Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

25 octobre 2010

Tirons une leçon du mouvement contre la réforme des retraites.

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 6:30

Ce qui est finalement le plus inquiétant, dans le mouvement des retraites, est la lumière faite sur une démocratie en état de décomposition avancée. De droite comme de gauche, nous devrions tous nous en inquiéter, au lieu de nous y vautrer.

Au début de l’année, le président de la République annonce une réforme qu’il va tenir apparemment jusqu’au bout en l’adaptant à peine à l’extrême-marge. Dans ce processus, l’ensemble des acteurs de notre système démocratique sont bafoués : les syndicats ne sont pas consultés, les autres partis politiques à peine, le parlement qui tente régulièrement de faire évoluer ce texte doit finalement réduire ses débats au minimum et n’accepter que les amendements tolérés par le gouvernement. L’impression qui ressort de tout cela est une évidence : le gouvernement peut faire ce qu’il veut, comme il le veut, sans qu’une opposition institutionnelle réelle puisse se mettre en place.On pouvait à ce moment-là espérer que la rue se substitue et prenne le contrôle des choses. Finalement, jusqu’à maintenant, ce n’est pas du tout le cas. Les syndicats ont organisé un mouvement, au départ, très peu contestataire : quelques grandes manifestations, certes impressionnantes, mais qui n’inquiétaient pas plus que cela le pouvoir. Ces dernières semaines, les choses se sont radicalisées mais sans soulever l’ensemble des Français. Certes, des salariés de certains secteurs se sont fortement mobilisés, mais sans jamais parvenir à déclencher une grève majoritaire et sans paralyser le pays. Même s’il faut faire la queue une heure pour avoir de l’essence, on ne peut pas dire que notre vie en soit radicalement transformée.

Dans ce petit bras de fer, les acteurs ont donc cherché, avec une certaine insistance, la position de la population. Ah, comment savoir ce que peut bien vouloir le peuple… On a donc, de tous les côtés, commandé des sondages, dont on sait pourtant qu’ils sont aisément manipulables et réalisés dans des conditions toujours discutables. Ainsi, dans les grands débats organisés dans nos médias, on a pu voir les partisans des deux camps se jeter les mêmes chiffres à la figure en affirmant détenir le soutien de la majorité. Sans aucune preuve concrète.
Dans ce jeu stupide, les médias ne sont pas en reste. Pour illustrer l’avis du bon peuple, on rajoute une louche de sondages et surtout, les habituels micro-trottoirs où un bon Français donne son avis. Souvent, ces petits reportages sont au mieux risibles. Voici que, sur TF1, on interroge un passant de Neuilly-sur-Seine qui, bien évidemment, déclare sa haine de ces infâmes grévistes privilégiés qui l’empêchent de mettre de l’essence dans sa Porsche… Pendant ce temps, sur Arte, voici un enseignant qui dit comprendre les grévistes. Sur France 2, un médecin libéral se plaint de ne pas pouvoir remplir sa voiture d’essence pour aller faire sa tournée, alors que sur une autre chaîne du service public, un médecin hospitalier rejette la réforme. Le pire a pour moi été d’entendre l’habituel langue de bois ressassant toujours les mêmes marronniers que nous devrions considérer comme justes : les Français sont nuls en économie, les Français sont des enfants qui refusent une réforme inévitable, les Français en ont marre de ces prises en otage, les Français ont besoin de l’essence pour vivre, les Français veulent la fin du statut de la fonction publique, les Français sont fatigués de cette élite bourgeoise qui prend des décisions qui ne la touchent pas directement…

