Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

12 janvier 2011

Jean-Louis Nadal, courageux, mais trop tard !

Filed under: 07 - Justice — iledere @ 6:30

Galerie objectif-magistrat (Flickr - cc)A la veille d’une année où s’annoncent de multiples dangers pour l’indépendance de la Justice, Philippe rend un hommage critique au Procureur général de la Cour de Cassation.

Jacques Séguéla qu’on fait parler de tout parce qu’on attend avec impatience sa prochaine « bourde » donne son avis sur les programmes de télévision. A propos de LCI, il croit être spirituel en évoquant sa crainte de devenir, en substance, « un vieux con et BCBG » (TV Magazine le Parisien) ! Il y a déjà au moins une part de vérité.

Je suis effaré – c’est un tout autre sujet – par le pillage des blogs par la presse écrite, notamment pour tout ce qui concerne les tribunes et les libres opinions. Il ne s’agit pas de laisser croire que la matière de l’actualité n’appartient pas à tout le monde et qu’elle n’est pas susceptible de mille variations souvent sur les mêmes thèmes. Il n’empêche que les blogs réagissent au « quart de tour » et qu’on ne peut qu’être surpris, quelques jours après la publication de billets ici ou là, de constater la reprise de sujets et de titres sur un mode très similaire. Quand je lis par exemple le récent point de vue de Luc Ferry sur Stéphane Hessel et son titre dans Le Figaro, j’ai le droit, sans vanité aucune, de m’interroger. Je pourrais mentionner d’autres étonnements. Les blogs, par honnêteté, citent leurs sources médiatiques – en tout cas, je le fais – et on se demande pourquoi les quotidiens et les hebdomadaires (sauf Le Monde, je l’ai constaté) n’agissent pas de même avec les blogueurs.

Je retarde, je retarde. Sans doute l’objet principal de ce billet est-il délicat à traiter parce qu’il appelle des éloges – le procureur général Jean-Louis Nadal à la Cour de cassation les mérite – et des regrets.
En effet, ce très haut magistrat – le deuxième de France après Vincent Lamanda le premier président qui semble avoir été aiguillonné, lui aussi – a prononcé un discours qui a marqué les esprits, lors de la rentrée de la Cour de cassation, en l’absence du président de la République et du Premier ministre. C’était la dernière intervention officielle de Jean-Louis Nadal.

Dans notre monde où le feutré, habituellement, l’emporte sur le direct et l’hypocrisie sur la vérité, il est clair qu’on a rarement été habitué à une telle oralité sans détour et visant le coeur de la cible politique. Facile de comprendre que Jean-Louis Nadal mettait en cause certains propos présidentiels et ministériels en même temps d’ailleurs qu’il critiquait le comportement du procureur Courroye et relevait que « le parquet est maintenant proche d’un état de coma dépassé » (lepoint.fr, nouvelobs.com, Mediapart). Plus grave et plus intrépide, son propos à l’encontre du Conseil supérieur de la magistrature incapable d’avoir su s’affirmer face à certaines nominations choquantes parce qu’injustifiables (le Monde). Il y a eu là une verdeur intellectuelle et l’expression d’une justice musclée, mais qui arrivent trop tard. On attend souvent les rituels pour s’exprimer même si pour une fois, Jean-Louis Nadal nous a sortis de l’ordinaire de ces grandes « messes » à la fois pompeuses et inutiles. Il est vraisemblable que son courage n’est pas étranger au fait que bientôt un autre occupera son poste et que c’en sera fini pour lui de son ambition toujours contrariée de promouvoir une justice de qualité, indépendante et fière d’elle-même.

S’il n’est pas vain de rappeler au pouvoir politique qu’il doit respecter les décisions de justice et ne pas inciter les citoyens à « maudire leurs juges », je ne crois pas que ce soit là l’essentiel de ce qui ne cesse d’opposer les politiques aux magistrats. Nous avons connu une année 2010 fertile en rebondissements, en scandales, en abus. Nous avons subi – jusqu’à la saisine de Bordeaux – une gestion déshonorante, aussi bien pour le corps judiciaire que pour les citoyens, des affaires Woerth-Bettencourt. Nous avons remarqué la désinvolture méprisante avec laquelle MAM, précédent garde des Sceaux, avait renvoyé dans ses cordes le procureur général Nadal qui pourtant avait mille fois raison. Nous avons à affronter maintenant  le forcing présidentiel, avalisé par Michel Mercier, pour imposer des jurés dans les tribunaux correctionnels.

Même si la lucidité et d’inévitables contraintes conduisent à le réduire, ce projet reste en lui-même  techniquement mauvais et judiciairement inopportun (Le Parisien) par rapport à la démocratie des cours d’assises à sauvegarder absolument. 2011 verra un certain nombre d’affaires emblématiques être jugées soit en appel correctionnel soit aux assises. Tous les jours, probablement, l’Etat de droit – avec, en particulier, la réforme à venir de la garde à vue – aura à être défendu à la fois contre les assauts des jusqu’au boutistes sulpiciens et des régressifs bornés. Contre la haine de la police d’un côté et le refus systématique du changement de l’autre.

Il n’y a pas une minute de notre vie démocratique qui, sur le plan judiciaire, n’exige pas vigilance, présence, détermination, audace et morale. Je persiste à penser que l’honneur de la très haute hiérarchie judiciaire – la politique parce que le pouvoir lui plaît et qu’elle plaît au pouvoir – doit être de s’attacher moins à des positions qu’à des principes. En ce sens, Jean-Louis Nadal a été formidable mais limité lors son fameux discours. Il a attendu trop longtemps pour parler, signifier, alerter, enjoindre. Il aurait dû le faire à chaque seconde. Publiquement car peut-être l’a-t-il tenté dans les coulisses ? Et Jean-Louis Nadal est celui qui n’a pas eu peur, parfois, de mettre notre honneur au premier plan ! Alors imaginons tous les autres qui se taisent, agréent, se plient, espèrent et nous laissent rêver de chefs qui en soient de véritables. La Cour de cassation n’aurait jamais dû se laisser traiter d’assemblage de « petits pois » sans réagir. Cela a commencé là. Une humiliation acceptée crée des dégâts pour toujours.
Bonne chance au citoyen Nadal.

Philippe Bilger pour Marianne2.fr

Une réponse à “Jean-Louis Nadal, courageux, mais trop tard !”

  1. BA dit :

    Les idées du FN gagnent du terrain… surtout à l’UMP.

    22 % des Français se disent d’accord avec les idées défendues par le Front national, un chiffre en hausse de 4 points par rapport à l’an dernier, mais qui reste minoritaire et stable sur le long terme, révèle mercredi 12 janvier un baromètre TNS-Sofres pour Le Monde/Canal+/France Inter, qui note une forte progression de l’image du FN chez les sympathisants UMP.

    S’agissant de la question délicate politiquement des alliances électorales avec le FN, ce baromètre montre une forte évolution des sympathisants UMP en leur faveur.

    Ils sont ainsi 35 % (+16) à estimer que leur parti devrait en faire « selon les circonstances » et 8 % (+4) à penser qu’il devrait passer une « alliance électorale globale », soit au total 43 % (+20 points) favorables à des accords.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20110112.OBS6083/les-idees-du-fn-gagnent-du-terrain-surtout-a-l-ump.html

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