Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

9 août 2010

L’enjeu de la sécurité alimentaire

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 12:00

Emeutes de la faim en 2008, risques de famine en 2010… Au-delà de l’urgence, quelles solutions de long terme mettre en œuvre ?

Productions agricoles désastreuses, sécheresses et pluies irrégulières, augmentation des prix des céréales… L’agriculture et l’alimentation restent fragiles en Afrique. Alors que les émeutes de la faim de 2008 demeurent dans toutes les mémoires (1), les organisations non gouvernementales (ONG) estiment qu’une crise alimentaire aiguë pourrait frapper le continent avant l’été 2010. Selon l’ONG Oxfam, dix millions d’Africains seraient, à court terme, menacés par la famine, notamment dans le Sahel (2). Les pays les plus concernés seraient le Niger (huit millions d’habitants en danger) et le Tchad (deux millions de victimes potentielles) (3). Chargée de promouvoir le développement économique et social du continent, notamment par l’attribution de prêts et par des opérations d’assistance technique, la Banque africaine de développement (BAD) doit affronter ce fléau.

Déjà, le 17 novembre 2008, à Tunis, la BAD avait mobilisé 1 milliard de dollars pour réduire la vulnérabilité des populations en renforçant le soutien à l’agriculture. Des aides concrètes avaient ainsi financé l’achat des intrants, des engrais et l’accélération de la distribution des semences du riz, afin de préparer la prochaine période des semis. Ces mesures faisaient partie de la réponse à la crise alimentaire en Afrique (RCAA), cadre conçu par la banque pour apporter une aide rapide aux pays membres affectés par la hausse brutale des prix des denrées.

La RCAA vise spécifiquement les populations pauvres confrontées à l’augmentation et à l’instabilité des prix des produits alimentaires. Il s’agit aussi d’augmenter la productivité agricole dans le cadre d’une croissance « durable, tirée notamment par le secteur privé », selon l’expression consacrée. Récemment, le 23 décembre 2009, les Congolais ont fêté la remise en vente du poulet « Soso ya N’sele » provenant des fermes financées par la BAD (5,32 millions d’euros). L’objectif à long terme est de relancer la production animale en République démocratique du Congo (RDC), afin de réduire les importations massives de viande et d’œufs, mais aussi d’en baisser le prix pour le plus grand nombre.

Prise de conscience ?
Pourtant, en dépit de tous les moyens déployés, l’insécurité alimentaire persiste sur le continent noir. Selon les experts de la BAD, l’Afrique réagit moins vite que les autres parties du monde aux événements macroéconomiques mondiaux (4). Ainsi, si les prix des produits alimentaires ont baissé au cours du deuxième semestre de 2008, la tendance s’est peu répercutée dans les pays africains. Il s’agit donc, estiment les économistes de la BAD, d’élaborer des réponses aussi bien à court qu’à long terme pour faire face à la vulnérabilité du continent, à l’instabilité des prix des produits et pour parvenir à la sécurité alimentaire.

« Les solutions proposées demeurent théoriques et des mesures doivent être appliquées », s’inquiétait déjà M. Supachai Panitchpakdi, secrétaire général de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), à la mi-2008  (5).

Effet d’annonce ou véritable prise de conscience ? Le président de la BAD, M. Donald Kaberuka, a annoncé, à l’occasion de la rencontre annuelle des ambassadeurs des pays membres, le 19 janvier 2010 à Tunis, une augmentation de plus de 6 % des prêts à taux préférentiels octroyés aux Etats « les plus fragiles ». Ils étaient déjà passés de 3,7 milliards d’euros en 2008 à 8,2 milliards en 2009 et devraient donc encore croître. Tous s’inscrivent dans une même perspective : renforcer les capacités internes des économies locales, l’objectif principal étant d’apporter un soutien massif à la lutte contre les fléaux que sont la sécheresse et la famine.

