Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

7 septembre 2010

Pas de « jaunes »

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 6:30

transmission de valeursCe billet à été écrit le 17 novembre 2007 à l’occasion de la réforme des régimes spéciaux de retraite. Il traitait des « jaunes », ces travailleurs concernés par le problème mais qui se refusent à descendre dans la rue pour défendre leurs droits… Il a suffit de le retoucher légèrement pour le mettre au goût du jour… car après 3 années de sarkozysme, assez étonnamment les jaunes existent encore…

Aujourd’hui, le mouvement de grève promet d’être très suivi et 70 % des français semblent soutenir les revendications des manifestants. Autant jugent la réforme injuste…
Pourtant, autour de moi, dans un milieu professionnel protégé, certains hésitent à descendre dans la rue. Perte de salaire, pressions, soutien aveugle à la politique du gouvernement, peur des conséquences sur la carrière ?

Le gouvernement actuel ou plutôt le Président de la république, -mais y a-t-il une différence ?-, est connu pour sa propension à diviser pour régner. L’opposition entre les strates sociales fait office de stratégie ultime : aux unes les cadeaux quand on montre les autres du doigt comme étant responsables de tous les dysfonctionnements.
Les français, tout du moins ceux qui soutiennent l’action gouvernementale,  loue la réforme dont l’injustice réside dans le fait que ce sont encore les revenus du travail qui paieront la douloureuse, mais se prosternent devant les plus aisés de nos compatriotes (coût du bouclier fiscal : 15 milliards par an selon les chiffres même du ministère de l’économie…)

Lorsque 10 % de la population sont outrageusement choyés, cela ne gène pas notre Leader Pequeno de s’attaquer à des symboles comme l’âge de la retraite que l’on repousse alors que rares sont les salariés du privé à rester en poste après 58 ans puisque la France et le plus mauvais élève de l’Europe en terme d’emploi des seniors…

Qu’importe également que le ministre du travail, au travers des différentes affaires de légion d’honneur, de cadeaux fiscaux, de vente d’hippodrome (arrêtons là, la liste complète donne la nausée…) puisse démontrer tous les jours que seuls les plus riches comptent, qu’ils ont droits à tous les égards surtout lorsqu’ils sont de généreux donateurs de l’UMP,  et que les autres ne sont que de la valetaille à exploiter, il existe encore des contempteurs de l’UMP, relayés par certains média (Figaro TF1…) pour hurler à la prise en otage des honnêtes gens par des gauchistes fainéants…

Étonnamment, le débat sur la longueur de la vie professionnelle en lien avec la pénibilité est au point mort depuis des lustres, et les médecins du travail, pourtant très compétents pour s’exprimer sur le sujet ne sont pas beaucoup invités dans des journaux qui préfèrent les chiffres manipulés et les radio-trottoirs orientés…

La destruction annoncée du système de retraite se traduira inévitablement par une baisse des futures pensions. Tous ceux qui seront laissés sur le carreau avant l’âge fatidique, n’auront qu’à aller pointer chez Pôle Emploi avant de prendre une retraite amputée de 3 % par année de cotisation manquante…

Mais certains, pourtant directement concernés n’iront pas dans la rue, ne participeront pas à cette journée qui devrait pourtant entraîner une adhésion totale des travailleurs. Pire, ils  joindront peut-être leurs voix aux zélateurs de l’UMP (de moins en moins nombreux semble-t-il) pour railler ces manifestants que le pouvoir de veux pas entendre… Ils ont un nom et une histoire :

Historiquement, les travailleurs qui désertaient prématurément la grève et trahissaient leur compagnons ont toujours existé, il n’est qu’à relire Germinal de Zola. Ils étaient surnommé les « jaunes ».
Gérard Filocha, faisant allusion alors à des ex- »socialistes » désertaient rapidement les rangs de leur parti, après la défaite présidentielle, pour aller à la soupe, échine basse et pantalon sur les cheville, du coté de l’UMP, a écrit un billet à leur sujet.
Je me suis permis de reprendre la partie historique de son billet d’humeur sur les « jaunes ».

« Certes, il y a toujours eu des « jaunes » c’est-à-dire des individus ou « syndicats » opposés aux conflits de classe et conciliants avec le patronat.
Ce sont ceux qui appelaient à ne pas faire grève lorsque la majorité des autres syndicats y appellent ou signaient des accords de branche auxquels la majorité des syndicats étaient opposés. Individuellement, un « jaune » peut aussi désigner un travailleur engagé par un patron pour briser une grève. Ce terme vient de loin, aux origines du mouvement créé par Pierre Biétry le 1er avril 1902, la « Fédération Nationale des Jaunes de France », un syndicat anti socialiste. Pour les grévistes, les jaunes étaient donc devenus les « non-grévistes ».

Selon Biétry lui-même, dans son ouvrage « Le socialisme et les jaunes », son but était de « réaliser la renaissance nationale en créant la réconciliation des classes sur un programme de justice sociale ». Dans les faits, ce mouvement s’est opposé vigoureusement au mouvement socialiste. Il était soutenu par les nationalistes qui pensaient tenir là une force nouvelle capable de faire face à la gauche notamment de grands industriels, le duc d’Orléans ou la duchesse d’Uzès.

A cause de cela, le qualitatif de « jaune » s’est généralisé et a servi à désigner généralement les « traîtres ».

Il y a eu aussi, plus particuliers, les « néos » qui sont allés jusqu’à devenir néo-nazis après s’être réclamés du communisme ou du socialisme, c’étaient des « salauds » eux aussi, mais il y avait un contexte, c’était sous une pression, une dérive historiquement forte et avec un semblant de théorie « de masse » auto justificatrice. On ne peut absolument pas comparer avec cette période historique des « néos » puis de la « Collaboration » pendant l’Occupation nazie.
…/…
Il faut faire attention : car le terme de « jaunes » n’a pas toujours été utilisé à bon escient. Parfois, des gauchistes, des sectaires, des désespérés eux-mêmes, ou des « bureaucrates », impatients, maladroits, grossiers, traitaient de « jaunes » certaines catégories de salariés, qui, n’ayant pas les moyens de faire grève ou n’étant pas convaincus par la nécessité ou la forme de l’action, ne participaient pas au mouvement d’ensemble.

Les staliniens, quand il était « minuit dans le siècle », ont dénoncé des « jaunes » à propos de tout et contre n’importe qui n’était pas d’accord avec leurs chefs et théories du moment. A ce titre, il y a eu des excommunications inacceptables, inhumaines, des exclusions bureaucratiques, des militants sincères bafoués, des intelligences salies. Les gauchistes aussi, ont multiplié des sectarismes qui faisaient « des plus proches les pires ennemis » dés lors qu’ils se distinguaient, nuançaient des analyses politiques de façon non orthodoxes, par rapport à des théories de gauche totalitaires. Mais on voit bien que ce n’est de cela non plus dont il s’agit avec nos « jaunes » pro Sarkozy.

Dans l’histoire du mouvement social, salarial, les « jaunes » ont parfois représenté une déchirure, une terrible souffrance, une division amère, un affaiblissement des chances de réussite pour ceux qui, eux, luttaient et se sacrifiaient pour les revendications communes. Souvent les grévistes qui avaient perdu des salaires lors des jours de grèves mais gagné des augmentations, faisaient valoir qu’ils avaient lutté aussi pour ceux n’avaient pas fait grève et en bénéficiaient. Au fond, les « jaunes » étaient ceux qui me mettaient pas ou ne pouvaient pas mettre d’abord en avant l’intérêt général de leur classe sociale, parfois sans connaître ou comprendre leur propre intérêt réel. La littérature, depuis Zola et London, hier et aujourd’hui, dans tous les pays a décrit abondamment les drames misérables des luttes sociales et celui des « jaunes ».

Aujourd’hui, où une partie de la population se bat pour le respect d’un système unique de solidarité transgénérationnelle, les « jaunes » réapparaissent, décomplexés, sacrifiant les droits acquis par les autres sur l’hôtel de leurs intérêts personnels, quand ce n’est pas de leur lâcheté.

Alors que tous les travailleurs, du privé comme du public, devraient offrir un front uni pour réclamer une réforme juste et économiquement pérenne certains fustigent les grévistes, se retrouvant ainsi complice de la stratégie gouvernementale de mise en confrontation des classes sociales les unes contre les autres.

Espérons que les « jaunes » d’aujourd’hui, tristes hères sans repères, qui ont vocation à être les victimes de demain d’une dérégulation sociale sans pitié seront une infime minorité…

Alain Renaldini

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