Au final, quelle est l’opinion majoritaire ? Les sondages n’ont pas arrêté de dire deux choses totalement contradictoires : les Français soutiennent le mouvement de grève mais ils pensent la réforme inévitable. On pourrait trouver nos concitoyens totalement incohérents mais il faut bien prendre en compte les facteurs pouvant expliquer ces réponses. Pour moi, la réforme était effectivement inévitable, non pas parce qu’elle aurait permis de sauver le système de retraites, mais parce qu’elle était portée par un gouvernement que personne ne peut bloquer. D’un autre côté, les Français disent soutenir le mouvement mais ils se gardent bien de s’y engager eux-mêmes. Là encore, on assène souvent que la majorité des Français ne peut faire grève et agir parce que la vie est dure et que la crise économique frappe. Cependant, il y a eu de nombreuses manifestations, y compris en week-end, et tout le monde pouvait s’y associer. De même, l’histoire a souvent montré que, même lors de crises économiques terribles, nos concitoyens pouvaient parfaitement se soulever et prendre de réels risques (souvenez-vous de 1848, de 1871, de 1936 et même de 1995). Aujourd’hui, rien de tel.

Les défenseurs du président de la République se ruent sur cette inactivité pour prouver que les Français, à cause de ces sondages contestables (qu’ils n’hésitent pourtant pas à utiliser lorsqu’ils sont de leur côté), soutiennent la loi. Pourtant, rien n’est moins sûr. Qui a aujourd’hui une preuve réelle de l’opinion de la population ? Je vais te répondre, cher lecteur, pour que tout soit clair : personne, rigoureusement personne ! Nous ne pouvons connaître que l’avis de nos proches (famille, travail, amis…) avec qui on a souvent de nombreux points communs idéologiques. Je peux te faire d’ailleurs un sondage : 70% de mes connaissances sont contre cette réforme. Puis-je conclure qu’il faut la rejeter ?
Il n’existe réellement que deux moyens de connaître l’avis des Français :

  • convoquer un référendum,
  • dissoudre l’Assemblée nationale et faire une élection.

Personnellement, je penche largement pour la première. Un référendum oblige le citoyen à s’intéresser réellement à la question posée et à quitter les simples invectives qui résument le débat politique actuel. Il doit se forcer à aller vérifier les chiffres, à peser les idées en présence, et finalement faire un choix. Là encore, les partisans de la démocratie pour une minorité vont crier au populisme, au risque de manipulation, à la bêtise naturelle du citoyen… Je pourrais moi-même le faire d’ailleurs, faisant partie de ce groupe de gens qui peut faire grève sans prendre trop de risques, par crainte que mes concitoyens choisissent de soutenir cette réforme réactionnaire.

Je peux cependant te rassurer, cher lecteur, ce référendum n’aura pas lieu. A force de pratique politique, j’ai pu identifier un point commun général à l’ensemble des camps et des acteurs de notre démocratie : tout le monde est d’accord pour que la nation s’exprime globalement le moins souvent possible. Une fois tous les cinq ans, hein, les gars, ça suffit. Surtout, ne surgissez pas dans le débat. On ne vous aime tellement pas qu’il est hors de question qu’on vous consulte même sur des sujets où on est sûr que vous serez d’accord. Pourquoi ? Parce qu’on ne vous connaît pas, on ne vous voit jamais (une fois tous les cinq-six ans pour se faire réélire) et on se fiche totalement de vous.

Personnellement, je suis prêt à prendre le risque de me prendre une tôle et de voir cette loi nullissime passer. Je crois en effet que, si les arguments des opposants à la réforme sont si forts, il n’y a pas à craindre d’affronter nos adversaires dans un réel débat public. De plus, il est important d’obliger nos concitoyens à prendre une vraie décision, claire et nette, car dans ce débat stérile, ils ont clairement exprimé une chose : le refus de prendre leurs responsabilités. On n’embêtera pas le gouvernement qui fait ce qu’il veut, mais on soutient les grévistes sans rien faire soi-même.

A quoi cela sert-il d’être citoyen et de vivre dans une démocratie si c’est pour laisser d’autres que vous-même faire le boulot ?

Par Mathieu L. pour « Avec nos gueules«  blog politique à 3 mains

5 réponses à “Tirons une leçon du mouvement contre la réforme des retraites.”

  1. BA dit :

    Des policiers en civil infiltrent les manifs, lancent des pierres, brisent les vitrines, … puis capturent des jeunes manifestants.

    Ensuite, les policiers les amènent au commissariat, et au commissariat, … surprise !

