Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

22 décembre 2010

Les petites affaires de Monsieur Lagarde

Filed under: 05 - Presse, média, Internet,09 - Evènement,20 - UMP — iledere @ 6:30

Dessin de Large - JPG - 54.3 koXavier Giocanti, l’époux de Christine Lagarde, est un as de la défiscalisation. Plutôt incongru, lorsqu’on partage la vie de la ministre de l’Économie.

En 1998, Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, faisait un beau cadeau à Xavier Giocanti, le Marseillais qui partage la vie de Christine Lagarde, ministre de l’Économie : les « zones franches urbaines » de la ville. Depuis douze ans, le beau Xavier, sous couvert d’une bienfaisance officiellement destinée à donner du travail à ceux qu’on ne peut kärchériser, implante des immeubles et quelques entreprises dans ces «  zones ».

Cet entrepreneur, qui, selon ses propres termes, s’occupe du « PIB de Christine Lagarde » (« plaisir intérieur brut »), manifeste hélas une vraie détestation pour le fisc, dont la représentante dort dans son lit. Ainsi, c’est dans la partie néerlandaise de l’île de Saint-Martin qu’il a installé sa boîte de gestion hôtelière. Puis il a créé une société de conseil en patrimoine dont l’objectif est d’éviter la guillotine de l’impôt… De la défiscalisation tout ce qu’il y a de plus légal, mais qui la fiche mal quand on partage la vie de celle qui squatte Bercy…

Mais il y a mieux. Selon Paris- Match, Xavier Giocanti a un frère caché, un certain Renaud Muselier. Un garçon connu puisque, sans y laisser de traces, il a occupé la fonction de secrétaire d’État aux Affaires étrangères sous le pontificat de Jean-Pierre Raffarin. Il est bien sûr député et même viceprésident d’un monstre créé par Sarkozy, l’Union pour la Méditerranée. Dans un entretien avec Match, Muselier a ouvert son vaste cœur : « Xavier ? C’est mon frère. »

Avec son « frère » Muselier, Giocanti est en affaires. Renaud, ami de Paul Bérenger, ancien Premier ministre de l’île Maurice, participe là-bas à un projet immobilier qui exige un investissement de 30 millions d’euros pour la construction de 33 villas qui doivent rapporter 80 millions d’euros. Grâce à Joe Lesjongard, ancien ministre du Logement, Muselier et ses potes ont obtenu le label Integrated Resort Scheme, un dispositif qui vous fait échapper à l’impôt. Visitez le site Web de Belle Rivière (du nom d’une rue de Saint-Pierre-et-Miquelon libérée en 1941 par un vrai héros, l’amiral Muselier, grand-père de Renaud), il vous promet tous les arrangements avec le fisc, et même d’y échapper complètement en devenant résident fiscal de l’île Maurice.

L’autre aubaine, c’est l’intervention à Maurice de l’Onudi, l’organisme de coopération internationale de l’ONU avec les pays en voie de développement. Ce perspicace et astucieux machin a participé à la mise en valeur du domaine de Belle Rivière.

Et c’est sans aucun doute un pur hasard si, alors qu’il était secrétaire d’État, Muselier a obtenu la création à Marseille du bureau français de cet Onudi. Et un bonheur de plus, possible pour son frère Xavier, puisque l’Onudi se charge aussi de créer des zones franches à Maurice. Elle est pas belle, la vie ?

La défiscalisation, nouveau symbole de réussite
Il fut un temps, il n’y a pas si longtemps, où payer ses impôts était un honneur. Il y a un siècle et demi, le droit de vote était la contrepartie de cet acte citoyen. Le médecin de mon village se vantait de n’avoir jamais été redressé d’un franc, malgré plusieurs contrôles. À cette époque, abuser le fisc était une fraude et, pour de nombreux bourgeois, un acte inconcevable. La probité était une valeur.

Mais qui connaît encore le sens de ce mot ? Les temps ont bien changé, aujourd’hui, la défiscalisation n’est plus une honte, c’est au contraire un signe extérieur de réussite sociale. À 50 ans, si vous n’avez jamais été voir un conseiller en défiscalisation, vous êtes un minable. Pour faire le travail, des experts sont apparus. Certains font des cours sur des paquebots à des médecins. Les avocats fiscalistes ont, eux, oublié leur serment. Plus question de probité, ni d’humanité. Plus ils font économiser de l’argent à leurs clients, plus ils gagnent, plus nous nous rapprochons de la Grèce.

