Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

28 août 2010

Affaire Bettencourt: l’Ordre des médecins décide de s’en mêler

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 12:00

Gilles Brücker.Les secrets révélés par l’affaire Bettencourt sur les pratiques des professionnels de santé entourant l’héritière de L’Oréal ébranlent l’institution médicale. Au point que le Conseil national de l’Ordre, garant du respect «des principes de moralité, de probité, de compétence et de dévouement indispensables à l’exercice de la médecine», souhaite des éclaircissements sur les agissements de ceux et celles qui prodiguent leurs soins à Liliane Bettencourt.

Pour ce faire, son président, Michel Legmann, vient, en toute discrétion, de demander au Conseil départemental de Paris de diligenter une enquête et de convoquer les médecins impliqués, afin qu’ils soient entendus en vue d’une éventuelle procédure disciplinaire.

Un docteur réputé, désigné exécuteur testamentaire par la vieille dame, fonction dotée d’un million d’euros, des batailles de diagnostics contradictoires, des associations de lutte contre le sida destinataires de largesses inhabituelles: le monde médical ne bruisse que de cette histoire à tiroirs multiples depuis la conférence internationale sur le VIH, à Vienne, en Autriche. Elle a coïncidé, fin juillet, avec la parution des premiers articles de presse concernant, notamment, Gilles Brücker et sa compagne Christine Katlama.Ces deux professeurs des universités concentrent les interrogations, même s’ils ne seront pas les seuls à devoir rendre des comptes à leurs pairs. Lui est spécialiste en épidémiologie des maladies transmissibles et dirige le GIP-Esther, une structure publique engagée dans la lutte contre le sida en Afrique et en Asie du Sud-Est. Co-fondateur de Médecins sans frontières puis de Médecins du monde, Gilles Brücker a travaillé au cabinet de Bernard Kouchner, alors ministre de la santé, avant de prendre, en 2002, la tête de l’Institut de veille sanitaire pendant cinq ans.

Christine Katlama exerce au service des maladies infectieuses et tropicales à la Pitié-Salpêtrière et milite activement pour l’accès aux traitements antirétroviraux dans les pays du Sud.

Ils franchissent le seuil de la maison Bettencourt dans les années 1990 par l’entremise de François-Marie Banier, ami d’enfance de Gilles Brücker et parrain de leur fils Gaspard. Leurs détracteurs leur reprochent d’avoir pris le parti du photographe dans l’affaire l’opposant à la fille de la milliardaire, Françoise Bettencourt-Meyers, en faisant passer leurs intérêts personnels avant le serment d’Hippocrate.

Devenu le «médecin coordonnateur» de Liliane Bettencourt, comme il se qualifie lui-même, Gilles Brücker décrit leurs relations  – médicales et pas seulement d’amitié – à l’occasion de son audition par la brigade financière, le 6 octobre 2008, dans le cadre de la plainte pour «abus de faiblesse» déposée contre François-Marie Banier.

Devant les policiers, il explique comment, à tel moment, il lui conseille «d’accepter le principe d’une intervention chirurgicale». À tel autre, il l’oriente vers un médecin traitant, pour son suivi régulier, installé comme elle à Neuilly-sur-Seine. À plusieurs reprises aussi, il met en cause les certificats médicaux de ses confrères quand leurs diagnostics établissent une altération de ses facultés mentales, alors que lui-même juge son état de santé «excellent». Il en est convaincu, la plainte contre son ami n’a pas lieu d’être: sa patiente est «une personne parfaitement présente dans les conversations, parfaitement cohérente dans ses jugements et très lucide sur ses choix à elle».

Depuis leur rencontre, «Liliane Bettencourt (le) sollicite régulièrement à des fins médicales», déclare-t-il aux policiers. Ils se voient, ajoute-t-il, «plusieurs fois par an». Tant et si bien que la milliardaire décide, en 2003, d’en faire son exécuteur testamentaire, chargé de veiller au respect de ses dernières volontés. Une fonction assortie d’une dotation d’un million d’euros, ce dont Gilles Brücker n’a été informé que plus tard, a-t-il affirmé en défense dans un entretien au Monde de juillet 2010, sans préciser s’il était prêt ou non à renoncer à cette somme.

