Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

21 novembre 2010

Le trésor de Balladur

Filed under: 21 - Mensonges de Sarko — iledere @ 6:30

Après un nouveau témoignage explosif recueilli par le juge Van Ruymbeke, plusieurs familles de victimes de l’attentat de Karachi ont annoncé leur intention de déposer plainte pour «mise en danger de la vie d’autrui» et «homicide involontaire» contre Dominique de Villepin et Jacques Chirac (voir nos révélations). L’ancien premier ministre a décidé de contre-attaquer en s’expliquant, ce vendredi soir, au 20h de TF1.

Lors de son intervention télévisée, Dominique de Villepin a d’abord fait part de son souhait d’être entendu comme témoin par la justice «dès la semaine prochaine». «Il est important que la vérité soit connue dans ce dossier», a-t-il expliqué.

Sur le fond, M. de Villepin a confirmé que «Jacques Chirac, quand il est arrivé comme président de la République en 1995, a souhaité moraliser la vie publique internationale, c’est-à-dire interrompre les contrats qui pouvaient donner lieu à rétro-commissions», sans toutefois citer les noms d’Edouard Balladur ou de Nicolas Sarkozy. Il a ajouté que cette décision de l’ancien chef de l’Etat français était fondée sur de «très forts soupçons» quant à l’existence d’un système illégal de rétrocommissions en marge de grands marchés d’armement signés sous le gouvernement Balladur (1993-1995).

Mediapart publie un extrait du livre-enquête Le Contrat (éd. Stock), rédigé par deux des journalistes de Mediapart,  paru en mai dernier, dans lequel l’ancien premier ministre livrait pour la première fois sa vision de l’affaire.

Le blog des socialistes de l’île de Ré se fait un devoir de reproduire cet extrait en espérant que cette affaire ne pourra pas être étouffée par une justice aux ordres….

Le «trésor de Balladur»
Un homme a vécu toute cette période à des postes d’observation privilégiés, puisqu’il fut d’abord directeur du cabinet du ministre des affaires étrangères Alain Juppé entre 1993 et 1995, puis secrétaire général de l’Élysée après l’élection de Jacques Chirac. Comme Charles Millon, Dominique de Villepin estime avoir de bonnes raisons d’en vouloir aux balladuriens d’hier, devenus les sarkozystes d’aujourd’hui. Comme Charles Millon, il lâche au compte-gouttes les confidences. Car, comme Charles Millon, cet homme-là en sait beaucoup. Trop, même, à en croire son raisonnement.

«C’est un peu la quête du Graal, votre affaire», a lâché d’emblée Dominique de Villepin, rencontré à deux reprises (avant et après sa relaxe dans l’affaire Clearstream, intervenue le 28 janvier 2010) dans les locaux de son club politique, à l’ombre de l’église Saint-Augustin. «Vous touchez un sujet dont personne n’a jamais parlé, car la peur et la lâcheté sont la règle», a ajouté l’ancien premier ministre. Avant de prévenir: «Mais attention, je ne veux pas que vous vous abritiez derrière moi pour dire ce que vous ne pouvez ou n’osez pas écrire vous-mêmes. Après avoir fait office de lièvre dans l’affaire Clearstream, je ne veux pas servir de paillasson dans celle-là.»

L’affaire Clearstream, encore et toujours, qui semble coller à la droite française depuis le milieu des années 2000 comme ce maudit sparadrap aux doigts du capitaine Haddock. Un dossier qui vit d’abord Nicolas Sarkozy, ainsi que de nombreuses personnalités, être accusé par un “corbeau” de détenir des avoirs occultes via une chambre de compensation luxembourgeoise, avant que la justice n’établisse le caractère délirant de ces accusations, basées sur des listings truqués.

«D’après moi, l’affaire Clearstream n’aurait pas pu prendre cette ampleur s’il n’existait pas, bien sûr des fantasmes, mais aussi une réalité. Or, la vigilance particulière du président de la République sur cette affaire n’était pas fondée sur des fantasmes», attaque DDV, qui en vient à ce qui est, selon lui, le cœur du sujet: «les réseaux».

«J’ai été le premier à vouloir nettoyer les écuries d’Augias»
«Bien sûr que les réseaux “officieux” existent. Depuis des décennies, des circuits, des intermédiaires, des cabinets parallèles se sont multipliés. Dire que j’ai été accusé de diriger un “cabinet noir” à l’Élysée sous Jacques Chirac… C’est un comble ! Ils (les sarkozystes) ont réussi le tour de force de me placer dans la position où ils ne voulaient pas eux-mêmes se retrouver. En me mettant sur le dos le cabinet noir puis Clearstream, il y a eu un échange de rôles, car ceux qui fonctionnent avec des officines, des cabinets parallèles, ce sont eux précisément !»

«Certes, il est exact que nous avons été particulièrement efficaces dans la défense du président de la République de l’époque : moi comme secrétaire général, les conseillers juridiques, etc. Mais nous étions dans notre rôle, tout simplement. Je suis celui qui a permis à Jacques Chirac de terminer son mandat, et j’en suis fier. Il n’y avait pas d’organisation occulte avec des hommes de main, comme dans ces cabinets parallèles que j’ai dénoncés lors de mon premier passage au Quai d’Orsay. À l’époque d’Édouard Balladur, entre 1993 et 1995, ces cabinets étaient légion dans son environnement

Sur le sujet, Dominique de Villepin est intarissable.

