Section socialiste de l'île de Ré
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6 juillet 2010

Une photo «politiquement incorrecte» provoque le licenciement de deux salariés de la Fnac

Filed under: 05 - Presse, média, Internet,20 - UMP — iledere @ 12:00

La photo montre un jeune homme, pantalon sur les chevilles, en train de s’essuyer les fesses avec le drapeau français. Ce cliché a obtenu, en mars, le Coup de cœur du jury d’un concours photo organisé par la Fnac de Nice (Alpes-Maritimes) autour du thème «Politiquement incorrect». Le 19 mars, la photo est publiée dans l’édition niçoise du journal Metro. Elle provoque immédiatement l’indignation d’associations d’anciens combattants et de responsables politiques locaux. La Fnac retire alors le cliché controversé de la liste des lauréats de son prix. Et la photo qui aurait dû être exposée dans le magasin de Nice avec les 21 autres Coups de cœur quinze jours après les résultats reste dans les placards.

Cela n’a pas calmé la colère du président du Conseil général des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti (UMP), qui décide avec le député Lionnel Luca (UMP), d’alerter par un courrier la ministre de la justice, Michèle Alliot-Marie, «afin qu’elle envisage d’engager une action à l’encontre des auteurs de ces agissements». La garde des Sceaux réagit en dénonçant un acte «inadmissible» avant de demander des poursuites pénales. «On peut penser qu’il y a déjà en l’état actuel du droit des moyens juridiques pour sanctionner un acte aussi intolérable contre le drapeau français», a précisé le 21 avril, le porte-parole du ministère, Guillaume Didier. Si le droit actuel se révélait être lacunaire sur ce point, alors il faudrait le faire évoluer, et Michèle Alliot-Marie le proposerait.»

Du côté de la Fnac, la direction a engagé des procédures de licenciement à l’encontre des deux salariés: la responsable de la communication de la Fnac de Nice et un cadre de la direction culturelle du siège, à Paris, pour «faute grave». A la direction le débat est verrouillé. «Nous ne voulons faire aucun commentaire sur le différend que nous avons avec ces salariés tant que les procédures ne sont pas closes», répète Gaëlle Toussaint, responsable de la communication de l’entreprise.

En interne, cette affaire pose la question de la responsabilité des chargés de communication de la Fnac face au choix des jurés de leurs concours photo. Ceux-ci sont composés de personnalités extérieures, des «professionnels de la photographie», stipule le règlement intérieur. «Les prix n’ont pas été attribués par la chargée de communication de Nice elle-même, dit Jean-Luc Marchall, élu du syndicat Sud au comité d’entreprise des magasins Fnac de province. C’est quand même drôle qu’un concours lancé sur le thème “Politiquement incorrect” se fasse rattraper par la politique. Les élus de droite ont créé un buzz et la direction de la Fnac a succombé à la pression.»

Pour Sébastien Boury, salarié de la Fnac-Etoile et délégué CGT au comité central Fnac-Paris, cette affaire est symptomatique du climat qui règne au sein de l’entreprise: «Les mesures disciplinaires nous paraissent de plus en plus disproportionnées. Il y a un durcissement général des sanctions depuis environ deux ans.» Et de conclure: «La Fnac n’est plus l’entreprise avant-gardiste des années 50.»

Au sommet de l’État, la Chancellerie a voulu, comme elle l’avait annoncé en avril, faire évoluer la loi sur les délits d’outrage. Début juin, la ministre a saisi le Conseil d’État d’un projet de décret punissant d’une amende de 1.500 euros l’outrage au drapeau français, y compris dans un cadre artistique. Cette contravention de 5e classe permettra de sanctionner, d’une part, le fait de dégrader ou d’utiliser de façon indécente le drapeau tricolore dans un lieu public ou ouvert au public, et, d’autre part, de diffuser par tous moyens la représentation de ces faits.

Il existe déjà dans le code pénal français un article punissant de 7.500 euros d’amende ainsi que de six mois d’emprisonnement lorsqu’il est commis en réunion «le fait, au cours d’une manifestation organisée ou réglementée par les autorités publiques, d’outrager publiquement l’hymne national ou le drapeau tricolore». Mais une décision du Conseil constitutionnel de mars 2003 exclut les «œuvres de l’esprit» du champ d’application de la loi.

Saisi par le préfet des Alpes-Maritimes en mars, le procureur de la République de Nice, Eric de Montgolfier, avait ainsi classé l’affaire sans suite, estimant que le délit n’était pas constitué. 

Par Elodie Berthaud pour « Mediapart »

2 réponses à “Une photo «politiquement incorrecte» provoque le licenciement de deux salariés de la Fnac”

  1. La main gauche dit :

    hé oui…s’il fallait trouver un titre, ça pourrait être : la plainte des outrageurs outragés !.. comme le dit si bien Dedalus dans son coup de gueule

  2. dedalus dit :

    Je ne comprends pas comme cette « affaire » a finalement fait peu de bruit. Elle est symbolique pourtant d’un renversement des valeurs. Moi, elle m’a ulcéré :

    http://www.avoodware.com/blog/files/outrage-ou-pas.html

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