Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

15 décembre 2010

Prières sur la chaussée, politiques à la rue

Filed under: 10 - Chronique de la haine ordinaire — iledere @ 6:30

Marine Le Pen a beau rompre avec un certain nombre de tropismes du FN de son père, elle n’en conserve pas moins le sens de la formule scandaleuse qui polarise l’attention et crée instantanément le débat médiatique.

« Il y a quinze ans on a eu le voile, il y avait de plus en plus de voiles. Puis il y a eu la burqa, il y a eu de plus en plus de burqa. Et puis il y a eu des prières sur la voie publique […] maintenant il y a dix ou quinze endroits où de manière régulière un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires […] s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire […] Certes y’a pas de blindés, y’a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants ». Propos tenus lors d’un meeting vendredi soir, puis confirmés à l’AFP le lendemain : « un certain nombre de territoires, de plus en plus nombreux, sont soumis à des lois religieuses qui se substituent aux lois de la République. Oui, il y a occupation et il y a occupation illégale. ».

Il faut bien lire ce que dit la peut-être future présidente du FN. Son propos se compose de deux parties distinctes : une affirmation factuelle, bien que vague (« dix ou quinze endroits », « un certain nombre », « de plus en plus nombreux »), sur la pratique de la prière sur la voie publique par des Musulmans en France ; une comparaison, dans un deuxième temps, avec une occupation militaire, et plus précisément (dans le discours de vendredi) avec la Seconde Guerre mondiale.

Si la première partie appelle un traitement rationnel (y a-t-il oui ou non multiplication de prières « sauvages » dans la rue, pour quelle raison, que faut-il en penser, etc.), la seconde vise au contraire à faire dérailler le débat et à partir dans l’outrance et la polémique. Il n’y a de fait rien à dire d’intéressant de la comparaison avec l’occupation allemande ; comme les saillies qui ont fait la réputation de Frédéric Lefebvre, cette comparaison a pour unique fonction d’attirer l’attention sur la prise de parole de Marine Le Pen, et de déclencher un concert de condamnations outrées qui désignent d’une part la conseillère régionale comme la seule opposante à la classe politique traditionnelle, et qui d’autre part évitent de s’interroger sur la partie factuelle de la déclaration – la seule, pourtant, qui compte. Il est fondamentalement inutile et contre-productif de s’indigner d’une comparaison bouffonne et godwinesque, qui tire même sa légitimité des condamnations solennelles qu’elle génère ; il est en revanche fondamental de répondre à l’affirmation factuelle à laquelle elle fait écran. Et c’est ici que le bât blesse terriblement, dans les réactions des autres responsables politiques.

Ces réactions, pour ce dont la presse et l’AFP rendent compte, sont édifiantes. Une seule personne – Patrick Menucci – répond directement à la question de la prière dans la rue, en expliquant comment, dans le cas marseillais qu’il connaît bien, elle est la conséquence d’un manque évident de mosquées eu égard au nombre de Musulmans. Partout ailleurs, c’est un concours d’indignations vertueuses qui prévaut, avec un degré de vague, d’approximation et d’appel à l’histoire qui fait parfaitement écho à la seconde partie du propos de Marine Le Pen (comme elle le cherchait sans doute). « Vrai visage de l’extrême droite française » pour Benoit Hamon, volonté d’attiser « les peurs et les haines » et d’utiliser « les ressorts racistes », « l’irrationnel haineux et la crainte de l’invasion » pour Cécile Duflot, « discours fascisant, raciste et négationniste » habituel du FN pour Pierre Laurent ; Martine Aubry est «  choquée », et Jean-François Copé se fait généalogiste : « Marine Le Pen, c’est son père ! Il faut arrêter de se mentir, c’est exactement la même personnalité que celle de son père ».

Toutes ces interventions – pour autant qu’elles n’ont pas été tronquées, ce qui est toujours possible – ont un point commun : elles ne se prononcent pas sur le fait même de la prière dans la rue. Ce faisant, elles accréditent implicitement l’idée qu’il s’agit d’un phénomène répandu (ou du moins suffisamment important pour devenir un objet politique), mais dont la simple discussion est taboue. Pire encore, en opposant ensuite à la comparaison sur l’occupation le fait que les « grands-parents » (sic) de ces pratiquants ont libéré la France pendant que les prédécesseurs du FN se perdaient dans la collaboration, ils donnent le sentiment de justifier et défendre cette prière de rue, alors même que des élus de gauche directement concernés, comme Daniel Vaillant, reconnaissent sa nature problématique – pour l’espace public comme pour les Musulmans eux-mêmes – et cherchent à y apporter des solutions. On laissera de côté, enfin, les amalgames douteux qui surgissent maladroitement dans ces prises de position, Musulmans, Arabes, tirailleurs sénégalais d’hier et d’aujourd’hui ne semblant plus constituer qu’une seule grande famille indifférenciée dans la stigmatisation des uns et la commisération des autres.

Que ressort-il de cette cacophonie, au bout du compte, pour l’électeur peu informé écoutant les échanges ? Que dans «  certains endroits », on occupe la rue pour prier ; que personne ne nie ni ne questionne l’ampleur du problème ; mais qu’en revanche il n’est pas vraiment possible d’en discuter, son évocation par Marine Le Pen déclenchant un haro général contre le «  racisme » et le « retour de la bête immonde ». Comme si on ne pouvait être rétif à des manifestations religieuses sur la voie publique, sans être islamophobe. Comme si tout cela était normal et acceptable, mais sans pour autant prendre la peine de l’expliquer et de le démontrer. La fille de son père a tendu un piège grossier dans lequel ses adversaires ont sauté à pieds-joints, commentant l’insignifiant, laissant de côté l’essentiel, et lui donnant un énorme écho.

L’attitude brouillonne et fébrile de la classe politique face à Marine Le Pen rappelle un peu celle de la gauche face à Nicolas Sarkozy sur la sécurité. Face à ces stratégies de provocation et d’occupation du terrain médiatique, il est essentiel de refuser la polémique et de revenir à la sobriété des faits. Les échecs sur le long terme de Nicolas Sarkozy en matière d’insécurité, démontrés notamment par les chiffres des violences envers les personnes, sont plus parlants que toutes les comparaisons que l’on pourra faire avec Vichy. De même, il est fondamental d’aller chercher Marine Le Pen sur le terrain de la vérification de ses affirmations-choc, qui sont souvent fausses ou lacunaires (elle a ainsi affirmé que la fabrication de nourriture halal est réservée aux Musulmans). En l’occurrence, il aurait été très utile de discuter sérieusement du fond de la question, de souligner que l’on parle quand même d’un micro-phénomène, de réaffirmer quelques principes simples sur la neutralité de l’espace public, pour ne pas laisser la laïcité au FN, et de pointer le manque de lieux de culte – rappel qui dégonfle facilement les accusations d’occupation volontaire. Mais de cela il n’a pas, ou trop peu, été question. Combien de points l’héritière de son père a-t-elle encore marqués dans l’opinion ?

Romain Pigenel pour son blog « Variae« 

8 réponses à “Prières sur la chaussée, politiques à la rue”

  1. Juste une question… est ce M Le Pen qui occupe le terrain médiatique ou est ce le terrain médiatique qui s occupe un peu plus que de raison de M Le Pen ?

  2. Marisol Perry dit :

    Pas pire aveugles que ceux qui ne veulent pas voir ! L’islam est un problème… comme toutes les religions, dès lors qu’elles envahissent l’espace public et prétendent imposer leur point de vue (envahissantes prières de rue, voile – intégral ou pas -, demandes de subventions – argent public – pour la création de mosquées, violences à l’encontre de celles et ceux qui n’observent pas le ramadan – lyon, le 15 août 2010. Il faut avoir un certain aplomb pour prétendre que l’islam n’est pas un problème. Surtout avec le réveil violent voulu par Al Qaïda, depuis le 11 septembre 2002. Un vrai socialiste à dit : « La religion, c’est l’opium du peuple ». A une époque où les socialistes n’étaient pas fractionnés en diverses chapelles. Il s’agit de Marx. La gauche (radicaux-socialistes, socialistes, marxistes de diverses obédiences, libertaires) doit revenir aux fondamentaux laïcs, anticléricaux… pour la défense de la laïcité, en danger, face aux offensives néo-libérales et religieuses.

  3. Il est grave de voir des gens de gauche entrer dans la manigance sans même réfléchir à ce que sous-entendent ces paroles. Il est grave également de lire les résultats d’un sondage IFOP qui paraît ce matin (vu sur une dépêche AFP http://www.la-croix.com/afp.static/pages/101215064811.pjmy89ei.htm ) indiquant que 18% de gens se disant de gauche approuvent ses saillies. Est-ce incompréhension, est-ce manœuvre de l’institut de sondages, est-ce une vraie adhésion à ces paroles ?

  4. Touffany dit :

    Pas pire aveugles que ceux qui ne veulent pas voir ! L’islam est un problème… comme toutes les religions, dès lors qu’elles envahissent l’espace public et prétendent imposer leur point de vue (envahissantes prières de rue, voile – intégral ou pas -, demandes de subventions – argent public – pour la création de mosquées, violences à l’encontre de celles et ceux qui n’observent pas le ramadan – lyon, le 15 août 2010.
    Il faut avoir un certain aplomb pour prétendre que l’islam n’est pas un problème. Surtout avec le réveil violent voulu par Al Qaïda, depuis le 11 septembre 2002.
    Un vrai socialiste à dit : « La religion, c’est l’opium du peuple ». A une époque où les socialistes n’étaient pas fractionnés en diverses chapelles. Il s’agit de Marx.
    La gauche (radicaux-socialistes, socialistes, marxistes de diverses obédiences, libertaires) doit revenir aux fondamentaux laïcs, anticléricaux… pour la défense de la laïcité, en danger, face aux offensives néo-libérales et religieuses.

  5. La main gauche dit :

    Juste une question… est ce M Le Pen qui occupe le terrain médiatique ou est ce le terrain médiatique qui s occupe un peu plus que de raison de M Le Pen ?

  6. babelouest dit :

    Ceux qui disent que le FN défend la laïcité copieront cent fois « La laïcité est attaquée par le pouvoir en place actuellement qui a une posture catholique, et fait tout ce qu’il peut pour favoriser l’école privée confessionnelle face à l’école publique ». L’Islam n’est pas un problème, il ne l’a jamais été. Ceux qui disent le contraire le font pour créer des désordres, qui les servent.

  7. Touffany dit :

    Il est grave que la gauche ait abandonné le terrain de la laïcité et laisse apparaître le FN comme le chantre de celle-ci. Alors que la laïcité est aux antipodes de la philosophie de ce parti. Hier, la gauche « bouffait du curé ». Désormais, la loi de 1905, la France radical-socialiste, la République des Jules semblent oubliées. La gauche n’est même plus là pour condamner la vague de pédophilie dans l’Eglise catholique, laissant les victimes à leurs souffrances.

    Dès lors qu’il s’agit de dénoncer le poids de l’Islam, sa volonté de conquête de la société française, plus personne ne bronche. De crainte, probablement, d’apparaître raciste ou xénophobe. Avec de démagogiques associations antiracistes qui évitent de faire la part des choses et crient « haro sur le baudet » dès lors que l’on critique l’Islam. Il n’y a qu’à voir la campagne haineuse dont sont victimes les animateurs de comme « Riposte laïque », présentée éhontément comme d’extrême droite, alors que ses initiateurs viennent de la gauche, voire de l’extrême gauche trotskiste, pour la plupart.
    Il serait bon que les détracteurs de l’association Riposte laïque, lisent : « L’impasse islamique » de Hamid Zanaz (éd. Libertaire) ou encore « Le Dessous du voile », ouvrage collectif édité par Riposte laïque.

  8. babelouest dit :

    Il est grave de voir des gens de gauche entrer dans la manigance sans même réfléchir à ce que sous-entendent ces paroles.

    Il est grave également de lire les résultats d’un sondage IFOP qui paraît ce matin (vu sur une dépêche AFP http://www.la-croix.com/afp.static/pages/101215064811.pjmy89ei.htm ) indiquant que 18% de gens se disant de gauche approuvent ses saillies. Est-ce incompréhension, est-ce manœuvre de l’institut de sondages, est-ce une vraie adhésion à ces paroles ?

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