix d’un candidat fera office d’arbitrage sur la ligne politique et les grands axes du programme.

Ceci est un leurre, d’autant plus que cet arbitrage pourrait bien être fait par l’électorat de droite, comme le montre de façon indiscutable le sondage CSA publié dans le Parisien du 4 juin. On y découvre en effet que 71% des sympathisants socialistes et 43% de « l’ensemble des Français » iraient voter…..ce qui signifie que 20 à  25% des électeurs de droite participeraient à ces primaires socialistes et même plus de 30% des électeurs du Front National!! Chacun imagine bien ce que pèserait dans ces conditions l’obligation qui serait faite aux votants de « soutenir les valeurs de la gauche »….

Sur la base de ce sondage, voici 2 cas de figure, avec 2 candidats (A et B), qui montrent la situation politiquement intenable créée par un candidat élu de justesse…contre la volonté de l’électorat de gauche !

Candidat A B
Electeurs de gauche

(65% du corps électoral des primaires)

55% 45%
Autres électeurs

(35% du corps électoral des primaires)

40% 60%
Résultat 49,7% 50,3%
Candidat A B
Electeurs de gauche 60% 40%
Autres électeurs 30% 70%
Résultat 49,5% 50,5%

Paul Quiles pour son blog


[1] Extraits du rapport de la Commission de la rénovation
[2] Idem
[3] Idem

8 réponses à “Les primaires ouvertes, un pari intenable”

  1. surmely alain dit :

    En fait deux problèmes doivent être résolus:

    1)La désignation du candidat:il n’est pas logique et acceptable que les électeurs de droite ou du centre désignent le représentant de la gauche aux élections de 2012.Il paraît normal,cohérent et moralement acceptable que ceux qui composent et font vivre la gauche désignent leur candidat démocratiquement.Il conviendrait alors d’élargir cette consultation aux autres partis de gauche,c’est-à-dire aux adhérents (à jour de leur cotisation)des autres partis de gauche.Sauf si certains se sont mis en tête de contourner ce principe démocratique.Ce n’est pas un problème négligeable mais ce n’est pas le plus important.Le risque consistant à réduire le projet de gauche à son(ou sa)chef de file est la guerre des chefs.En 2007,de ce point de vue,le ratage était COMPLET.Simple problème de méthode ou moyen le plus sûr d’éviter l’essentiel,à savoir la transformation politique,sociale et économique que tous les électeurs,militants,sympathisants,citoyens de gauche attendent avec une grande patience ?Dans le pire des cas il serait même préférable de s’en tenir à l’ancien système de désignation des candidats de gauche par les partis eux-mêmes.

    2) Le problème essentiel réside dans l’élaboration d’un programme commun de gouvernement.Il faut,pour cela, que les grands partis de gauche se réunissent pour élaborer les grandes lignes (assorties de propositions plus concrètes dans tous les domaines de la vie:des relations internationales aux énergies renouvelables en passant par l’éducation et la recherche)d’une feuille de route,sur la base des convergences qui existent. »Les convergences les plus ambitieuses » écrit plus haut Paul Quilès.Je plaide en faveur de cette solution-à savoir commencer par le programme-que je crois plus efficace politiquement,plus cohérente et au fond plus intelligente que l’idée de « s’en remettre aux sondages ».Les sondages sont un indicateur de sensibilité politique,un instrument de mesure des mouvements de sympathie,pas davantage.Réduire la démocratie,les valeurs de gauche,les idées et programme que la gauche peut porter à des sondages,c’est suicidaire.Et depuis 1995 ceux qui font respirer la gauche attendent autre chose qu’un énième ratage.Du reste,je pense que la démocratie française n’y survivrait pas.On(=le peuple dont je suis) ne peut plus attendre et les partis(=les responsables) composant la gauche ne peuvent plus se dérober à la nécessité de composer,d’élaborer ce projet au cœur duquel se trouvera le progrès social.Le document issu de la Convention nationale du PS de mai dernier,après lecture attentive,en constitue,indéniablement,un jalon.

  2. La main gauche dit :

    Le socialiste sympathisant ou militant ne se retrouvera pas dans ce type de primaire et se désintéressera d’une machine commerciale à produire l’icône du moment…

    enfin, c’est pas parce que c’est un socialiste, en l’occurence Jospin, qui a choisi une mauvaise option, qu’il faut qu’elle s’éternise pour autant.. d’inverser les choses en donnant privilège aux législatives, ça, ça serait de la vrai rupture !… rupture avec un présidentialisme qui vire de plus en plus à la couleur d’une certaine sorte de royalisme qui ne veut pas dire son nom !