Mais ces experts s’en foutent, ils proposent de « défiscaliser les résultats des entreprises et de certaines rémunérations, de faire en sorte que la plupart des opérations juridiques au sein de l’entreprise se fassent sans aucune fiscalisation, de supprimer les plus-values fiscales… ou de supprimer les droits de succession, etc. » En d’autres termes, ils proposent aux fortunés de faire payer les études de leurs enfants par vos impôts. – Bertrand Rothé

Par Jacques-Marie Bourget pour Backchich

Et il y a encore mieux : L’AFP censure l’enquête sur le sujet…
La belle affaire immobilière de Renaud Muselier est à l’origine du premier faux pas du nouveau patron de l’Agence France-Presse
Le 9 juillet 2010 est soumise à la rédaction en chef France de l’AFP une première version d’une « enquête » intitulée « Un député UMP finance un programme de défiscalisation à l’île Maurice ». Le député en question n’est autre que Renaud Muselier, député de Marseille et vice-président de la commission des Affaires étrangères. Cette enquête (dont nous publions des extraits ci-dessous), ne sera jamais diffusée. Acrimed a enquêté à son tour… pour savoir pourquoi.

I. Une ténébreuse affaire à l’AFP
À la lecture de la première version de l’enquête, la rédaction en chef estime que « ce papier est un ovni », avance que ces « faits ne sont pas illégaux » et qu’il faudrait, pour le passer, une « accroche d’actualité » ou bien « une controverse suscitée par l’opposition ». Nous sommes alors au plus fort de l’affaire Woerth/Bettencourt

Le journaliste consulte alors des hauts responsables parlementaires et un membre de l’OCDE, ancien ministre de droite, qui refusent catégoriquement d’être cités, mais affirment que ce projet pose la question de l’origine des fonds. La référence à une ministre en fonction, proche d’un des protagonistes, est également retirée du papier. Le texte est remanié puis reproposé. Deuxième lecture : la rédaction en chef oppose un nouveau refus en se prévalant d’un accord « unanime de la hiérarchie rédactionnelle ».

Début août, le directeur de l’information est alors consulté. Il ne s’oppose pas à sa diffusion mais énonce deux préalables : le soumettre au service juridique et avertir le PDG. « La réponse n’interviendra que fin août », dit-il. Le 17 septembre, la décision définitive tombe. C’est non, car pas assez « solide ». De son côté, le service juridique de l’agence émet un avis favorable.

Pour connaître tous les points évoqués ci-dessus, le personnel aura dû attendre la publication, le 24 novembre, d’un communiqué de l’intersyndicale (SNJ, CGT, CFDT, FO, Sud, CFE-CGC), rapportant le témoignage d’un des journalistes concernés par la rédaction de cette dépêche. C’est à ce communiqué que nous nous référons dans ce qui précède.

Auparavant, le 29 septembre le SNJ-CGT publie un communiqué  intitulé « Contre la mise en coupe réglée de la rédaction, organisons-nous ! ». La société des journalistes (SDJ) lui répond aussitôt en affirmant qu’il « posait de mauvaises questions ».

Le 22 novembre, dans une réponse aux questions posées par de nombreux journalistes sur cette non-diffusion, relayées par la même SDJ, et à qui il demande que son courriel reste en interne, le directeur de l’information explique son refus : « le papier n’était malheureusement pas assez solide pour l’agence car il se place essentiellement sur le terrain de la morale politique à partir de faits qui laissent planer des soupçons […] », et « il n’y a, dans cette histoire pas de procédure judiciaire en cours, pas d’accusations, pas de polémique, etc. Bref, pas assez de factuel ». Il ajoute : « L’agence a-t-elle vocation à produire des papiers d’investigation ? Oui, et je souhaite les encourager. Mais si un papier met en cause nommément, il est nécessaire qu’il s’appuie sur des faits très forts ». Puis il conclut : « ce courrier que je vous envoie s’inscrit dans un débat interne, normal à l’agence, en ces temps où nous réfléchissons plus que jamais à nos contenus et à la segmentation de nos offres, au moment où nous allons entamer le développement d’un outil rédactionnel nous permettant de livrer davantage de contenus sur mesure ». CQFD.