«Il est intéressant de voir que la cristallisation sur moi, ou plutôt contre moi, s’est faite à partir de cette époque (1993 et sa nomination comme directeur du cabinet d’Alain Juppé au ministère des affaires étrangères). Avec Alain Juppé, Maurice Gourdault-Montagne et quelques autres, on s’est battus contre des réseaux parallèles. Il s’agissait notamment des réseaux Balladur-Pasqua, dont les activités étaient tout bonnement intolérables. Ces réseaux ont tout parasité. Il y a tellement d’exemples, qu’il s’agisse de l’affaire rwandaise, de l’Airbus détourné à Alger ou des pilotes enlevés en Bosnie… À chaque fois, des négociations clandestines ont été engagées, toujours par ces mêmes réseaux. Du coup, évidemment, Juppé et moi, on s’est mis à dos tous les cabinets parallèles, qui existaient aussi au ministère de la défense, autour de Léotard, ou au ministère de l’industrie, avec Longuet.»

À en croire DDV, ces fameux réseaux auraient conservé leur pouvoir de nuisance après la défaite des balladuriens, en 1995. «L’une des caractéristiques de ces réseaux parallèles, c’est qu’ils étaient assez “bavards”, je veux dire par là qu’ils nourrissaient le système médiatique, grâce à leurs relais dans la presse. Les journalistes allaient chercher leurs informations chez Pasqua et Sarkozy. Il y a tant d’affaires dont chacun sait qu’elles ont été montées de toutes pièces par Sarkozy. Celle de Gaymard par exemple. Et quand je pense que Bernadette Chirac s’est réconciliée avec Nicolas Sarkozy, alors qu’elle est bien placée pour savoir que c’est lui qui a monté l’affaire du terrain de Vigneux…»

«Mme Chirac s’est répandue dans tout Paris pour dire que Sarkozy était derrière cette histoire, elle le tenait de son directeur des impôts. Pareil pour Dominique Ambiel: il sait très bien que c’est Sarkozy qui est derrière ; la preuve, c’est le procureur Yves Bot, proche de Sarkozy, qui a décidé de le poursuivre, pas la police. Et Juppé ? Lui non plus n’ignore pas que c’est Nicolas Sarkozy, alors secrétaire général du RPR, qui a donné tous les dossiers à la justice.»

C’est à cette aune qu’il faudrait donc lire son implication dans l’affaire Clearstream: «J’ai été le premier à vouloir nettoyer les écuries d’Augias. Il fallait se débarrasser des gêneurs comme moi. Après la dissolution, en 1997, l’heure de la vengeance a sonné pour ceux qui nous en voulaient. Il y a eu un règlement de comptes terrible, focalisant sur moi. C’était d’autant plus facile que ces cabinets occultes s’appuyaient aussi sur des réseaux économiques et financiers.»

Ce «trésor» auquel Chirac voulait s’attaquer
On semble bien loin des dessous de la présidentielle de 1995, et a fortiori de l’attentat de Karachi. Pas tant que ça, suggère Villepin, qui emploie les mêmes mots que Charles Millon: «Sur le financement de la campagne de 1995, il suffit de reprendre des éléments publics. Pour revenir à nos soupçons de l’époque, je me souviens qu’il y avait beaucoup de déplacements qui nous semblaient suspects, notamment de Hortefeux et Bazire. Mais qu’est-ce qu’ils allaient faire en Arabie saoudite ?! Et ces visites d’Édouard Balladur, en Arabie saoudite également… Intéressez-vous à cette période, vous trouverez des noms d’intermédiaires : Takieddine et El-Assir par exemple, qui avaient (entre 1993 et 1995) leurs entrées à Matignon.»

Et DDV d’ajouter: «Je n’ai pas de preuves, bien sûr, mais c’est intéressant d’examiner les choses : il y a des orbites, des constellations. C’est pour ça que cela me fait penser à l’affaire Clearstream.»

Dominique de Villepin enfonce le clou. Violemment. «Il faut s’intéresser aux archives du général Rondot, saisies au ministère de la défense dans le dossier judiciaire, sur la période 2003-2004. Elles montrent que le général s’intéressait au réseau Hortefeux-Sarkozy. Pour peu qu’on s’en donne la peine, on retrouve la trace des déplacements d’Hortefeux au Moyen-Orient. C’est pour ça que Brice Hortefeux est inquiet aujourd’hui, inquiet qu’apparaissent ses liens avec Takieddine et El-Assir.»

Il en revient à l’arrivée de Jacques Chirac à l’Élysée, en mai 1995, et aux consignes que le nouveau ministre dit avoir reçues de mettre de l’ordre dans les gros contrats. «Les déclarations de Millon (sur le financement de la campagne de Balladur, Ndlr) ? Ce qu’il a dit est parfaitement exact, ça c’est clair ! Il a bien reçu des instructions du président de la République de mettre fin à ce système de “redistribution” politique. Je me souviens, juste après son élection, Chirac avait été très clair en évoquant devant moi “le trésor de Balladur” auquel il voulait s’attaquer.»

L’ancien premier ministre en est persuadé: «Après l’élection de 1995, Chirac n’a pas donné d’instructions à Millon sans éléments. Il n’y avait peut-être pas de preuves matérielles, mais de nombreux indices. Notamment des écoutes, beaucoup d’écoutes. Et quand vous entendez toujours les mêmes noms revenir, ceux d’intermédiaires, surtout Takieddine dans mon souvenir, mais aussi de directeurs de cabinet, de ministres eux-mêmes, de Balladur et de son financement… Et les noms ne revenaient pas une fois ou deux, mais des dizaines de fois. Il n’y avait aucune ambiguïté…»

Et Villepin de conclure, comme pour faire un pont entre 1995 et 2010: «Takieddine a toujours ses entrées à l’Élysée. À leur arrivée, ou plutôt leur retour au pouvoir, ils (les sarkozystes) ont voulu le remettre dans le système.»

Fabrice Lhomme pour « Mediapart »
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