Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

3 juillet 2010

Woerth, Copé et le Front National : décryptage

La dernière ligne de défense des dirigeants de l’UMP consiste à agiter l’épouvantail du Front national. À la suite de Copé, ils récitent consciencieusement les «  éléments de langage » qu’on leur a distribués.

Ainsi selon Copé, les propos de S.Royal, évoquant fort justement la corruption du régime Sarkozy, feraient le jeu de Marine Le Pen. Il déclare (France –Info le 29/6) :… « Cela rappelle les propos haineux de Marine Le Pen. Ségolène Royal a grandi à l’école de Mitterrand, une période où il y avait quelque connexion objective entre le PS et le FN, on retrouve ça aujourd’hui. Quand le PS joue à la haine, c’est une bonne façon de faire monter le FN. Il ne l’oublie pas et il regarde cela avec beaucoup d’intérêt. »

On notera au passage que Marine Le Pen est étrangement  gratifiée d’un profil de dénonciation de la corruption, alors que son père a fait fortune en récupérant de manière contestée l’énorme héritage Lambert .

L’argument est surtout particulièrement fallacieux de la part de ceux qui chassent en permanence sur les terres de l’extrême-droite.

En l’espèce il rappelle surtout les turpitudes politiques de Woerth dont nous avons révélé ici même qu’il avait pactisé et collaboré  avec le Front National lors des régionales de 1998 ( Eric Woerth : quand il s’alliait avec le Front National)

Copé lui-même devrait balayer devant sa porte, puisqu’il vient de commettre un acte symbolique en intégrant dans son mouvement « Génération France.fr », un des « héros » de la collaboration directe avec le Front National,   le sénateur de la Lozère Jacques Blanc.

Celui-ci est  un de ceux qui, lors des régionales de 1998, ont fait alliance avec le Front National. Suite à un accord en bonne due forme, Blanc a été élu président de la région Languedoc-Roussillon et a géré la région avec l’extrême droite pendant toute la durée de la mandature, jusqu’en 2004  Copé connaît évidemment très bien la trajectoire de Blanc, qui avait été à l’époque vivement dénoncé par une partie de la droite elle-même.

Le président du groupe UMP, qui désire représenter une alternative ou une suite à Sarkozy, s’est aussi  positionné  comme le héraut de l’interdiction de la burqa, ce qui lui vaut d’ailleurs de se faire acclamer par les auditoires UMP.(voir Succès du Front National: quelles conséquences? )

Dans le cœur des défenseurs de Copé il y a  également Nadine Morano qui avait fait du zèle  dans la récolte des signatures d’élus pour permettre à Le Pen de se présenter en 2007 (tous les détails sont dans ces articles  N.Morano au gouvernement:appel à l’extrême droite et  Morano : récidive d’une collaboratrice du Front National )

On pourrait multiplier les exemples en évoquant Estrosi (voir Sarkozy, Gaudin, Estrosi: l’ombre du Front National , Gaudin élu avec les voix du Front National dès 1986( voir entre autres  Gaudin: l’impensé colonial ).

Surtout toute la campagne électorale de Sarkozy a été dirigée vers la récupération de l’électorat lepéniste, sur la base d’une surenchère sécuritaire et xénophobe (voir notamment  Sarkozy-Le Pen: le livre qui révèle

Sarkozy et le Front National: une liaison dangereuse
Le recours à la menace lepéniste représente à la fois un leurre supplémentaire dans la campagne de la droite mais aussi l’expression de son angoisse face à la perspective d’une défaite politique.

Le ministre qui se présente comme un modèle de vertu et de rigueur a en fait largement participé dans sa région à la mise en place d’une alliance avec le Front National lors des élections régionales de 1998.

À cette période, la Picardie se distingue comme une région pionnière dans l’institution de ces alliances. Le dirigeant local de la droite JF. Mancel, ancien secrétaire général du RPR et mentor d’Eric Woerth, en est l’architecte principal avant que Charles Baur (UDF)ne prenne le relais au conseil régional.

LES ELECTIONS REGIONALES DE MARS 1998 EN PICARDIE

Elles donnent une majorité relative à la gauche plurielle avec 23 élus (dont 13 PS et 7 PCF) contre 20 pour la Droite (10 RPR, 9 UDF et 1 CPNT) 3 pour Lutte Ouvrière et 11 pour le Front National.

Grâce à une manœuvre, l’ UDF Charles Baur est élu le 20 mars avec les voix de la droite et 11 voix du Front National.

Face aux réticences de certains conseillers de droite qui ne souhaitent pas mélanger leurs voix avec celles de l’extrême droite, une tromperie  a été mise en place par un groupe de conjurés, dont Eric Woerth.

Le président du groupe FN, Pierre Descaves, ancien activiste OAS et qui a déjà permis l’élection de Mancel à la présidence du Conseil Général de l’Oise, se présente au deuxième tour, en prétendant haut et fort qu’il n’a pu s’entendre avec Baur. Les quatre conseillers hostiles à l’alliance votent Baur en toute quiétude. Mais la candidature Descaves est en réalité un pur  leurre puisque toutes les 11 voix du FN se portent sur Baur, permettant ainsi son élection surprise.

Woerth justifie ainsi la magouille : » Nous avons pris nos responsabilités pour éviter de livrer la Picardie aux communistes et à leurs alliés trotskistes auxquels ils avaient promis une vice-présidence « .

La même stratégie est reconduite pour l’élection des 4 vice-présidents. Ils sont élus chacun au troisième tour de scrutin, par 27 voix (11 FN, 15 RPR-UDF, 1 CPNT) contre 23 à gauche.

Éric Woerth écrit  encore dans Le Figaro, le 31 août 1998 :  » Nous avions délibérément voté pour (Charles) Baur avec un seul objectif : éviter que cette région ne soit donnée au Parti communiste « . D’après les accords nationaux signés au sein de la gauche, la présidence de cette région doit revenir à un élu communiste. L’argument de « l’exception picarde » sert d’alibi idéologique à l’alliance.

La gauche choisit, comme dans les trois autres régions, de mener une politique d’opposition systématique. En Picardie, elle se trouve renforcée par la dissidence des quelques élus de droite opposants résolus à Baur et à toute alliance avec le FN. Ainsi, Alain Gest (UDF-DL), proche de Gilles de Robien , n’hésite pas à voter plusieurs fois avec la gauche particulièrement pour éviter que des conseillers FN ne représentent la région dans les organismes extérieurs.

Le 17 juillet ,Gest démissionne de Démocratie Libérale dont il était le président départemental.
Gilles de Robien, député-maire UDF-DL d’Amiens, quitte également, avec éclat ce parti  et déchire sa carte de membre devant les caméras de télévision pour protester contre l’intégration de Jacques Blanc (président de la région Languedoc-Roussillon élu avec les voix FN et actuel membre du groupe de JF Copé) au sein du groupe DL à l’Assemblée Nationale. Celle-ci a été acceptée par son président Alain Madelin, membre fondateur du groupe  fasciste Occident avec Gérard Longuet, Patrick Devedjian, et Claude Goasguen.

Eric Woerth ne se contente pas de faire élire C. Baur avec le Front National ; il poursuit son soutien tant qu’il peut préserver cette alliance.

LE VOTE DU BUDGET DE 1999

En janvier 1999, la droite se trouve divisée en trois groupes : les sept inconditionnels de Baur qui siègent au sein du groupe UPP (Union pour la Picardie), 3 conseillers RPR et UDF qui comptent ne  pas voter pour le budget d’un exécutif dont ils contestent la légitimité, et l’intergroupe de l’Alliance RPR-UDF (10 élus) qui manoeuvre. Eric Woerth, président de cet intergroupe, se satisfait de cette situation :  » Nous avons voté pour lui (Baur), nous n’allons pas faire un putsch « .

Baur menace de démissionner pour prévenir toute tentative de rébellion. Cette pression ne dérange pas Eric Woerth qui déjeune le jour même avec Baur et  refuse une nouvelle élection du président de région,  qui permetrait de le mettre en minorité (cité par Le Figaro du 15 janvier 1999).

Le budget est finalement rejeté le vendredi 15 janvier en ne recueillant que 23 voix. La collaboration entre la droite et Front National, soutenue jusqu’au bout par Woerth, s’effondre.

Woerth n’est jamais revenu sur l’infamie de l’alliance avec le parti de Le Pen

MEMORIAL 98

(voir aussi

Succès du Front National: quelles conséquences?

Des « collègues » du FN à la tête de l’UMP

Sarkozy et le Front National: une liaison dangereuse

Devedjian copie les insultes du Front national Sarkozy-Le Pen: le livre qui révèle

Front National: on recycle?

Sarkozy, Gaudin, Estrosi: l’ombre du Front National

Morano : récidive d’une collaboratrice du Front National

Gaudin: l’impensé colonial

3 réponses à “Woerth, Copé et le Front National : décryptage”

  1. la pecnaude dit :

    Parfois je me sens moins seule …

  2. babelouest dit :

    Hé ! Quand les Français ne veulent rien voir, ils ne voient rien ! Je rappelle toutefois que les médias ont assuré une pression énorme CONTRE Ségolène Royal. A l’époque, les journaleux étaient pour Sarkozy, de la même façon qu’aujourd’hui ils semblent mettre en avant, et avec quelle force ! Dominique Strauss-Kahn : deux choix funestes successifs, dictés par leurs patrons. Madame Royal a pour elle une énergie indépendante, et cela, pour les grands pontes du Nouvel Ordre Mondial, c’est insupportable.

  3. La main gauche dit :

    enfin, tout ça était inscrit pourtant en clair dans la campagne de Sarkosy en 2007 !

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