Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

10 janvier 2011

Enjeu des rythmes scolaires : A quand un temps scolaire centré sur la réussite scolaire ?

Filed under: 02 - Education — iledere @ 12:00

Le ministre de l’Education nationale a lancé un grand débat sur les rythmes scolaires en septembre dernier, avec un volontarisme affiché. Le comité de pilotage de ce débat est piloté par Christian FORESTIER, ancien Recteur et membre du cabinet d’Alain SAVARY.

Dans ce cadre, une mission parlementaire s’est penchée sur les rythmes scolaires. Le rapport dit TABAROT, du nom de la députée UMP des Alpes Maritimes, rendu public le 8 décembre dernier, est d’abord un rapport d’information sur les rythmes scolaires dans le 1er et le 2nd degré. Cependant des préconisations font suite aux constats. Et les constats ne sont pas tristes… La loi d’orientation de 1989 avait posé comme pierre angulaire de mettre l’élève au cœur du système. Il n’en a jamais été le cas pour l’organisation du temps scolaire.

1. Des constats
Les horaires de l’enseignement en France se situent dans la « fourchette haute » des pays comparables (OCDE). Si la situation doit être distinguée entre collège et lycée (dans ce dernier le baccalauréat agit comme une contrainte lourde), elle est soumise aux mêmes contraintes : Le rapport relève deux points forts, « la contrainte disciplinaire » qui induit des rigidités dans l’organisation de l’emploi du temps et « la définition du service des enseignants du second degré, qui tend à freiner l’émergence d’un temps scolaire centré sur la réussite des élèves » (pp. 62 et suivantes).
Si officiellement le chef d’établissement fixe le service des personnels (art R 421-10 du code de l’éducation), le rapport constate que la marge de manœuvre et la capacité d’initiative sont limitées par les obligations de services des enseignants statutairement définies (15 ou 18h hebdomadaires), et les vœux de ceux-ci. La cour des comptes avait fait le même constat, « l’emploi du temps d’une classe, qui devrait découler d’un projet pédagogique, résulte avant tout de la prise en compte d’un ensemble de contraintes, au premier rang desquelles figurent celles qui découlent des vœux des enseignants et du rythme hebdomadaire de l’enseignement disciplinaire ». (Rapport Thématique Mai 2010). Si des souplesses ont été introduites (Réforme de la seconde en lycée, Réforme de la voie professionnelle), Michèle TABAROT note que celles-ci restent marginales.

2. Les leviers éventuels du changement (pp. 75 – 98)
Pour le second degré, « les leviers éventuels du changement » portent d’abord et avant tout sur deux points : donner plus d’autonomie à l’établissement en confiant directement aux chefs d’établissement des collèges et lycées la gestion de la grille horaire hebdomadaire dans le cadre fixé par l’Etat. La possibilité d’adapter la grille aux « spécificités locales » est alors ouverte. Le conseil pédagogique aurait ici tout son rôle. Clarifier la « définition du service des enseignants » : celui-ci serait lié à la « définition d’un temps de présence de ces personnels dans l’établissement, dont toutes les missions, et non plus seulement le « faire cours », seraient ainsi reconnues. L’accompagnement personnalisé des élèves y trouverait sa consécration, ainsi que des activités aussi essentielles, pour les enseignants, que la concertation de l’équipe pédagogique, ou la formation continue » (pp. 95-98).
Le rapport fait également référence à la possibilité de plafonner les horaires quotidiens et hebdomadaires des élèves, à une organisation différente du travail collectif et personnel des élèves ( développer la transdisciplinarité, intégrer le temps de travail personnel de d’élève dans le temps passé dans l’EPLE), repenser les temps pédagogiques et les séquences d’enseignement (Référence au collège expérimental Clisthène à Bordeaux, et aux trois 1/3 temps pédagogique: 1/3 temps consacré aux disciplines générales de base, un 1/3 temps consacré à l’interdisciplinarité sous forme de projets, un 1/3 temps consacré à la formation technique et technologique, sportive, et artistique).

3. Rééquilibrer l’année scolaire
Le rapport fait un premier constat, l’année scolaire en France est l’une des plus courtes des pays OCDE, 144 jours (contre 187, moyenne OCDE, 184, moyenne dans l’UE). L’objectif de rééquilibrer l’année scolaire supposerait d’intervenir sur trois facteurs : L’alternance période de travail/vacances, la durée des vacances d’été et la définition des zones de vacances.
Le choix du « 7/2 », sept semaines de temps scolaire, 2 semaines de vacances, semble rencontrer l’approbation de tous. Pour aller vers une année scolaire de 180 à 200 jours, le « raccourcissement » des vacances d’été (de deux à trois semaines) est inévitable. Cependant le rapport note les réserves que cette proposition suscite chez les professionnels du tourisme (!!). La réussite scolaire des élèves passe après les exigences des lobbies.
Mettre en œuvre le « 7/2 » implique une redéfinition du zonage. Le passage de trois à deux zones est la solution avancée. Se pose alors la question de l’équilibrage géographique. Avec l’académie de Bordeaux, les 3 académies parisiennes constituent aujourd’hui à elles seules une zone.

Enfin la question du Baccalauréat est posée, si l’allongement de l’année scolaire s’avérait impossible. Le respect des 36 semaines de cours fixées par la loi (art. L 521-1 du code de l’éducation) devrait conduire à une modification (transformation ?) de l’épreuve terminale. Et le rapport de conclure sur une proposition énoncée par Philippe MEIRIEU, le recours au système d’unités capitalisables, c’est-à-dire une refonte des modalités d’attribution du diplôme. Reste que « la prudence généralisée » est de mise, compte tenu de la charge symbolique du Baccalauréat.

La lecture du rapport TABAROT montre à quel point le fait de repenser les rythmes scolaires revient à se poser la question de l’organisation d’ensemble du système éducatif. Une question en entrainant une autre, la question du temps de travail des enseignants et de sa redéfinition est clairement posée. Comme l’est celle du poids des lobbies touristiques. Il apparait évident que tout pouvoir politique considérera les impacts économiques globaux selon les conceptions idéologiques prédominantes, avant d’engager le début d’une réforme des rythmes scolaires. Autant dire que l’actuel pouvoir néo-ultra-libéral ne mettra pas trop de bâtons dans les roues des acteurs économiques. De toute façon, ce pouvoir organise avec méthode la casse du système éducatif.

Et c’est là que le bât blesse: les acteurs de l’éducation n’ont plus confiance. Le fossé s’est creusé de façon inexorable entre la gestion sarkozienne de l’Ecole et les professionnels du terrain. En ce début 2011, les grandes qualités de communication de Luc Chatel semblent impuissantes face à la morosité prégnante.

Alors ce débat, une réelle volonté de trouver des solutions pour mieux faire réussir les élèves, ou une usine à gaz supplémentaire ?

Merci à la section socialiste de St Priest

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