Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

24 septembre 2010

Bonne nouvelle : Terra Nova s’éloigne du neolibéralisme

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 6:30

Revenant d’un colloque du FMI à Oslo, son président Olivier Ferrand appelle à une expansion salariale qui tourne le dos aux politiques économiques menées par la droite et la gauche ces vingt dernières années. Le problème est qu’il n’en tire pas encore les conséquences.

La fondation socialiste Terra Nova a été invitée au forum commun du FMI et de l’OIT. Pour Olivier Ferrand, qui préside aux destinées de ladite fondation, l’invitation – dont on suppose qu’elle a pu être suggérée au patron du FMI – a valeur de reconnaissance : Olivier Ferrand le signale dès les premières lignes de son papier publié dans l’édition de Echos du 21 avril. Mais la vraie bonne nouvelle est ailleurs. Dans cet article, Olivier Ferrand montre qu’il s’est convertit à la thèse de la paupérisation des classes moyennes.

Depuis la crise financière de 2008, deux thèses s’affrontent de façon feutrée :
– la première considère que la crise est due aux excès de la finance et des banques; on en sortira donc par une régulation plus sévère des activités financières ainsi que par l’assainissement des finances publiques. La majeure partie des économistes en vue – Daniel Cohen, Jacques Attali, Christian de  Boissieu – s’efforcent de diffuser cette analyse. Du côté du PS, Dominique Strauss-Kahn mais aussi François Hollande ou Manuel Vals sont sur cette ligne;

– la seconde juge que les subprime ne sont pas seulement dues à la rapacité des banquiers mais sont la conséquence lointaine d’un phénomène qui dure depuis vingt ans : on a prêté de l’argent aux classes moyennes pour leur permettre de continuer à consommer au delà de ce qu’elles gagnent. Autrement dit, le modèle néolibéral a affaibli considérablement la demande mondiale; on en sortira donc en redonnant du pouvoir d’achat aux salariés pour faire repartir la croissance.

Jusqu’à présent, on aurait été porté à penser que Terra Nova fait plutôt partie du premier courant de pensée, celui des la gauche libérale. Or, la tribune d’Olivier Ferrand montre une évolution certaine. Manifestement le patron de terra Nova a été impressionné par les chiffres de l’OIT : la crise a mis 30 millions de personnes au chômage (75% dans les pays développés !), ce qui porte à 210 millions le nombre de chômeurs officiels dans le monde, soit 7% de la population mondiale active. Parmi eux, 80% de jeunes.

Face à cette « génération perdue », comme l’appelle DSK, Ferrand propose de refonder la politique économique autour d’un nouveau keynésianisme qui combinerait la soutien des finances publiques à l’économie (sans toutefois surendetter les états) la coordination des politiques économiques et l’instauration de politiques salariales.

Ce dernier point est réellement une évolution majeure : la gauche libérale considérait jusqu’alors que le marché était déterminant dans les politiques salariales. En clair l’augmentation de salaire relève de l’entreprise. Cette fois-ci, constatant « la stagnation des salaires des classes moyennes »,  – qu’Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau et quelques autres s’échinent à dénoncer depuis des années – Olivier Ferrand prône une expansion salariale.

Bienvenue au club, donc. Espérons que cette conversion pèsera sur l’élaboration du programme du PS pour 2012. Espérons surtout que Terra Nova nous expliquera comment parvenir à ces augmentations de salaires qu’appelle Ferrand de ses vœux dans un contexte de délocalisations continues vers le moins disant salarial, de libre échange intégral sur le marché du travail, et de syndicalisme atrophié.
Olivier Ferrand a raison : les salaires des ouvriers, des employés et des petits cadres doivent augmenter pour relancer la croissance.  Mais comment provoquer une expansion salariale sans outil monétaire (l’euro ne protège pas l’industrie européenne) ni budgétaire (le risque de surendettement)  et en restant dans le cadre de l’économie de marché ? Comment pousser les entreprises à augmenter les salaires sans les empêcher de délocaliser pour faire baisser le coût du travail ? Comment le faire sans réglementer plus fortement le marché du travail ni faire payer les rentiers, ni remettre en question le fonctionnement de l’euro?

Philippe Cohen pour Marianne2.fr

4 réponses à “Bonne nouvelle : Terra Nova s’éloigne du neolibéralisme”

  1. La main gauche dit :

    150 milliards….. rien qu’en s’en tenant aux thèses de tout ces guerriers néo-cons, on en revient à une seule équation efficace, qu’ils ont eux-même inventé : « la carotte ou le bâton », en d’autres termes, ça doit coûter plus cher au capital de détruire des emplois que d’en créer, il y a donc lieu d’une manière ou d’une autre de transformer le capital en variable d’ajustement pour alimenter, au gré de la situation et des besoins, un bouclier social (retraite, revenu de solidarité etc, etc,..)…

  2. C’est une bonne chose que Ferrand constate ça. Ce serait bien qu’il prenne également conscience que la droite et le patronat n’ont pas abandonné la lutte des classes contrairement au PS. En 20 ans, c’est plus de 10 points que le travail s’est fait voler par le capital, soit en gros quelques 150 milliards d’euros par an, largement de quoi équilibrer tous les budgets sociaux.

    Ceci dit, il faudrait aussi penser à la crise écologique, sachant que même le développement durable à un impact sur les ressources naturelles.

  3. La main gauche dit :

    et bien, le capitalisme nous souffle sans cesse les soit-disantes bonnes recettes de la modernité, qui se traduit en « flexibilité », « part variable », etc, etc,… et bien, soyons moderne et instaurons nous aussi la carotte et le bâton, la prime d’objectif, sous la forme d’une contribution de solidarité du capital variable qui augmente ou diminue selon le taux de chômage…

  4. babelouest dit :

    Déjà, le problème, c’est le Marché. C’est la libre circulation des capitaux et des biens, sans frein ni régulation, sans contribution de ces masses d’argent inutile à la prospérité des plus vulnérables. Il semble bien, effectivement, qu’Olivier Ferrand ne soit pas allé au bout du raisonnement, par frilosité, par peur, par atavisme, que sais-je…

    Découvrir Pierre pour couvrir Paul, enfoncer les masses laborieuses européennes dans une précarité de plus en plus grande en rendant seulement la condition de nos camarades du tiers-monde un tout petit peu moins insupportable ne satisfera personne. Il faudra de grands changements pour ramener un semblant de lueur d’espoir à tous. Les économistes en Cour, et ceux qu’ils conseillent, y sont-ils prêts ? On peut vraiment craindre que non, et qu’au contraire la pression va s’accentuer jusqu’à l’inéluctable clash.

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