Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

15 décembre 2010

Après le vote de confiance : le vide

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 12:00

Silvio Berlusconi après son discours devant le Sénat, le 13 décembre 2010 à Rome. Berlusconi a réussi à décrocher un vote de confiance dans des conditions plus que douteuses. Pour autant, quelle qu’aurat pu être  l’issue du vote de confiance la politique italienne a déjà perdu toute crédibilité, estime le sociologue Luca Ricolfi.

Il y a quelque chose de surréaliste dans le débat qui agite l’Italie ces derniers mois. Si vous essayez d’établir une statistique des mots les plus souvent répétés dans les journaux et à la télévision, vont trouverez : Berlusconi, Fini, FLI [Futur et Liberté pour l’Italie, le nouveau parti de Gianfranco Fini], confiance, défiance, majorité, vote. Depuis des mois l’Italie marine dans une atmosphère malsaine de suspense, d’incertitude, d’attente. Notamment celle du discours que Berlusconi a tenu le 13 décembre, suivi du double vote de confiance (au Sénat) et de défiance (à la Chambre), le 14 décembre.
Et tout cela pour quoi ? Pour un vote qui, quoi qu’il arrive, ne sera qu’une manche de plus dans la partie de tennis que Berlusconi et Fini jouent depuis deux ans aux dépends de tous les Italiens. Vu de l’étranger, de tel ou tel pays européen, par exemple, la situation est ridicule, pour ne pas dire tragique.

Alors que le monde affronte une des crises diplomatiques les plus dramatiques depuis la chute du mur de Berlin, alors que les économies dites avancées ont à faire face à des risques immenses, nous – et en disant nous je parle avant tout de ceux qui gèrent l’information – nous perdons encore notre temps à interpréter une phrase de Bocchino, [Italo Bocchino, président du groupe parlementaire Futur et liberté pour l’Italie], à décoder une réplique de Umberto Bossi [président de la Ligue du Nord], à deviner les intentions de tel ou tel parlementaire « courtisé » ( pour ne pas dire plus) par le Cavaliere [le parquet de Rome a ouvert une enquête sur d’éventuels achats de votes par le camp Berlusconi en vue du vote de confiance au Parlement].

Le discours politique est pris en tenailles dans un double provincialisme : nous sommes provinciaux parce que nous parlons seulement et toujours de l’Italie, et nous le sommes aussi parce que, en dépit des immenses problèmes économiques et sociaux que l’Italie doit affronter, malgré les énormes difficultés qui nous attendent, nous permettons à notre classe politique de jouer à se chamailler avec ses petites intrigues de palais, ses vanités, ses misérables rivalités personnelles, sans jamais la mettre face à ses véritables responsabilités ; lesquelles ne consistent pas à sauver un gouvernement , ni à en constituer un nouveau, mais à offrir des solutions crédibles. Il ne me semble pas que les protagonistes de l’actuelle tempête dans un verre d’eau parlementaire s’y emploient en ce moment. Il ne me semble pas non plus qu’elles aient encore la moindre crédibilité.

Berlusconi n’est pas crédible parce qu’il s’est offert le luxe de gouverner avec médiocrité alors que la situation exige de fixer bien d’autres priorités. Fini, lui, n’est pas crédible, parce que son juste combat pour une droite moderne (et normale) est compromis tant par la manière dont celui-ci est mené que par les thèmes sur lesquels il porte. Ce qui est encore plus manifeste, c’est l’erreur qu’il fait de mener une guerre vengeresse, à la fois politique et personnelle, depuis sa position de président de la Chambre des députés – une faute institutionnelle que les opposants ne dénoncent pas, pour la seule raison qu’elle fait leur jeu.
Mais, hélas, Bersani [Pier Luigi Bersani, secrétaire général du Parti Démocrate, centre-gauche, principal parti d’opposition] non plus n’est pas crédible. Et ce, non seulement parce que l’opposition est divisée même sur les lois électorales (son unique véritable cheval de bataille), mais parce que personne n’a encore apporté de réponses convaincantes  aux questions fondamentales. Par exemple, sur la politique socio-économique, faudrait-il faire encore plus de sacrifices pour réduire les taxes ou plus de dépenses pour sauver l’université, la recherche, la culture ? Faudrait-il instaurer un fédéralisme plus responsable ou plus solidaire ? Et surtout, puisque le gâteau ne va plus s’agrandir, comment trouver l’argent nécessaire ?

C’est pour cela que le vide de l’opposition pose un problème à l’Italie. Si chasser Berlusconi ou « entamer une nouvelle phase » suffisait à avoir un début de solution à nos problèmes, nous ne trouverions rien de préoccupant dans la dérive identitaire du Parti démocrate. Mais malheureusement, ce  n’est pas le cas. Le risque n’est pas que Berlusconi reste en selle, puisque le temps et la patience (non infinie) des Italiens travaillent déjà à son désarçonnement. Le véritable risque réside dans le fait que, quand Berlusconi sera contraint de se retirer, il n’y aura personne d’assez crédible, et d’assez aguerri, pour savoir mettre le navire de l’Italie à l’abri de la tempête qui l’attend.

Par Luca Ricolfi pour « La Stampa« 

3 réponses à “Après le vote de confiance : le vide”

  1. babelouest dit :

    Je te comprends, Serge. La faute en est très certainement à des médias qui s’étendent complaisamment sur les déclarations des Solfériniens les plus libéraux, et occultent sciemment tout ce qui provient de socialistes plus à gauche. Ma hargne, car je l’assume, est dans le rejet de cette promotion constante de solutions favorisant le système en place. Sans doute est-ce une panique, de ma part, de craindre qu’en cas d’alternance le résultat pour les plus démunis, les plus vulnérables, ne soit pas mieux qu’à présent. Il y a tant de lois qu’il faudrait éradiquer pour leur partialité et leurs nuisances dramatiques !

    Si je t’ai choqué, et avec toi d’autres socialistes, je te prie d’accepter mes excuses.

    [ Il est terrible de se dire qu’on veut chasser un homme et ses méfaits, dans les règles démocratiques, alors que lui ne s’en embarrasse aucunement, piétinant la Constitution et les soubassements révolutionnaires de celle-ci. L’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen n’est pas caduc.]

  2. serge dit :

    @ babelouest.

    Si j’adhère très fréquemment à tes commentaires, je ne supporte guère ta colère et te forme de hargne constantes envers le parti socialiste, tout en ne doutant pas de tes valeurs de gauche.
    Il faut mieux continuer à casser NS ( je veux parler de « notre saigneur ») et qu’à gauche on accepte nos différences pour s’unir car on doit tout faire pour le « chasser » dans le respect, malheureusement, des règles de notre démocratie.

  3. babelouest dit :

    Bizarrement, on est tenté de faire le parallèle en France, avec un Front de Gauche qui peine à s’imposer, en dépit de, ou à cause de plusieurs têtes aux idées dissemblables. Le PS est un cas à part, englué qu’il est dans une social-démocratie qui le pousse à accepter l’inacceptable, les solutions néolibérales véhiculées par l’Union Européenne. C’est comme s’il constituait un pseudopode mou de la droite malgré les efforts de certains, à la base surtout, qui tentent de le déséchouer.

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