Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

3 août 2010

A peine repartie, l’économie américaine ralentit déjà

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 6:30

Paul Krugman doit savourer le moment. L’économiste de Princeton n’a cessé de répéter, à longueur de posts, que le plan de relance aux Etats-Unis, adopté en février 2009, n’était pas assez ambitieux, et qu’il fallait investir davantage. Exception faite de Christina Romer, les conseillers de Barack Obama ont toujours fait la sourde oreille. Mais la dernière batterie de chiffres concernant la santé de l’économie américaine tendent à donner raison au «Nobel»: ils confirment le scénario d’un essoufflement, déjà, de la reprise de la première économie mondiale.

Le produit intérieur brut (PIB) a grimpé de 2,4% d’avril à juin 2010, en rythme annuel, selon une première estimation publiée vendredi 30 juillet. Une performance légèrement inférieure au pronostic moyen des économistes interrogés (2,6%), et surtout très en deçà des résultats des deux trimestres précédents, qui ont été, eux, révisés à la hausse (+5% fin 2009 et +3,7% début 2010). Il s’agit du rythme de progression le plus faible depuis l’été 2009. Au passage, le département du Commerce américain en a profité pour dégrader un peu plus les performances de l’économie américaine durant la «grande récession»: le PIB s’est par exemple contracté, non plus de 2,4, mais de 2,6% en 2009.

Le 21 juillet, Ben Bernanke avait déjà sapé le moral des marchés, en évoquant une «incertitude inhabituelle» entourant la reprise. Le patron de la Réserve fédérale n’exclut plus de déployer de nouvelles mesures de soutien si nécessaire. La publication du PIB clôture une semaine américaine riche en statistiques, qui se sont toutes révélées assez désastreuses. A commencer par l’emploi: le nombre de nouveaux chômeurs inscrits la semaine du 18 juillet, publié jeudi 29 juillet, a certes baissé par rapport au pic de la semaine précédente, mais reste à des niveaux préoccupants, à plus de 450.000 nouvelles inscriptions. Le taux de chômage aux Etats-Unis s’établissait fin juin à 9,5%.

Mardi, l’indice dit du «Conference board», un bon thermomètre de la consommation, a reculé en juillet pour le deuxième mois consécutif, à son plus bas niveau depuis février. Si l’on décortique les statistiques publiées ce vendredi, les dépenses des ménages, qui représentent les deux tiers de la croissance outre-Atlantique, sont effectivement à la peine. Elles n’ont progressé que de 1,6% sur le trimestre, contre une hausse de 1,9% en début d’année. A l’inverse, l’investissement des entreprises est en forte progression.

Le FMI pour de nouvelles mesures de soutien à la croissance
Alors que les marchés européens veulent croire à l’embellie, après un printemps désastreux, l’inquiétude traverse à nouveau l’Atlantique. Le spectre de la rechute, et d’une croissance en «W», continue de hanter l’économie américaine. Cette série de statistiques ne fait que conforter la position de Barack Obama, isolé au G-20 de Toronto, fin juin, parce qu’il en était encore à vouloir «sauvegarder et renforcer la reprise», quand ses collègues ne juraient plus que par l’austérité.

Même le Fonds monétaire international (FMI), de Dominique Strauss-Kahn, a pris parti pour la poursuite de la relance. Dans un document spectaculaire publié vendredi, le conseil d’administration du Fonds exhorte les Etats-Unis à adopter de nouvelles mesures de soutien à sa croissance. Mieux encore: il reconnaît que Washington a mieux à faire, à court terme, que de se concentrer sur la réduction du déficit, «si les risques qui pèsent sur la croissance se matérialisent». De la part du Fonds, franc partisan de l’austérité en Europe, la remarque vaut le détour.

La décélération américaine, et surtout le ralentissement de la progression des dépenses des ménages, relancent en tout cas le débat sur l’efficacité de la politique économique de Barack Obama. A l’approche des élections de mi-mandat, le président, qui en avait à peine fini avec une réforme de Wall Street contestée, s’en serait bien passé. Sur sa gauche, des économistes, à l’instar de Krugman, ne manquent pas de lui rappeler qu’il fallait adopter, dès le début de son mandat, un plan de relance encore plus massif. Un programme de dépenses chiffré à plus de 1200 milliards de dollars, proposaient-ils à l’époque, contre les 787 milliards finalement adoptés dans la sueur.

Pour d’autres observateurs, le montant de la facture importe peu: c’est tout simplement que la théorie keynésienne ne marche pas. Au cœur des débats théoriques de l’été, il va donc falloir rediscuter, encore et encore, des effets plus ou moins vertueux du «multiplicateur keynésien». Ce mécanisme vertueux, clé de voûte des plans de relance lancés fin 2008 et début 2009 dans le monde, consiste à faire le pari suivant: un dollar investi par l’Etat génère un peu plus d’un dollar de dépenses, côté ménages et entreprises. Il n’est pas certain que les chiffres publiés vendredi apportent la preuve indéniable de son utilité dans le contexte américain.

Par Ludovic Lamant pour « Mediapart »

2 réponses à “A peine repartie, l’économie américaine ralentit déjà”

  1. babelouest dit :

    On peut supposer (je ne suis pas économiste) que les néoconservateurs font tout, à Washington pour qu’une politique keynésienne ne soit pas efficace, tant leur doxa les incite à vouloir l’inverse à tout prix. S’il y avait moins de disparités entre les revenus des Etatsuniens, les chiffres se porteraient mieux, et les habitants aussi.Trop d’obèses et trop d’affamés (en termes de fortune), les deux bouts pèsent sur le milieu.

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