Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

13 juillet 2010

Woerth-Bettencourt: l’exemple même d’une communication de crise ratée

Filed under: 05 - Presse, média, Internet,20 - UMP — iledere @ 6:12

Capture d’écran 2010-07-11 à 13.07.38« Méthodes fascistes », « presse collaborationniste », « chiens »…  Depuis quarante-huit heures, les invectives se multiplient contre le site Médiapart, la presse en ligne et Internet. Un déchaînement qui doit autant au désarroi qu’à la gestion médiatique désastreuse de l’affaire Woerth-Bettencourt par le gouvernement.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Rarement, on aura autant accumulé les erreurs d’appréciation dans une situation de crise. Retard à l’allumage, réaction à contretemps, désignation erronée de l’adversaire…

Examinons plus en détail ce qui deviendra certainement un cas d’école.

Les insultes d’abord. Est-il judicieux de monter si haut dans le registre ? L’outrance du propos détruit sa pertinence. Si le fascisme commence avec Edwy Plenel et Médiapart, comment qualifier, par exemple,  le Front national?

Est-il encore opportun de brandir le spectre du fascisme s’agissant de l’Oréal. Son fondateur, Eugène Schueller, père de Liliane Bettencourt,  a financé la  Cagoule, organisation terroriste d’extrême droite des années 30. Pendant la guerre il rejoint le Rassemblement national populaire (RNP), collaborationniste, de Marcel Deat. André Bettencourt, le défunt époux de Liliane, lui, s’illustra dans la presse collaborationniste avant de rallier la Résistance. Quoi que l’on pense d’Edwy Plenel, à l’aune de ce que fut la trajectoire de Schueller, on mesure la bêtise –pour ne pas dire plus-  des accusations. Ne jamais parler de corde dans la maison d’un pendu, dit le proverbe…

Surtout, ce déluge d’anathèmes donne l’impression d’une perte totale de contrôle. Loin de rassurer, il inquiète l’opinion, passablement ébranlée, et scandalisée, par les révélations quasi quotidiennes autour de cette affaire. D’autant que les imprécateurs ne craignent pas de rajouter à la confusion en accolant à l’épithète fasciste celui de trotskyste (vocable qui est emprunté, pour couronner le tout, au Parti communiste de l’époque stalinienne).

Que dire  également du casting, si ce n’est qu’on ne pouvait plus mal choisir. Pour pilonner Médiapart, le gouvernement a désigné les têtes de turcs préférées des internautes : Frédéric Lefèvre, Nadine Morano, Christian Estrosi et Benjamin Lancar. Il y a peu de chance pour que le message atteigne sa cible.

Autre antienne, celle d’internet paradis de la rumeur et du ragot. C’est l’argument, usé jusqu’à la corde, développé, entre autres, par François Baroin et Xavier Bertrand.

On ne saurait être plus maladroit. Car cette stratégie de l’amalgame entraîne deux conséquences:

– il soude les internautes autour de Médiapart, y compris et surtout  ceux qui pourraient être tentés de voler au secours du gouvernement. Comme dans la presse papier, le paysage de l’info en ligne est contrasté. Slate et Causeur, par exemple, ne sont pas sur la même ligne que le site d’Edwy plenel ou Rue 89 (et c’est tant mieux d’ailleurs).  A mettre tout le monde dans le même sac, on se prive de possibles relais.

– il ringardise le gouvernement. En opposant internet au papier, François Baroin transforme l’affrontement, somme toute classique en démocratie, entre le pouvoir et son contre-pouvoir, la presse, en querelle des anciens et des modernes. Et l’on sait que les anciens finissent toujours,  à tort ou à raison, par perdre la bataille de la communication.

Ce qui est inquiétant dans ce dernier cas de figure, c’est que la sortie de Baroin – pour ne parler que de lui- ne doit rien à l’emportement, ni même aux fameux “éléments de langage” distribués par les communicants de l’Elysée. Elle reflète, tout au contraire, l’incapacité d’une partie de la classe politique à saisir l’extraordinaire réactivité d’internet.

Un journal, une brochure, ça ne se partage que sur le comptoir du bistrot ou dans la salle d’attente du médecin. Et le papier, froissé, maculé, finit par se déchirer.

Un contenu numérique , en revanche, pour peu qu’il soit jugé intéressant, peut-être relayé à l’infini, de façon exponentielle. Assorti, à chaque fois de commentaires. Encore faut-il fréquenter les réseaux sociaux pour prendre la mesure du phénomène.

Ce qui ne semble pas être le cas dans les  palais nationaux –à quelques exceptions près. Car le plus frappant de cette crise est sans doute le déni de réalité dans lequel s’est enfermé le gouvernement pendant quasiment trois semaines. Parce que c’était Médiapart, parce que c’était sur Internet, l’affaire Woerth n’existait pas, ou en tous cas, ne portait pas à conséquence. L’incendie s’éteindrait de lui même. Inutile par conséquent de répondre, c’eut été accorder du crédit à l’info en ligne. Mauvais calcul, Internet n’a pas besoin de cette onction politique. Il a déjà celle de l’audience…

A peine a-t-on entendu, ici et là, quelques ministres tenter d’instruire le procès du Parti socialiste, qui aurait cherché à affaiblir Eric Woerth, l’artisan du projet de réforme des retraites, en tapant en-dessous de la ceinture.

Passe d’armes insignifiante au regard de ce qui se jouait. Le PS n’a pas grand chose à voir dans l’affaire (il aurait été bien été incapable de fournir à Plenel quelque munition que ce soit).

La véritable erreur d’appréciation se situe ailleurs. Personne parmi les communicants de l’Elysée ou de Matignon, n’a perçu le caractère dévastateur de la mise en ligne des enregistrements pirates réalisés par le majordome de Liliane Bettencourt.

C’est une chose d’en lire la transcription dans le Point. Il est autrement édifiant d’écouter ces conversations. Tout à coup,  on est plongé dans un univers irréel où l’on achète des îles comme des baguettes de pain. L’argent prend forme humaine: c’est cette vieille dame qui ne sait plus très bien où elle a rangé ses millions; c’est ce gestionnaire qui s’adresse à elle comme une infirmière revêche dans une maison de retraite. Sauf que là, il ne s’agit pas de choisir entre « les feux de l’amour » et « Derrick », mais entre François-Marie Banier et sa propre fille. Maupassant. Ou Chabrol. Et l’on en ressort indigné, forcément.

C’est le grand atout d’internet par rapport au papier et même à la télé. On peut écouter et réécouter, on peut faire circuler d’un simple clic, on peut réagir.

La télé ne soutient pas la comparaison. Hier instrument privilégié de la communication politique, elle est devenue une annexe d’internet. Avec le podcast, on consomme désormais les séquences de la grand-messe du 20 heures après l’office. La dramaturgie qui accompagne une interview de Liliane Bettencourt ou d’Eric Woerth ne fonctionne plus lorsque l’entretien est visionné au détour d’un blog ou d’un site d’actualité. L’écrit vient mettre en perspective l’image, donnée radicalement nouvelle qui oblige à repenser touts les réflexes de la communication de crise. Ou, pour être plus simple, Mitterrand dénonçant “les chiens” aux obsèques de Pierre Bérégovoy, ça ne marche pas sur Internet. Inutile, donc, de s’évertuer à reproduire l’exercice.

Hier, jeudi, les spin doctors de l’Elysée se sont réveillés. En toute hâte, ils ont bricolé une page Facebook  de soutien au ministre du travail. Initiative répétée sur le site de l‘UMP.  Mais le terrain à regagner est immense. A preuve, par exemple, les commentaires sarcastiques qui accompagnent la tribune de Frédéric Lefèvre sur le site de France-Soir, journal pourtant ami, sinon vassal, de la majorité présidentielle. Il est peut-être temps que l’Elysée change d’agence…

Ajout du 11 juillet à 13h 30:
Un signe supplémentaire de l’improvisation qui entoure la communication de la majorité présidentielle: cette photo d’Eric Woerth trouvée sur le site de l’UMP. Par le jeu du découpage du template, le ministre du travail se retrouve derrière les barreaux!

Un communicant avisé aurait évité cette image qui induit, de façon subliminale, la culpabilité de celui qu’on cherche à défendre.

Par Serge Faubert pour son blog.
Merci à « Electron libre.info« 

Une réponse à “Woerth-Bettencourt: l’exemple même d’une communication de crise ratée”

  1. La main gauche dit :

    ..et ça continue les démonstrations, les évidences…

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20100713.OBS7079/info-obs-maistre-woerth-le-document-qui-derange.html

    mais bon, il y a encore deux personnes en France, Pujadas et Courroye, qui n’entendent rien et passent à côté des bonnes questions, il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, comme on dit…

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