De possibles entorses au Code de déontologie
Cet entremêlement d’intérêts mérite des explications, selon le secrétaire général du Conseil de l’Ordre des médecins, Walter Vorhauer. Le Code de déontologie médicale interdit en effet aux praticiens de «s’immiscer dans les affaires de famille» et «la vie privée de (leurs) patients» (article 51). Il les empêche, par ailleurs, de «profiter des dispositions entre vifs et testamentaires faites en (leur) faveur» par une patiente et d’«abuser de (leur) influence pour obtenir un mandat ou contracter à titre onéreux dans des conditions qui (leur) seraient anormalement favorables» (article 52).

Tout un chapitre du code est consacré aux relations que doivent entretenir les médecins entre eux. Or, là aussi, il semble qu’il y ait à redire. Selon le Nouvel Observateur, Gilles Brücker aurait écarté, non seulement le médecin traitant de Liliane Bettencourt, Philippe Koskas, lorsque celui-ci lui a fait passer une IRM, mais aussi un neurologue, Michel Kalafat, quand ce dernier a conseillé un régime de curatelle.Au Monde, il a contesté cette version des faits, affirmant que le docteur Koskas devait son éviction à Liliane Bettencourt et qu’il ne connaissait pas Michel Kalafat. Pourtant, lors de son audition par la brigade financière, il avait admis avoir été en contact avec lui. Interrogé par Mediapart, l’ex-médecin traitant conteste, quant à lui, avoir fait passer des examens «à l’insu» de sa patiente, réfutant les déclarations de Gilles Brücker aux policiers. Il affirme par ailleurs «ne pas savoir par qui et pourquoi» il a été remercié.

À de possibles entorses au Code de déontologie s’ajoutent des pratiques pour le moins ambiguës. Le couple Brücker-Katlama et leurs deux enfants séjournent à deux reprises sur l’île d’Arros, aux Seychelles. Au fil des ans, des liens se tissent entre Liliane Bettencourt et leur fille Pauline. Un jour de décembre 2006, la milliardaire fait savoir qu’elle souhaite lui offrir un appartement. Et pour cela procède à une donation de 500.000 euros.

«Comme nous, Pauline a été extrêmement surprise. Elle nous a demandé ce qu’elle devait faire. Nous avons réfléchi quelques jours. Ma fille est majeure. C’est un coup de pouce du destin. Je ne voyais pas bien, vu les liens que j’avais tissés avec Mme Bettencourt, dont je n’ai jamais reçu un centime, pourquoi j’aurais demandé à ma fille de refuser ce don», a indiqué au Monde Gilles Brücker. Elle aussi entendue par les policiers, le 9 octobre 2008, la jeune femme a expliqué cette générosité par un «transfert d’affection» de la vieille dame «au regard des difficultés qu’elle avait pour rencontrer ses petits-enfants».

Des associations sous perfusion des Bettencourt
L’ultime rebondissement intervient au début de l’été 2010 quand la presse commence à s’intéresser à l’île d’Arros, aux Seychelles. À la mort de Liliane Bettencourt, ce bout de terre d’une valeur difficile à estimer (entre 20 millions et 100 millions d’euros) devrait revenir à François-Marie Banier, ainsi qu’à trois associations médicales: Orvacs, Solthis et le Crepats.

Le couple de médecins les connaît bien: Gilles Brücker est le président d’Orvacs, un réseau de recherche sur les vaccins contre le VIH, qui compte Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, dans son conseil d’administration. Quant à Christine Katlama, elle préside Solthis, engagée dans l’accès aux traitements contre le sida en Afrique et travaille dans le service de la Pitié-Salpêtrière qui bénéficie de financements via le programme Crepats.

Ces structures sont déjà toutes sous perfusion des Bettencourt, via la fondation de la famille. Solthis, comme l’indique son rapport d’activité, a été créée en 2003 grâce à une subvention de 9 millions d’euros étalée sur cinq ans, relayée par un engagement, à partir de 2007 jusqu’en 2016, de 2,4 millions chaque année. Ses financements proviennent à 96% de la Fondation Bettencourt-Schueller.

Avec 1 million d’euros par an, Orvacs, de son côté, créé en 2000, en dépend à 100%. Selon la déposition de Christine Katlama à la brigade financière, le 8 octobre 2008, 400.000 euros sont, en outre, revenus à son service (maladies infectieuses) de la Pitié-Salpêtrière pour «financer la recherche clinique et médicamenteuse».

Dans le milieu de la recherche médicale, où l’argent public vient à manquer, les généreux donateurs privés font rarement l’objet de critiques. Mais l’afflux de telles sommes d’argent et l’imbrication des intérêts personnels et professionnels ont immanquablement provoqué des jalousies et fait naître des questions sur l’utilisation de ces fonds.

Par Carine Fouteau pour « Mediapart »

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6 réponses à “Affaire Bettencourt: l’Ordre des médecins décide de s’en mêler”

  1. elisabeth dit :

    Ce serait bien pratique de détourner l’attention de cette affaire en s’en prenant à des médecins dont il semble pourtant clair que leurs associations apportent plus aux patients que ceux qui exercent en clinique sur Neuilly…car il me semble qu’ils ont et apportent plus à la médecine que d’autres investis de charges essentiellement politiques.
    Dans quelle société vit-on, y a t-il encore un respect pour les professionnels qui font vraiment leurs métiers!

  2. Axel dit :

    Vous ecrivez: « Pour ce faire, son président, Michel Legmann, vient, en toute discrétion, de demander au Conseil départemental de Paris de diligenter une enquête et de convoquer les médecins impliqués, afin qu’ils soient entendus en vue d’une éventuelle procédure disciplinaire. »… En toute discretion… avec communiqués de presse envoyés à toutes les rédactions et en sachant que le Pr Brücker est injoignable car les portables ne passent pas en Haïti où il est en mission humanitaire (au lieu d’être en vacances). Michel Langmann, radiologue privé, UMP, très proche de Sarkozy, adjoint au Maire de… Neuilly!… chargé de la sécurité (sic!) grand défenseur de la médecine libérale et chargé par le Président d’une mission de réflexion sur la médecine privé…! Le Conseil de l’Ordre est entre bonnes mains! S’en prendre à deux professeurs de santé publique dont Gilles Brucker va être un bonheur pour eux mais ne soyons pas dupes!

  3. BA dit :

    Eric Woerth dénonce sa «lapidation médiatique».

    Eric Woerth nous a reçus samedi dans sa mairie à Chantilly (Oise). Dans son bureau ouvert sur l’hippodrome, il affiche une solide combativité. Reposé après une trêve estivale à Chamonix (Haute-Savoie), il prévient : « Je suis en forme olympique. » Mais il reste visiblement affecté par deux mois et demi d’attaques ininterrompues.

    « C’est un peu une chasse à l’homme, comme il existe ici des chasses à courre. Sauf que c’est moi qui joue le rôle du cerf, commente-t-il avec une certaine résignation. Je suis un dommage collatéral des écoutes sauvages d’un majordome (NDLR : celui de Liliane Bettencourt). Je subis depuis deux-trois mois une sorte de lapidation médiatique assez impressionnante. »

    http://www.leparisien.fr/politique/eric-woerth-denonce-sa-lapidation-mediatique-30-08-2010-1047658.php

    L’Iran a Sakineh Mohammadi-Ashtiani, condamnée à mort par lapidation.

    La France a Eric Woerth.

    Chaque pays a les martyrs qu’il mérite.

    Woerth, tu n’as pas honte de parler de lapidation ?

    Tu n’as pas honte par rapport aux femmes qui sont lapidées ?

  4. BA dit :

    Woerth menacé par la Cour de justice de la République.

    Un nouveau front judiciaire menace Eric Woerth. Jean-Louis Nadal, le procureur général près la Cour de cassation, envisage de saisir la Cour de justice de la République concernant des infractions présumées de prise illégale d’intérêt et de favoritisme de l’ancien ministre du Budget.

    http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Actualite/Woerth-menace-par-la-Cour-de-justice-216772/

  5. renaldini dit :

    en pleine forme, Cpolitic… Dans les Peplum, il y a des fois des happy end… Dans le cas présent ce serait étonnant…

  6. cpolitic dit :

    Il manquait plus que ça: un vrai résumé des dérives de notre société
    C’est plus un film, encore moins une saga: c’est devenu un péplum!

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