    Les caméras sont là pour filmer les jeunes manifestants capturés !

    La police et les médias pro-gouvernementaux sont bien coordonnés !

    C’est une coordination entre :

    1- Les policiers en civil qui provoquent, qui créent des incidents pendant les manifs, qui tendent des pièges,

    2- et les médias pro-gouvernementaux.

    Les médias pro-gouvernementaux sont prévenus par la police, pour venir filmer les bonnes images, au bon moment, au bon endroit.

    Ces images serviront à la propagande gouvernementale sur TF1, LCI, BFM TV, i-Télé, etc.

    Un témoignage extraordinaire :

    http://www.lanouvellerepublique.fr/ACTUALITE/People/Manifs-pris-au-piege-de-la-guerre-des-images

  2. La main gauche dit :

    Oui, j’avais lu pour Benoît Hamon.. mais tant que le « rang » n’est pas inquiété plus que ça, tous les programmes éligibles rentreront dans le « rang » avec plus ou moins d’ampathie pour les plus modestes…

    Tiens, un aspect qui n’a pas été très développé dans cette affaire des retraites, c’est l’allongement de l’espérance de vie vu sous l’angle du progrès (progrès humain ou simple amélioration de la perfusion ?) et notamment, sa linéarité (ou plutôt son contraire), sinon pour prendre en compte ce fameux (mais douteux) allongement métabolique ça aurait dû d’abord nous conduire à repousser de deux ans l’âge de la majorité, l’âge du baccalauréat et surtout de deux ans le versement des allocations familiales… seulement, on a la vue qui baisse à 40 ans de la même manière que nos parents (les lunettes par contre sont de meilleures qualité), donc ce qui a changé, c’est pas qu’on est capable de produire deux ans de plus, c’est surtout que la planète va devoir nous supporter deux ans de plus avec la vue basse !.. donc a minima, une bonne réforme devrait demander à la planète de ralentir un peu !^^

    Autre chose, tout l’édifice (capitaliste) repose sur la construction de bulles qui ont été sciemment cloisonnées, mais pourtant la vie personnelle est la vie sociale, la vie étudiante est la vie sociale, la vie professionnelle est la vie sociale, la vie est la vie sociale, et un premier principe qui devrait de nouveau voir le jour avant toute construction d’un projet, serait de poser un principe d’unicité de la vie sociale, crever ces bulles qui nous enduisent d’erreurs (pardon, « induisent en »)… la retraite ne serait alors plus une date sur un calendrier mais la prise en compte du vieillissement tout au long de celui-ci…

    Bah, le vieux grincheux qui vit en face de chez moi bricole dans son garage pour lui ou ses potes, mince alors il travaille, et moi j’ai le cul posé sur le canapé, je m’repose de ma semaine, et pourtant, au sens capitaliste du terme, je travaille et le vieux, lui, il ne travaille plus !

    Enfin, merci Babel pour ton explication sur le Jihad.

  3. babelouest dit :

    Progrès technologique, consommation de masse…. La Main Gauche, peut-être justement est-ce au moins l’une des clefs d’un changement profond et global. Le capitalisme, puisqu’il faut l’appeler par son nom, se base justement sur l’un et l’autre, sur le « toujours plus » dont il s’arrange au passage pour en retirer toujours plus. En cassant cette augmentation constante, on pourra repartir sur des bases nouvelles, où le progrès pourra n’être qu’intérieur à chacun, et en même temps inhérent à une notion un peu oubliée, la solidarité. C’est elle qui est attaquée à boulets rouges par un système qu’elle gêne, car ce système veut diviser, isoler, pour vaincre plus facilement.

    D’ailleurs, on remarquera une notion dont la propaganda « occidentale » a perverti exprès le sens. Bien qu’athée, je lui reconnais certains attraits. Il s’agit du jihad , qui n’est pas, comme on veut nous le faire croire, une « guerre sainte », mais une maturation intérieure, vers une amélioration de l’humain. En revanche, d’autres aspects de l’Islam sont, à mon avis, inadéquats, telle l’aumône, qui repose sur l’inégalité.

    Oui, il faut repartir de la base, l’humain, pour redéfinir les relations entre personnes. Celui qui ne pense qu’en termes d’argent est un infirme, qui ne voit pas que ce n’est qu’une notion très secondaire, un moyen d’échange, ni le meilleur, ni le plus valorisant, parmi d’autres. Il est notable que le « non-marchand », comme disent des économistes avec mépris, persiste à exister, quand il ne devient pas de plus en plus important dans les échanges entre ceux « du bas ». C’est de là, de la base la plus triviale et la plus saine, qu’il va falloir reconstruire notre société pervertie.

    Mais je sais que ce n’est pas dans les programmes officiels et les discours de la plupart des Partis aujourd’hui (dont le PS), que ces notions si importantes sont débattues en vue d’un redépart. C’est très dommage. A preuve, un Benoît Hamon aux écarts bien faibles avec la doxa s’est fait rappeler à l’ordre par Manuel Valls, ici : http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=17049 . C’est affligeant, et très révélateur.

  4. La main gauche dit :

    … franchement, la retraite.. cette perpétuation d’une dissociation entre deux mondes( professionnel et non professionnel)… c’est finalement très surréaliste, à côté de la plaque.. un monde qui marcherait sur ses pieds dans d’excellentes conditions pour tous renverrait ce terme de « retraite » aux oubliettes…

  5. La main gauche dit :

    Un référendum… au mieux ça va régler son compte à Sarkosy, au pire on va se faire enfumer une fois de plus…et après, ça ne donnera pas les clés de ce que les gens veulent, mais au mieux de ce qu’ils ne veulent pas…
    En 2013, 1 an après des présidentielles qui promettent une lutte acharnée et une victoire encore bien incertaine entre des camps de l’écoeurement dotés de projets parsemés ci et là de quelques petites lueurs et ceux de populismes réinventés pour l’occasion selon ce que des médias maladifs voudront bien donner en terme d’orientation,… donc 2013 va fêter un anniversaire,… le quarantième anniversaire du premier choc pétrolier, le 40ème anniversaire de la fin de la récré sociale et du progrès social par le seul progrès technologique et la seule consommation de masse, et pourtant l’un et l’autre ne sont pas à jeter totalement avec l’eau du bain…
    économie, travail, emplois, solidarités, éducation, insertion sociale, fiscalité, institutions et contre-pouvoir, citoyenneté et mode de gouvernance, contraintes mondiales / place de nos choix propres, de nos propres orientations.., j’en oublie certainement mais dans les mouvements actuels, la rumeur qui cherche désespérément à enfler et s’infiltrer à travers un individualisme subit par des peurs et conditionnements longuement formatées, insinuées, mais un individualisme bien omniprésent, est qu’il n’y a plus rien de dissociable, qu’on ne veut plus nous tronçonner par petit bout, un coup sur la sécu, un coup sur les retraites, un coup sur les impôts sans remise à plat globale sans vision globale, sans que l’on pose un projet global commun…
    il me semble qu’il est temps de cesser ces réformes à la con qui se succèdent et plantent chaque fois le poignard un peu plus profond et d’arriver enfin à une opération d’envergure, à la construction d’un projet de société…
    Mais avant, il faut quelques premiers actes…
    Nous avons des forces, syndicales, politiques… quelques pauvres militants plus ou moins engagés, de nombreux « sympathisants » plus ou moins égarés, et d’autres qui ne se reconnaissent en rien de tout ça… il faut donc commencer par faire que tout ce petit monde reprenne position… c’est l’alfa et oméga…ce sont ces forces requinquées qui pourront servir d’appui
    De même, sortir de leur cage les journalistes, les replacer sur une voie technique, experte, leur donner du temps, les protéger de l’argent, construire le contre-pouvoir.. un autre alfa et oméga indispensable..ce sont ces médias requinqués qui pourront offrir l’expression du peuple et lui apporter son éclairage…
    et enfin, on allume la mèche…

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