Un marché disputé
Si les problèmes résultent de phénomènes globaux (changement climatique, détérioration des ressources naturelles, etc.), ils influent considérablement sur les diverses productions essentielles aux populations, déjà fragiles, du continent : sorgho, manioc… La BAD, comme la plupart des bailleurs de fonds internationaux, a donc replacé le développement agricole en tête de ses priorités. Pour contribuer à assurer la sécurité alimentaire, elle a spécialement débloqué en 2008 près de 800 millions de dollars à court terme et 2,2 milliards à plus long terme.

Dans la lutte contre la faim, la banque tente de se coordonner avec le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies. Il s’agit de faire face aux situations d’urgence, telle celle créée par la tempête Hubert qui s’est abattue sur la côte orientale de l’île de Madagascar, le 10 mars 2010.

L’action de la BAD en faveur de la sécurité alimentaire s’inscrit dans des problématiques plus larges. Cinquante ans après l’accession à l’indépendance de la majorité des pays africains, les économies du continent restent arrimées à celles des Occidentaux : il s’agit toujours de répondre aux demandes et aux besoins des pays du Nord qui, pour la plupart, se disputent le marché africain (lire « Une banque entre finance et solidarité »). L’orientation des productions locales vers l’exportation met ainsi en danger les cultures vivrières d’antan. Comme l’a notamment montré le Malawi, qui a fixé ses priorités agricoles en ce sens, la production alimentaire familiale constitue le pilier de la lutte contre la faim et la pauvreté (6). Pourtant, malgré une augmentation de 19,7 % des récoltes vivrières sur le continent pour la campagne 2008-2009, « l’Afrique ne pourra nourrir que la moitié de sa population d’ici à 2015 », prévoit la BAD (7).

Face à ce défi majeur et à la nécessité pour chacun de s’alimenter, ne faudrait-il pas rendre obligatoire le respect des besoins fondamentaux, prévu par la Charte des Nations unies mais aussi par la Charte africaine des droits de l’homme (8) ?

Seynabou Boye pour « Le Monde Diplomatique »

(1) Lire Anne-Cécile Robert, « “Rares sont les agriculteurs qui cultivent le blé” », Le Monde diplomatique, mai 2008.
(2) « Dix millions de personnes menacées par la crise alimentaire en Afrique après des pluies insuffisantes », Oxfam, 17 mars 2010.
(3) L’est du continent comme le sud seraient, eux aussi, menacés à moyen terme, avec 265 millions de victimes potentielles.
(4) Cf. le rapport « Réponse à la crise alimentaire africaine », BAD, Tunis, 7 juillet 2008.
(5) Intervention lors des débats de la douzième Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) qui s’est tenue à Accra (Ghana) le 26 avril 2008.
(6) Lire Dominique Baillard, « Comment le marché mondial des céréales s’est emballé », Le Monde diplomatique, mai 2008.
(7) Jeune Afrique, Paris, 9 mars 2010.

(8) Le texte de la Charte africaine des droits de l’homme est disponible sur le site de l’Union africaine : www.africa-union.org

Une réponse à “L’enjeu de la sécurité alimentaire”

  1. babelouest dit :

    Les multinationales ont fait en Afrique, mais ailleurs aussi, d’immenses dégâts dans le système alimentaire. Abattages sauvages de la canopée, cultures vivrières supplantées par des plantes à exporter payées un prix très bas aux producteurs, salissure de l’environnement avec des produits chimiques et/ou des OGM, le prix à payer pour avoir été avalés par les marchés mondiaux est fantastiquement élevé. Il faut tout reprendre à zéro. Encore une génération sacrifiée sur l’autel du Profit ? Qui, en Europe, tapera vraiment du poing sur la table pour faire payer les vrais responsables ? C’est un tribunal international qui devrait être mis en place, vu la gravité des faits. A côté du génocide, mais aussi grave, devrait être qualifié l’environnementicide.

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons