Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

13 septembre 2010

Petit précis d’une gauche qui gagne

Filed under: 14 - Refondation du PS — iledere @ 6:00

La France vit une situation inédite. Pas un jour sans que les affres du déclin ne s’incarnent dans l’accumulation des crises : crise politique, crise morale, crise sociale, crise du rêve européen.

La crise sociale majeure que nous traversons est autant liée à la décompensation planétaire du capitalisme financier qu’à la maladie congénitale du sarkozysme : une réforme fiscale inique qui a permis de financer des cadeaux fiscaux aux plus aisés sur le dos du salariat français et en creusant, de manière abyssale, dettes et déficits publics. L’Etat « en faillite« , déjà en 2007, nécessitait pour François Fillon, pelle mêle gel des dépenses, révision générale des politiques publiques, réduction du nombre de fonctionnaire, étranglement des collectivités locales, modération salariale. Toutes bonnes mesures pour financer la fin des droits de succession, la défiscalisation des heures supplémentaires, des plus values sur les cessions d’entreprise ou le bouclier fiscal.

Cette crise sociale est doublée d’une crise morale, là où le sens du collectif est mis à mal, là où l’appât du gain est l’unique horizon, là où l’argent public devient rare pour les travailleurs, mais dispendieux pour les ministres, là où les scandales se succèdent et révèlent dans nos couches dirigeantes le pourrissement d’une société qui se meurt d’un mal diagnostiqué depuis toujours par le socialisme : le pouvoir de l’argent, là où l’on connaît le prix de tout, mais la valeur de rien.

La crise politique couve, elle, depuis l’élection même de Nicolas Sarkozy. Une présidence aux tentations absolutistes voulant régenter les médias, la justice, le parlement, les territoires, mais une présidence dangereusement hémiplégique quand il s’agit simplement de servir les intérêts d’un camp, voire d’un clan.

Crise enfin européenne, quand face aux désordres financiers, il n’est question que de coupes claires dans les budgets publics et où l’Europe n’est en rien capable de garantir les dettes souveraines, sans en appeler à la médecine de cheval du FMI.

La conjonction des crises est une situation inédite, elle oblige les socialistes à proposer des solutions inédites. Pour la jeune génération de militants et de dirigeants socialistes que nous sommes, il est un commandement qui ne peut souffrir d’aucune contestation : nous ne voulons plus vivre une nouvelle défaite lors de l’élection présidentielle. Un jeune majeur en France n’a pas encore connu un président issu de notre parti. La promesse d’une génération, la promesse de notre génération est de tout faire pour que la gauche gagne les prochaines échéances de 2012. Nous le devons aux français qui désespèrent des politiques liberticides, régressives, injustes qui sont mise en œuvre actuellement par la droite. Or, pour réussir, nous avons trois devoirs.

Premier devoir, le devoir de combativité
Le sarkozysme doit être combattu pour ce qu’il est : un projet de civilisation qui réduit le périmètre de l’Etat, qui redistribue la manne fiscale en direction des hauts revenus, qui marchandise les services publics qui appauvrit les territoires qui démantèle l’éducation nationale, qui impose sa main mise sur les médias, qui se méfie des magistrats qui ethnicise la nation française, qui valorise les communautés cultuelles ou culturelles au dépend du vivre ensemble et de la laïcité républicaine.

Il ne s’agit pas du style, il ne s’agit pas de l’homme, il est question d’une politique méthodique libérale, autoritaire cherchant la mise au pas des citoyens précarisés, encourageant la compétition, montant les catégories sociales les unes contre les autres, traquant les contre-pouvoirs, meurtrissant les collectivités locales.

Face à cette droite qui abîme la France, les socialistes doivent être des opposants déterminés. L’ouverture, les accommodements, les critiques en mode alternatif ne doivent plus prospérer dans notre Parti. Les français attendent de la clarté, car il s’agira, en 2012, de proposer non une alternance, mais une véritable alternative.

Deuxième devoir, le devoir d’unité.

Les Congrès de déchirement, les bals des ego furent trop souvent notre lot. Ils ont toujours désespéré le peuple de gauche, ils ont souvent rendu sceptique les français sur notre capacité à gouverner pour mener le changement solidaire, le changement démocratique, le changement durable qu’ils appellent de leurs vœux. Il s’agit donc aujourd’hui, de défendre les valeurs trinitaires d’une organisation partisane de conquête : unité, idées, leadership. Il ne doit manquer aucun socialiste à l’appel du rassemblement et il ne doit y avoir qu’un projet socialiste porter par celle ou celui qui défendra nos couleurs lors de la prochaine élection présidentielle.

Dans ce paysage d’un Parti socialiste unifié et d’une gauche un peu moins fragmentée qu’elle ne le fut, il semble naturel que le Parti suscite une candidature centrale dans le champ de la gauche. Une candidature qui ne tire pas trop à gauche pour assécher le centre, mais qui ne revêt pas non plus les oripeaux de la gauche liquidatrice et moderniste, par trop dangereuse en ce qu’elle redonne vie mécaniquement à la gauche radicale. En somme, un positionnement qui rappelle le vieille adage mitterrandien : rassembler son camp au premier tour pour susciter une dynamique victorieuse au second.

Troisième devoir, le devoir d’authenticité.

Pour gagner nous devrons être nous même. Les recettes sociales libérales qui ont eu cours dans la gauche européenne durant les vingt dernières années ont été invalidées. Cette parenthèse c’est heureusement fermée avec l’onde de choc de la crise financière, elle ne doit pas être artificiellement rouverte, au prétexte qu’être nous même serait à tout coup nous éloigner des réalités difficiles que nous connaissons et que nous ne manquerons pas de traverser si nous arrivons au pouvoir en 2012.

Puissance publique et République, justice sociale et durabilité, voila l’horizon que nous devons proposer et opposer aux points cardinaux actuels : affaires, inégalités, clientèles et communautarisme. Il est évident que ce ne sont pas les remèdes drastiques et éternels du libéralisme, imposés parfois pour autant d’échecs, qui nous permettront de lutter efficacement contre l’affaiblissement de notre pays et l’abaissement de la qualité de vie des Français. Aucun accommodement ne pourra être toléré ; l’élection présidentielle se jouant sur les valeurs, sur nos valeurs.

La gauche devra changer la vie avec des finances publiques en soins intensifs. Nous ne pourrons pas tout faire, mais nous devrons bien faire. Si Rome ne s’est pas faite en un jour, au candidat de la finance, il nous faudra opposer celle ou celui du réel, de la vie des gens à tous les âges de la vie, de la petite enfance à l’éducation émancipatrice jusqu’à la retraite garantie. Au candidat du laisser-faire, il nous faudra présenter celle ou celui des professeurs, des chercheurs, des professionnels de santé, des travailleurs industriels ou des services. Au candidat du déclin, il nous faudra proposer celle ou celui du développement de l’économie immatérielle, de l’économie verte et des filières industrielles concurrentielles. Il est donc nécessaire de passer un pacte clair, fort avec les Français, mettant en avant nos priorités contre le désengagement de l’Etat, la paupérisation et l’étiolement de la République laïque.

Nous devrons aussi poser des débats abrasifs, novateurs dans la société. Sans exclusive : la fin des grandes écoles, la forfaitisation de la rémunération de la médecine de ville, les nouveaux services publics de l’eau ou de la petite enfance, la sécurité sociale professionnelle, tous thèmes qui imposeront une forme d’hégémonie culturelle pour le camp du Progrès.

Nous, jeunes socialistes et socialistes encore jeunes, savons tous, que les maux actuels que subit la société française n’ont pas pour remède les cordons de la bourse. Oui, l’Etat doit redonner le cap. Oui, l’Etat doit être exemplaire pour contraindre l’individualisme au profit de l’intérêt général. Oui, l’Etat doit être effectivement protecteur pour redonner confiance et avenir à notre société.

Voila bien un socle élémentaire pour celle ou celui qui portera demain les couleurs du Parti socialiste. Il s’agit d’assumer pleinement les valeurs de la gauche et du pacte social qui fonde notre vivre ensemble. Vision positive de l’après sarkozysme contre divisions éternelles entre les anciens et les modernes en notre sein. Pour notre part, notre choix s’annonce aujourd’hui. Jamais le Parti socialiste n’a gagné en oubliant ses missions et son devoir. Jamais. Qu’il apprenne enfin de l’expérience et de l’histoire. Pour mieux l’écrire.

Rodolphe Kauffmann et Luc Derai pour « Betapolitique »

Une réponse à “Petit précis d’une gauche qui gagne”

  1. La main gauche dit :

    oui mon n’veu !…

    .. une gauche ni révolutionnaire ni libérale, mais, en quelque sorte, une gauche centrale dans le sens de celle qui serait prête à engager la terraformation du pays…

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