Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

23 décembre 2010

Crédibilité

Filed under: 13 - PS — iledere @ 6:30

2010 s’achève, dans la douleur. La crise économique oblige les peuples européens à naviguer en plein brouillard, sans garantie sur l’avenir de leur union, sur la solidité de leurs institutions, ni sur la survie de leur monnaie. La crise sociale accentue toujours l’écart entre les plus riches et les plus pauvres, installant l’injustice comme une norme. Et la crise morale s’installe partout, elle conduit, comme aux moments les plus troubles du siècle dernier, à l’exacerbation des nationalismes et à la recherche désespérée des boucs émissaires.

Cette triple crise est certes mondiale, et plus spécifiquement européenne. Mais elle est aggravée, en France, par ce mélange de désinvolture et de cynisme qui semble être décidément la marque du sarkozysme. La crise économique devient inextricable quand le déficit de l’Etat est multiplié par quatre en trois ans (2007-2010). La crise sociale devient insoutenable quand, dans le même temps, l’on donne à ceux qui ont (avec le bouclier fiscal ou la suppression des droits de succession) et l’on prend à ceux qui n’ont pas (avec les coups portés aux emplois aidés ou à l’allocation adulte handicapé). Et la crise morale devient insupportable quand elle est flattée par des débats artificiels et alimentée par d’hypocrites amalgames.

Donc, il faut changer. Il faut une autre politique pour la France, et seuls les socialistes peuvent l’incarner vraiment. Mais cela n’arrivera pas sans la confiance du peuple, qui se mérite, qui se gagne, qui se conquiert à force de travail et de persévérance. L’échec de Nicolas Sarkozy ne suffira pas à faire le succès de la gauche. La victoire des socialistes dépendra de leur capacité à être compris des Français. En d’autres termes elle dépendra de leur crédibilité.

Crédibilité politique, d’abord. Les socialistes doivent convaincre qu’ils peuvent, vraiment, dans la réalité quotidienne de la vie telle qu’elle est, avoir une influence sur le cours des choses. Cela suppose d’identifier les défis, et d’oser, sans œillères et sans tabou, inventer des solutions qui peuvent être radicales. C’est que j’appellerai le sens de la radicalité réaliste. L’utopie du possible : voilà ce qui nous manque encore, pour parler à un peuple qui a soif de changement mais à qui plus personne ne pourra raconter d’histoires.

Crédibilité économique, ensuite. Une seule question se pose, dès décembre 2010 : comment réussir de 2012 à 2017 ? Et pour cela, il faut avoir le courage de ne pas dire oui à tout par démagogie, ni non à tout par prétendu réalisme. Il faudra identifier des priorités et se donner des marges de manœuvre pour les traiter, en utilisant notamment le levier fiscal : les socialistes peuvent porter l’idée d’une véritable nuit du 4 août de la fiscalité, qui abolira les privilèges anachroniques, et qui renouera avec deux fondements de l’impôt- son universalité et sa progressivité.

Crédibilité démocratique, enfin. Attention à l’image que les socialistes donnent d’eux-mêmes. La période est grave, et nous devons nous comporter avec gravité, c’est-à-dire, notamment, avec sens du collectif. Il serait néfaste que les socialistes cèdent à ce mal français, qui consiste à réduire toute vie publique à des enjeux de personnes. Il y aurait dans cette attitude quelque chose d’immature, de profondément monarchique, et surtout de contraire à la culture politique de la gauche républicaine. Les socialistes, plutôt que de se perdre dans des querelles d’individus, doivent élaborer ensemble, dans un vrai esprit de responsabilité, des réponses à tous les enjeux qui intéressent directement les Français. Car la victoire de 2012 naîtra de la confiance retrouvée, c’est-à-dire de l’esprit de solidarité, de la patience, du courage et de l’humilité.

Ces trois exigences- crédibilité politique, économique, et démocratique- sont indissociables les unes des autres, et le défi de 2011 sera, pour les socialistes, de les porter toutes sans en écarter aucune.

Mon vœu le plus ardent, pour l’année qui s’ouvre, c’est, pour mon pays, que la gauche retrouve les moyens de la victoire. Je suis convaincu que c’est possible, et chacun devra y contribuer à la place qui sera la sienne.

A toutes et à tous, je souhaite une année 2011 pleine de projets, de réalisations, et de sérénité.

A bientôt

Bertrand Delanoë

5 réponses à “Crédibilité”

  1. revizor dit :

    Vraiment je trouve que les primaires c’est le foutoir, la galère et la division.
    Et je ne comprends pas pourquoi on veut singer certains pays qui seraient le summum en matière de démocratie, à savoir les USA ou l’Italie.
    Il me semble que le candidat du Parti Socialiste, tout comme le candidat d’un autre parti, à une élection présidentielle, doit être son chef ou tout au moins son principal dirigeant.
    Si les socialistes ont fait confiance à Mme AUBRY pour la désigner comme leur 1er secrétaire et donc leur chef, elle doit être automatiquement et de droit candidate légitime du Parti Socialiste pour la présidentielle.

  2. babelouest dit :

    Le paradoxe de primaires ouvertes à tous est justement dans le fait que le candidat soit choisi par une majorité où se seraient immiscés de très nombreux électeurs de droite, faussant complètement la donne. Au niveau des sondages, qui ne veulent rien signifier de ce fait, il semble bien que le « meilleur » candidat de gauche soit celui que la plupart des gens de gauche rejettent, mais que la droite approuve massivement. C’est pourquoi je crains que les cartes ne soient faussées gravement. Il est clair que tout candidat pour être crédible à gauche doit se prononcer complètement contre la construction européenne telle qu’elle se poursuit actuellement. Certains socialistes auront sans doute du mal à se représenter ce qu’ils vont considérer comme un paradoxe, pourtant la chose est claire.

    Qui a dit que la politique était une matière facile ?

  3. La main gauche dit :

    enfin, on se prend peut-être trop la tête… pourquoi ne pas suggérer aux abstentionnistes d’organiser eux-mêmes des primaires ou, à défaut, s’ils gagnent les élections, de tirer au sort parmi eux le président, son gouvernement et leurs représentants à l’assemblée nationale !… une thérapie qui en vaut une autre !

  4. La main gauche dit :

    Je ne sais si le PS est le plus gros parti de gauche, mais il me paraît être le seul, à être aujourd’hui, confronté pleinement et réellement aux exigences assez bien exprimées ici par delanoë, le seul qui ne peut éviter, par la force des choses, de devoir passer au tami à la fois de la crédibilité, de l’ambition et de la réalité… de par le fait qu’aujourd’hui la crédibilité du PS passe par la somme des résultats de nombreux représentants actifs et impliqués partout en France (communes, régions, nation, et aussi au sein du parti) avec, en retour, le handicap de devoir créer constamment une harmonie sans compromission avec l’ensemble de ces nombreuses personnalités actives qui engagent le tout par leurs actes ou non actes…
    Europe Ecologie n’en n’est pas là, une part de sa crédibilité lui est apporter sur un plateau par la reconnaissance de plus en plus répandue des menaces écologiques, il n’a donc aujourd’hui rien à prouver, juste à ramasser, à tirer bénéfices. Attendons qu’il commence à aller sur le terrain social,.. si il a le courage d’y aller !.. la sirène Nicolas Hulot, l’homme qui n’a aucune position autre qu’écologique démontre pour l’instant qu’Europe Ecologie serait bien tenter de continuer à collecter des bénéfices sans autre engagement ni précision…
    Le front de gauche (et autres partis de gauche, excepté peut-être un PC moribond) c’est bien souvent une personne seule, paradoxalement à leur idée de la démocratie d’ailleurs, il n’y a pourtant bien souvent qu’une seule tête qui dépasse…ça aide pour l’harmonie !.. sûr que, dans cette configuration, les égos ne risquent pas de plomber l’ambiance, il n’y a bien souvent qu’un seul égo !
    Ainsi, dans l’analyse, crédibilité et responsabilités en pleine poire vont de paire.

  5. GdeC dit :

    crédibilité du PS ? Quasi nulle parmi les abstentionnistes (le plus gros parti de France), dans le peuple, chez les plus modestes… Tout ce qui m’importe. Quant à présenter le PS comme le plus gros parti de gauche : 🙂 (depuis 81, beaucoup de choses se sont passées…). (Et Europe écologie alors ?).( et le front de gauche ?).

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