Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

25 janvier 2011

Entretien avec Eric Verhaeghe, cadre démissionnaire du Medef

Filed under: 06 - Travail-Entreprises — iledere @ 6:28

En rupture avec l’organisation patronale, qu’il représentait au sein de différents organismes paritaires, il livre une analyse radicale de la pensée unique au Medef.

Depuis que vous avez claqué la porte du Medef, la FFSA (Fédération française des sociétés d’assurance) où vous conserviez un mandat a lancé une procédure disciplinaire contre vous. Où en êtes-vous ?
Je suis convoqué mardi prochain dans le cadre de cette procédure disciplinaire mais je tiens à préciser que j’ai appris tout cela par la presse. C’est d’autant plus surprenant que j’avais prévenu les dirigeants de la FFSA de mes désaccords moraux avec le Medef dès la mi-décembre et que ceux-ci m’avaient alors demandé de rester. J’ai aussi depuis reçu beaucoup de soutiens, au sein du patronat, de personnes qui saluent ma démarche.

Quel est le sens de votre rupture avec l’appareil patronal ?
Je crois que la crise de 2008 a ouvert un droit d’inventaire. Je suis d’une génération qui a toujours connu la crise (ndlr : Eric Verhaeghe a 42 ans) et, après l’effondrement du mur de Berlin, l’économie de marché comme horizon indépassable. Nous pensions qu’en assurant le développement de cette économie de marché, on assurerait une prospérité générale avec le mythe d’un retour aux trente glorieuses. Après la décennie des années 90, marquée par les allègements de charge et l’abaissement du coût du travail, celle des années 2000 marquée par une modération salariale, on a finalement abouti à la crise financière de 2008 qui est une crise systémique, totalement imputable à la cupidité de la sphère financière.

Dans votre livre vous semblez découvrir des réalités économiques qui ne datent pourtant pas d’hier : que la croissance n’a jamais réduit les inégalités sociales, qu’il existe des liens incestueux entre l’État et les grandes entreprises…On n’apprend pas ça à l’ENA ?
Mon livre ne prétend pas révolutionner l’analyse économique. Le constat que je fais, tout le monde peut le faire aujourd’hui. Je me fonde sur des données issues de rapports officiels, accessibles à tous. La vraie question est surtout : comment est-on parvenu à créer du consentement à un système qui n’a aucun fondement économique ? Comment on arrive à convaincre les gens de la nécessité de baisser le coût du travail ? Il faudrait sur ce point revenir à l’analyse de Chomsky de la fabrique du consentement. La crise nous a appris une chose : le roi est nu. Le monde n’est pas tel qu’on nous le décrit.

Pour ce qui concerne l’ENA… Tout le monde sait qu’elle est une école de la pensée unique. Je me souviens d’un camarade durablement stigmatisé parce qu’il avait osé demandé s’il était possible de défendre un euro faible.

La crise de 2008 signe l’échec du pari rawlsien – selon lequel un système aristocratique est favorable, in fine, à l’ensemble de la société. Cette crise a aussi montré que notre système n’est plus capable de se pérenniser autrement que par la dette. Mais la facture va tôt ou tard nous être présentée. Il faudra alors qu’on ait des explications et notamment la liste de tous ceux qui ont tiré parti de cet endettement qui est peu ou prou celle des bénéficiaires du bouclier fiscal.

Pensez-vous vous engager politiquement ?
Je ne suis pas un homme de parti. L’offre politique d’aujourd’hui ne correspond pas, selon moi, aux questions de notre temps.

Lucie Delaporte pour Bakchich info

2 réponses à “Entretien avec Eric Verhaeghe, cadre démissionnaire du Medef”

  1. babelouest dit :

    Washingto delenda est

    Comme dans les pires perspectives de science-fiction, les ennemis du genre humain sont des ordinateurs qui jouent en bourse mille fois par seconde la même valeur, sans en connaître les bases réelles. Et ceux qui mettent en route ces ordinateurs bien sûr. Big Brother Is Watching You, Big Brother Is Crashing You.

  2. La main gauche dit :

    A classer dans la rubrique « Les appels du 18 juin – nouvelles versions » !

    On nous aurait donc menti, le plus grand danger qui nous menace ne serait pas la montée de l’islamisme radical mais la cupidité de la sphère financière, le plus grand ennemi de nos sociétés dites « civilisées » ne se nommerait pas Ben Laden mais Ben’éficiaire du bouclier fiscal !

    J’en reste comme deux ronds de flan !

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