Durant toute cette affaire, le PDG ne s’est à aucun moment exprimé.

Le 29 novembre, la rédaction en chef publie une note interne « afin de mieux mettre en valeur nos informations exclusives dans le flot de nos dépêches » et annonce que « le tag EXCLUSIF AFP, écrit en capitales, sera placé en début de titre ».

II. Une ténébreuse affaire à l’île Maurice
Acrimed est parvenu à se procurer le document controversé. À l’AFP, on jette cela à la poubelle, sans doute parce que ce n’est pas assez « exclusif »… Voici quelques extraits de ce document.

« Un député UMP finance un programme de défiscalisation à l’île Maurice »

« MARSEILLE, 1er août 2010 (AFP) – Le député UMP Renaud Muselier a fait bâtir à l’île Maurice des villas de luxe qui permettent à leurs acquéreurs d’y payer moins d’impôts, un investissement en porte-à-faux, selon des experts, avec la lutte menée par le gouvernement contre l’évasion fiscale. […]

Comme le stipule une note fiscale sur le site internet du projet, leurs acquéreurs obtiennent un permis de résident mauricien permanent et peuvent opter pour l’imposition locale : ils ne paieront alors ni impôt sur la fortune, ni taxe sur les dividendes ou les revenus du capital, ni droits de succession. Interrogé par l’AFP sur d’éventuelles contradictions avec la politique du gouvernement, qu’il soutient, contre l’évasion fiscale, M. Muselier a répondu que Maurice figure sur la liste blanche des paradis fiscaux de l’OCDE et que le projet Belle Rivière respecte la convention de non double imposition en vigueur avec la France, signée en 1980. »

Le projet de dépêche donne alors la parole à des « spécialistes de la transparence financière » et à divers acteurs qui tous mettent en cause l’opacité financière qui règne à l’île Maurice, certains affirmant que cette île est un véritable paradis fiscal.

Ce n’est pas tout. Le programme « Belle Rivière » a été réalisé notamment par une société – Belle Rivière Estate – dont on peut consulter le site et que le projet de dépêche présentait ainsi :

« Belle Rivière Estate, société de droit mauricien, est une filiale de la Société de recherches, d’études et de participations (Sorep), maison mère de la clinique Saint Martin à Marseille, propriété des familles Muselier et Giocanti. […] À l’époque, M. Muselier détenait plus du tiers du capital de la Sorep, selon des comptes déposés au registre du commerce à Marseille. Il était aussi secrétaire d’État aux Affaires étrangères – poste qu’il a occupé de juin 2002 à mai 2005 – et venait d’effectuer une visite officielle à Maurice, en octobre, d’après la chronologie 2004 du Quai d’Orsay.

Interrogé par l’AFP sur cette concomitance, le député a nié tout lien entre sa fonction et les investissements de la Sorep. « Quand vous êtes membre du gouvernement et premier adjoint au maire de Marseille, vous ne pouvez pas tout faire en même temps. Je n’avais la tête ni à la clinique, ni à autre chose », a-t-il dit, renvoyant la paternité du projet à son associé, François-Michel Giocanti, PDG de la clinique Saint Martin, qui détenait aussi à l’époque plus du tiers du capital de la Sorep. […] »

Armée de courage et de déontologie, la direction de l’information a donc refusé de diffuser ce document. Supposons que l’enquête n’ait pas été assez poussée. Que n’a-t-elle été poursuivie ? En tout cas, le projet de dépêche est solidement étayé et donne largement la parole au député mis en cause. Que faire de mieux ? À la direction de l’AFP, on cherche encore et, en attendant, on censure…

Et Acrimed informe sur l’information.

Merci au blog de la section socialiste de Gréasque

2 réponses à “Les petites affaires de Monsieur Lagarde”

  1. salaire moyen dit :

    Merci pour cette information. J’apprécie vraiment votre travail, continuez

  2. jean tronchin dit :

    Les députés et prétendants sont particulièrement bien informés des méthodes de défiscalisation.
    Joêl Regnault UMP et maire de Plaisir (78) suppléant de David Douillet, autre modèle d’honnêteté, s’est payé une résidence en Martinique Guadeloupe au frais de la Princesse.
    la princesse étant l’Europe qui lui verse des subventions pour aider ce pauvre propriétaire de quelques hectares de céréales sur sa commune.
    avec des patriotes comme ça, vive la France des pourris.

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