  3. louis dit :

    C’est le b.a. ba des sciences politiques : c’est le mode de scrutin qui ,fait l’élection. Il suffit de regarder autour de nous pour s’en convaincre : proportionnelle intégrale en Israël (= sur représentation des partis religieux), uninominal à 2 tours (= prééminence du président de la République sur les autres institutions, en particulier sur le parlement, et personnalisation de la fonction présidentielle. Les autres exemples ne manquent pas.
    Qu’on le veuille ou non, la désignation du candidat du PS, non par les militants mais par les sympathisants, n’échappera pas à cette règle. Il y aura deux conséquences (au moins):
    a) perte du nombre d’adhérents (à quoi bon adhérer au PS, puisque pour l’élection la plus importante de notre système, nul besoin d’être adhérent (et donc de se taper toutes ces réunions, d’être solliciter pour distribuer sur les marchés, etc …)
    b) deviendront adhérents ceux qui voudront « profiter » du système, et sauront par ce moyen devenir des notables locaux à moindre frais (comme c’est le cas à l’heure actuelle au PRG, où le simple fait d’être adhérent ouvre le droit à se présenter aux élections, au détriment d’autres candidats mieux placés pourtant (exemple : les cantonales en Charente Maritime).
    Je ne suis pas sûr que cela soit l’objectif de ceux qui ont choisi le mode de désignation par les primaires.
    J’ai vraiment le sentiment que ce choix à été « imposé », en particulier après un lourd battage médiatique, par les « modernes » , au nom de la rénovation, contre des « anciens », nécessairement « archaïques ».
    Je crains que le remède qui a été choisi, au lieu de guérir le malade, ne l’amère un peu plus au bord du trou.
    Mourir de modernité, ça fait plus jeune, plus dynamique, plus … rénové. Mais on meure quand même !

  4. André dit :

    Les électeurs de droite choisiront le candidat qui laissera le plus de chances à Nicolas Sarkozy au 2ième tour.
    Par ailleurs, les primaires élargies, c’est un peu comme la « Star Ac », non ?

  5. JR Jura dit :

    Les primaires ouvertes à tous sont dépossessives et démotivantes pour les militants qui :

    – paient leurs cotisations plein tarif (1 euro pour les sympathisants ou autres)
    – s’engagent et donnent de leur temps pour convaincre (rien pour les autres)
    – respectent les règles et règlements intérieurs du parti (1 signature de charte pour les autres le jour du vote)

    Un tel traitement différencié est tout simplement et profondément frustrant et inéquitable, et l’iniquité ne fait pas partie des valeurs socialistes.

    JR Jura

  6. Roselyne dit :

    @ babelouest
    Tout à fait d’accord avec vous, à quoi sert-il d’être militant si les choix peuvent être faits par des « gens de droite » !!! Les militants ont déjà le sentiment d’être « à l’écart » des décisions … un exemple : D.S.K est désigné, pour les gens de gauche, Sarkozy- D.S.K même combat !!! Donc, à quoi bon demeurer « militant » si l’on n’a plus de pouvoir décisionnaire ??? Pourquoi payer sa carte du parti, à seule fin de « tractages et corvées en tous genres » en périodes d’élection ??? Une militante de base « découragée » …

  7. babelouest dit :

    Puis-je apporter une précision ? Ce que j’appelle « le choix de société et de politique des militants » n’est pas un terme en l’air : si c’est la tête du parti qui concocte un beau texte bien « langue de bois » qui a de beaux mots vides de sens précis, ou plusieurs textes de cet acabit, le choix n’aura aucune valeur. C’est du bas que doit venir la vie du parti, des racines, sinon celui-ci va finir de flétrir comme une fleur coupée.

  8. babelouest dit :

    Le choix d’un candidat de gauche, cautionné par les électeurs de droite, si l’on y réfléchit un instant, cela ne tient pas debout. Les français qui pensent à droite préfèreront logiquement un candidat qui leur ressemble : un candidat de droite. Donc, pas le bon. Il faut déjà que le candidat à la candidature du PS s’engage à respecter le choix de société et de politique des militants : s’il est de droite, soit il trompe les électeurs, soit il ne réussira pas à tenir ses engagements jusqu’au bout. Une aventure semblable est arrivée à François Mitterrand en 1983, les Français ont de la mémoire.

    Pour le meilleur et pour le pire, je pense que la meilleure solution demeure un choix par les militants à jour de leur cotisation : il n’y aura ainsi aucune équivoque.

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