Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

8 octobre 2010

Lettre à Laurence.

Filed under: 02 - Education — iledere @ 12:00

J’ai du mal à m’intéresser aux déboires de ce pauvre Kouchner qui, après avoir bradé ses convictions pour un poste de ministre s’estime humilié au point d’écrire une lettre de démission qui ne sera pas suivie d’effet. La lâcheté de ce valet du Sarkozysme me pousse à me désintéresser de ses basses manœuvres en vue de se trouver un point de chute honorable à l’heure où une retraite discrète lui serait plus que nécessaire…
J’ai donc choisi de diffuser une lettre d’un maître de conférences en sciences de l’information qui l’a publiée sur son blog « affordance.info »
Cette lettre et la prise de position qu’elle contient m’ont semblé plus importante que les états d’âme d’un « has been »  taraudé par le goût du pouvoir, qui comme un vieux clown triste souhaite faire un dernier tour de piste avant l’oubli. Dieu me tripote, j’ai sans doute tort… Tant pis…

Lettre à Laurence
Elle s’appelle Laurence. Comme 16 000 autres enseignants, elle est la génération « master ». Elle s’est retrouvée en septembre devant une classe pour faire cours. Et elle n’y est pas arrivé. On ne le lui avait tout simplement pas appris. Depuis elle est sous anxiolytiques. Des histoires comme celle de Laurence, des histoires de jeunes profs en dépression après quelques semaines d’enseignement, il y en avait déjà plein, bien avant la réforme de la masterisation. Et puis, il n’y a pas que des Laurence dans la vie. Il y a aussi des Claire, Claire qui n’est pas tombée dans un lycée difficile, qui n’est pas en face d’enfants difficiles, qui, pour différentes raisons, a peut être plus de facilités que Laurence avec la gestion d’un groupe, avec la discipline, avec le rapport aux autres. Bien sûr qu’enseigner est un métier qui s’apprend. Mais l’on sait également que chacun fera des choses différentes de l’enseignement reçu, en fonction de ses capacités personnelles, de son milieu social et culturel, des classes et des élèves en face desquels il finira par se retrouver. Oui mais voilà.

Laurence a reçu une lettre. Une lettre de l’inspecteur d’académie. Dans sa lettre l’inspecteur lui écrit : « Laurence, si vous ne vous sentez pas capable de faire ce métier, il faut démissionner. » C’est vrai quoi, les places sont chères, et il y a sûrement plein de Claire qui attendent un poste. Dans sa lettre l’inspecteur lui écrit aussi : « Laurence, les élèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents« . C’est vrai quoi, surtout quand il s’agit d’élèves difficiles.

Oui mais voilà. Laurence, elle avait envie et tout aussi certainement besoin de faire ce métier. Apprendre le programme d’histoire ou de mathématiques ou de français, ça Laurence y est très bien arrivée. C’est une partie du métier qu’elle avait choisi. Mais apprendre comment on fait passer un programme d’histoire, de mathématiques ou de français à une classe de 32 élèves de 13 ou 14 ans, ça, on ne le lui apprend plus à Laurence. On la met devant les élèves, on lui colle un « tuteur » enseignant  – qui n’est souvent même pas dans le même lycée ou collège qu’elle – et on lui dit débrouille-toi Laurence.

Messieurs.

–Monsieur l’inspecteur d’académie dont je ne connais pas le nom,
–Monsieur Luc Châtel, ministre du management national et de l’éradication nationale des psychologues scolaires**,
–Monsieur Xavier Darcos, ancien ministre de l’éradication nationale de la formation des enseignants,

Vous avez tous les trois des métiers qui doivent certains jours vous paraître aussi difficiles que celui de Laurence. J’ignore si vous êtes ou si vous avez été sous anxiolytique. Que vous portiez tous les trois l’écrasante responsabilité de l’effondrement programmé d’un système, celui de l’instruction publique, passe encore. Que vous ou votre mentor, vous réclamiez régulièrement de l’héritage de Jaurès ou de Jules Ferry, passe encore. Vous pouvez « jouir pleinement de la supériorité reconnue que les chiens vivants ont sur les lions morts » (Jean-Paul Sartre). Après tout, vous êtes nommés ministres ou inspecteur, vous êtes convaincus que le secteur privé peut assurer des missions qui incombaient jusqu’ici aux services publics, dans l’éducation comme ailleurs, et vous mettez en oeuvre le programme permettant de faire aboutir vos idées. Donc acte. « C’est le jeu ». Mais la lettre que vous venez tous les trois d’envoyer à Laurence signe la fin de la partie.

Avec cette lettre cesse le jeu et commence l’indéfendable. Supprimer la formation des maîtres, placer ces nouveaux maîtres « dans des classes », attendre que certains d’entre eux s’effondrent, et leur signifier par courier hiérarchique que « les élèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents » et que le cas échéant ils feraient mieux « de démissionner », est une stratégie managériale ayant effectivement déjà fait ses preuves, et dont l’avantage est de révéler à ceux qui l’ignoreraient encore l’étymologie du mot « cynisme ». Comme des chiens. Vous avez, « messieurs qu’on nomme grands« , merveilleusement contribué à l’enrichissement de l’horizon sémantique du cynisme : ce qui était au départ le seul mépris des convenances sociales, désignera désormais également le total et absolu mépris de l’humain.

Un nouveau cynisme dont l’alpha et l’oméga est constitué de la seule doctrine managériale. Une machinerie implacable, chez France Télécom comme dans l’éducation nationale désormais, qui fabrique des Laurence dans le seul but de les broyer, pour s’économiser l’annonce d’un énième plan social, pour accélérer encore un peu le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Vous avez, messieurs, parfaitement raison sur un point : les élèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents. Mais vous avez patiemment, minutieusement, laborieusement transformé l’école de la république en un immense tube digestif. Une machine à bouffer de l’humain.

D’un tube digestif il ne peut sortir que de la merde. C’est pas du management, c’est de la biologie.

J’ai souvenir d’une école de la république d’où sortaient des citoyens.

3 réponses à “Lettre à Laurence.”

  1. louis dit :

    Imaginons rien qu’un court instant que les médecins, en particulier les chirurgiens, soient formés comme les enseignants, c’est à dire qu’après des années de savoirs appris dans des facultés, après que ces savoirs aient été dûment contrôlés, on leurs dise : si vous avez vraiment la vocation, vous y arriverez bien tout seul !
    Cette suppression de la formation initiale des enseignants, jointe de plus à la suppression de la formation continue, montre bien combien ceux qui nous gouvernent se moquent des enseignants bien sur, mais aussi et surtout de la jeunesse.
    Car si la situation est terrible pour ces jeunes enseignants , elle l’est tout autant pour leurs élèves qui perdent une année de scolarité, et cela peut avoir de très lourdes conséquences pour la suite.

  2. La main gauche dit :

    c’est encore pire hélas… il n’y a pas de hasard ni d’erreur de casting… ces gens sont hautement compétents pour favoriser la privatisation de l’enseignement, et humains avec leurs quelques amis qui se frottent les mains devant le marché qui leur est offert gracieusement !
    Ils ne démissionneront que sous la contrainte en laissant derrière eux un tel bordel qu’ils sauront bien retourner à leur avantage pour revenir au pouvoir en remettre un coup !

  3. jeamy dit :

    monsieur le ministre
    monsieur l’inspecteur

    la france a le droit d’avoir un ministre de l’education competent
    lafrance a le droit d’avoir un inspecteur d’academie humain
    si vous n’etes pas capable d’etre competentou humain pesez a demissioner

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons