Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

9 février 2011

Une France qui se paie de maux

Filed under: 07 - Justice — iledere @ 6:30

Tout bouillonne mais quelque chose va-t-il changer ?

Quoi qu’on pense des propos orléanais du président de la République, il est clair que son intervention à ce niveau ne relève pas de ce que les citoyens attendent de leur chef de l’Etat qui à force de s’engager dans des controverses dramatiques mais particulières va se voir dénié tout souci de l’intérêt général. Il est évident que l’intense polémique de ces derniers jours va altérer l’image de la France. Un président en combat avec l’un des corps qui structurent et garantissent  l’Etat de droit et la démocratie, ce n’est pas courant ! Ce serait risible si ce n’était pas dévastateur. La France a-t-elle besoin de ce mal ?

Que dire aussi de l’interminable et choquante palinodie, du feuilleton pitoyable et honteux qui chaque jour davantage justifieraient une démission de Michèle Alliot-Marie et de son compagnon pourtant toujours soutenus par le président et son Premier ministre ? La République n’est pas seulement mise à mal avec ces équipées tunisiennes, on la met carrément entre parenthèses !

Egrenons.

Aller passer les vacances en Tunisie, du 26 décembre au 1er janvier, quand on est ministre des Affaires étrangères et qu’on représente la France partout où l’on se trouve, signe un défaut d’intelligence, un manque total de discernement, de la « bêtise » comme l’a déclaré Daniel Cohn-Bendit qui n’est pas tenu à mes précautions de langage. En elle-même, une telle démarche, si aberrante qu’elle offense même le simple bon sens, aurait dû entraîner dans l’urgence le départ de MAM.

Elle aurait rencontré de manière inopinée son AMI tunisien Aziz Miled. Mensonge.

Elle aurait séjourné avec son compagnon et sa famille dans un hôtel de luxe à Tabarka appartenant à ce même Miled. Elle aurait réglé les frais mais ne se souvient pas au nom de qui la facture aurait été établie. Etrange.

Aziz Miled aurait été une victime du régime de Ben Ali. Tout laisse penser le contraire (Mediapart) et le nouveau pouvoir tunisien enquête sur lui. Mensonge.

Elle aurait effectué une visite touristique avec des amis à la fin de l’année 2010, sans préciser davantage.  Mensonge grave par omission. Elle a survolé, et ses proches avec elle, des villes en colère dans le même Jet privé l’ayant déjà transportée à Tabarka. Elle s’est rendue à Tozeur avec, toujours, Aziz Miled.

MAM et son compagnon donnent des dates différentes pour la tentative d’immolation par le feu du jeune homme le 17 décembre. Elle évoque la fin du séjour et lui, le début. Inquiétant pour un ministre des Affaires étrangères.

On découvrira peut-être d’autres « curiosités ». Les déclarations de MAM scandées par un « je ne démissionnerai pas », comme si c’était à elle de décider puisqu’elle n’a pas eu la décence de quitter son poste spontanément, sont en elles-mêmes pathétiques en « singeant » la résolution devant une épreuve que précisément on ne lui fait pas subir (Rue 89) !  Elle qui a le front de donner des leçons de gaullisme notamment à Dominique de Villepin qui, après avoir été trop indulgent avec elle, a  dénoncé avec retard le « deux poids deux mesures » que le 3 février déjà j’avais incriminé ! Ce n’est pas le judiciaire qui est intouchable mais le politique.

Il n’est  même pas nécessaire, pour accabler encore davantage le ministre, de relier ces survols tunisiens et cette complaisance de l’ami Miled à sa déclaration proposant le savoir-réprimer de nos policiers à Ben Ali.

Continuons d’égrener.

Je ne le referai plus. J’ai été naïve. Je n’ai rien vu et tout était à peu près calme. Je passerai mes vacances en Dordogne. Je m’excuse auprès de ceux qui ont été choqués. Je ne suis pas ministre quand je suis en vacances. Je n’emprunterai plus jamais de Jets privés. J’ai le droit d’avoir des amis (le Parisien).

Ces repentances et explications puériles, celles d’une élève prise en faute mais non punie – elle est tout de même revenue sur son affirmation d’un statut de ministre par intermittences, ce qui montre que Jean-Marc Ayrault ne profère pas que des insultes – rendent comique une attitude qui, profondément, blesse le Pouvoir qui n’est pas rancunier-, la démocratie, l’équité et l’allure. L’incompétence est un titre de médiocrité. Son maintien est une honte, pas seulement par contraste avec la présomption de culpabilité qu’on a fait peser de manière précipitée et provocatrice sur la magistrature, qu’elle ait été visée totalement ou partiellement par un président ayant allégué en plus l’existence d' »un présumé coupable ». Défi supplémentaire ou ignorance ? Aucune option n’est rassurante (nouvelobs.com, JDD.fr, le Figaro, le Monde).

La magistrature est un grand métier qui a tous les droits pour s’exprimer dès lors qu’il s’agit de morale publique et de devoir républicain. J’ai toujours pensé que l’exercice juste, intelligent, sensible de nos responsabilités capitales ne nous rendait non seulement pas étranger à la chose politique, qui n’est pas culte du partisan, mais naturellement familier avec le domaine de l’Etat, de son éthique et de sa capacité de rassembler autour de valeurs admises par tous.

La France se paie de maux. En a-t-elle le droit, en a-t-elle le temps ?

Par Philippe Bilger pour son blog « justice au singulier« 

3 réponses à “Une France qui se paie de maux”

  1. Rue89 dit :

    Les dirigeants en vacances : comment ça se passe à l’étranger
    Par Rue89

    Après la polémique sur les voyages de Michèle Alliot-Marie en Tunisie et celles de Fillon en Egypte, Nicolas Sarkozy vient de demander à ses ministres de privilégier les vacances en France.

    Qu’en est-il des politiques occidentaux ? Où Berlusconi, Obama ou Merkel passent-ils leurs congés et comment les financent-ils ? Tour d’horizon.

    Grande-Bretagne : Cameron le prudent

    En Grande-Bretagne, le spectre de Tony Blair hante encore les couloirs de Downing Street. Connu pour son goût du luxe, l’ancien Premier ministre travailliste a multiplié les destinations exotiques pendant ses mandats, sans se soucier des aspects éthiques.

    En 2002, Tony Blair et sa famille ont pu découvrir les charmes de l’Egypte grâce à Hosni Moubarak. Le dictateur leur avait offert des vacances tous frais payés à Charm el-Cheikh, au bord de la mer Rouge. Tollé à son retour en Grande-Bretagne. Depuis, l’Egyptien lui a même offert une villa appartenant à l’Etat, que Tony Blair appelle « sa maison secondaire ».

    A noter également que le Britannique était en vacances en Egypte lorsque les premières manifestations anti-Moubarak ont eu lieu. Le 2 février, il a même souligné son affection pour Moubarak, rappelant qu’il est « immensément courageux et qu’il constitue une force du bien ».

    Ses successeurs ont donc retenu la leçon. Si Gordon Brown a privilégié la Grande-Bretagne pour ses vacances, David Cameron a quant à lui préféré annuler son séjour en Thaïlande pour ses vacances de Noël. Il était censé partir en famille dans un luxueux « cinq étoiles » à Phuket. Plusieurs raisons ont été invoquées pour justifier cette annulation :

    * le coût de sa sécurité à la charge du contribuable (50 000 livres – près de 60 000 euros – pour cinq gardes du corps) ;
    * l’action des associations de défense des droits de l’homme qui ont condamné la Thaïlande pour ses abus ;
    * le risque d’énerver les Britanniques en période de restriction budgétaire.

    Le sujet des voyages de chef de l’Etat déchaîne la presse anglo-saxonne. Le journal The Independent est ainsi allé fouiller dans le lointain passé de David Cameron. En 1989, l’actuel Premier ministre avait bénéficié d’un voyage tous frais payés en Afrique du Sud, alors que Nelson Mandela était en prison et que le peuple luttait contre le régime de l’apartheid.

    Etats-Unis : les « vacances spectaculaires »

    Les présidents américains ont tendance à rester « à domicile » pour leurs vacances. Mais la tradition veut qu’ils paient intégralement leur séjour.

    Barack Obama avait fait des vagues pour ses premières vacances en tant que Président, en choisissant le luxe de l’île de Martha’s Vineyard. Depuis, il a préféré séjourner dans l’Etat où il a grandi : Hawaï.

    Mais si le chef de l’Etat a réglé lui-même la facture de son séjour, il n’en va pas de même pour tout ce qui concerne sa sécurité. Un coût d’environ 500 000 euros selon les calculs du Telegraph. Le Président n’a pas payé non plus le voyage à bord d’Air Force One, évalué à un million de dollars (plus de 730 000 euros)

    Michelle Obama avait quant à elle été critiquée lors de la première année de mandat de son mari. Au total, elle avait effectué huit séjours privés, dont un en Espagne. Là encore, la sécurité est à la charge du contribuable, ce qui n’a pas toujours été vu d’un très bon œil.

    Mais c’est Dick Cheney qui a créé la plus grosse polémique sur ses luxueuses vacances. Alors vice-président de Georges W. Bush, il avait pour habitude d’organiser régulièrement des parties de chasse hors de prix dans d’immenses propriétés.

    Les Américains avaient finalement tourné l’affaire en dérision en créant un spectacle de cabaret intitulé « Les Vacances spectaculaires de Dick Cheney ». Au programme, un répertoire de chansons cyniques « Georgie baby, could you dissolve the EPA ? » (« Georges, mon chéri, pourrais-tu dissoudre l’Agence de protection de l’environnement ? »), ou encore « We do what’s wrong and call it right » (« Nous faisons le mal mais nous l’appelons le bien »).

    Espagne : jogging et lecture pour Zapatero
    A cause de la crise, José Luis Rodriguez Zapatero, président du gouvernement espagnol, a décidé de ne s’offrir que deux escapades cet été : des week-ends prolongés entre fin juillet et le 20 août.

    Ses destinations : sa ville natale de León, en Castille-et-León, où il adore pêcher la truite avec son père et son frère, et un grand domaine boisé qui appartient à l’Etat, situé vers la cité historique de Tolède.

    Il a aussi profité d’un hélicoptère pour aller visiter les vestiges préhistoriques d’Atapuerca, au nord de l’Espagne, où a été inaugurée l’exposition sur la sexualité de nos ancêtres.

    Selon El Mundo, Zapatero a dédié ces pauses estivales à la marche avec son épouse, Sonsoles, une choriste soprano allergique aux médias, à la lecture d’Haruki Murakami, María Dueñas et Ismail Kadaré, et à se baigner dans une piscine et à faire du jogging.

    Il n’a apparemment jamais utilisé de jets privés pour ses vacances – il opte pour des avions et hélicoptères militaires dans un contexte résiduel de menace terroriste – et reste surtout en Espagne depuis son arrivée au pouvoir en 2004.

    Il n’est pas à plaindre pour autant. D’accord, il ne profite pas des largesses de puissants hommes d’affaires, mais il opte pour de somptueuses destinations : le parc naturel de Doñana, en Andalousie, ou encore Lanzarote, une île des Canaries où il loge dans des résidences historiques appartenant à l’Etat et dont les coûts d’entretien sont gérés par le « patrimoine national ».
    Belgique : seul le roi voyage aux frais de l’Etat

    Régime d’exception pour le roi et la reine, qui ont la jouissance des trois avions nationaux. Les membres du gouvernement, eux, ne peuvent utiliser les avions de l’Etat pour leurs voyages privés. Les enfants du couple royal se contentent des avions de ligne pour leurs déplacements privés.

    Quant aux destinations, la France et l’Italie ont la faveur des hommes politiques. Les crises de gouvernance qui secouent le pays depuis plusieurs années ont contraint à plusieurs reprises les premiers ministres à interrompre leurs séjours, ce qui explique ces choix de proximité.

    Dans un contexte où la classe politique souffre d’un discrédit majeur, des vacances « bling-bling » seraient jugées indécentes.

    Allemagne : Merkel, une femme d’habitude
    En Allemagne, la presse ausculte les vacances de ses représentants politiques. Le moindre débordement est l’objet d’un scandale national.

    En septembre 2001, le ministre fédéral de la Défense, Rudolf Scharping, utilise un avion de l’armée pour aller passer une nuit avec sa compagne, alors aux îles Baléares. Malgré le scandale, il reste en fonction.

    Angela Merkel reste très discrète sur ses vacances. La destination peut même parfois rester secrète. On sait toutefois que la chancelière allemande est une femme d’habitude :

    * l’île d’Ischia, au large de Naples, à Pâques ;
    * l’été, les Alpes allemandes, italiennes ou autrichiennes (mais toujours germanophones) ;
    * étape à Bayreuth, en Allemagne, où elle assiste avec son mari à la soirée d’ouverture du Festival Wagner.

    Un style austère qui semble séduire outre-Rhin, puisque 35% des Allemands déclarent qu’ils partiraient volontiers avec elle en vacances.

    Scandinavie : un seuil de tolérance bas
    La Scandinavie est fidèle à sa réputation intègre : aucune affaire similaire à celles de MAM ou de Fillon n’y a éclaté ces dernières années.

    Selon un étudiant norvégien adhérent au Parti social-démocrate, la Scandinavie n’est pas comparable à la France, « qui a la réputation d’avoir des hommes politiques liés aux régimes dictatoriaux ». Si les scandales existent, ils ne semblent pas aussi fréquents et sérieux, et les coupables ne restent pas impunis.

    ► Suède : l’affaire toblerone

    Mona Sahlin, alors vice-premier ministre et candidate à la présidence du Parti social-démocrate, a démissionné en 1994. Sa faute : avoir utilisé, pour régler des frais personnels, sa carte bancaire professionnelle. Parmi les 5 000 euros retirés, la dirigeante avait acheté deux barres de Toblerone.

    Selon Cyril Coulet, chercheur à l’Institut suédois des relations internationales, la distinction entre la charge publique et la vie privée est beaucoup plus forte en Scandinavie :

    « Les habitants n’ont pas du tout le même niveau de tolérance. »

    ► Norvège : les tapis afghans

    En septembre 2010, le ministre des Affaires étrangères norvégien Jonas Gahr Støre a dû rendre les tapis reçus lors d’un voyage officiel en Afghanistan. La loi norvégienne oblige en effet les hommes politiques à déclarer les cadeaux qu’ils acquièrent et à payer une taxe.

    Cyril Coulet n’est pas étonné que cette affaire ait agité la presse nationale :

    « Cela ne concerne pas le cadre privé à proprement parler, mais c’est très révélateur du rapport qu’entretiennent les Norvégiens avec les avantages indument acquis dans le cadre de l’exercice professionnel. »

    Italie : les dix-huit propriétés de Berlusconi

    Silvio Berlusconi a l’habitude de prôner les vacances « au pays ». Le président du Conseil n’a d’ailleurs pas hésité à prêter sa voix au spot publicitaire d’un tour operator qui vante les mérites de l’Italie. Cette habitude lui a valu les railleries de la presse britannique en août 2009 :

    « Naturellement, avec dix-huit propriétés, rester au pays ne doit pas être aussi ennuyeux que pour la majeure partie de la population. »

    Rester en Italie ne signifie pas éviter les scandales. Le Cavaliere a régulièrement médiatisé ses vacances, cherchant ainsi à valoriser son image et à apparaître proche des Italiens.

    Dernière histoire en date : à l’été 2009, il avait promis de se rendre plusieurs fois dans les Abruzzes, où un tremblement de terre tragique avait eu lieu en avril. S’il a tenu sa promesse, il n’a pas hésité à détailler toutes ses vacances : visites avec ses petits-enfants et cure amaigrissante étaient aussi au programme.

    Japon : pas de vacances, juste de la détente
    Les ministres en fonction ne prennent pas de vacances au sens où on l’entend en Europe. Mais des moments de détente sont toujours prévus au cours des rencontres officielles à l’étranger. Par exemple, il est fréquent qu’un ministre en profite pour disputer une partie de golf. Le tout aux frais des contribuables.

    Le terme utilisé pour parler des voyages à l’étranger des hommes politiques résume à lui seul l’idée : Gaiyu (外遊) peut être traduit par « aller s’amuser à l’étranger », nous explique Actu Japon. Selon le site francophone, avec 51 voyages à l’étranger dans 48 pays entre 2003 et 2006, le Premier ministre Junichiro Koizumi est connu comme étant celui qui a le plus voyagé à l’étranger au cours de son mandat.

    La presse japonaise ne se prive pas de critiques à l’égard de ce mode de fonctionnement. Elle suit de près les destinations des membres du gouvernement au cours de la Golden Week, série de jours fériés au Japon : Afrique du Sud, Suisse, France, Mexique, Vietnam, Australie, etc.

    Charlotte Chabas, Elodie Cuzin, Violaine Jaussent, Marie Kostrz et Mathieu Molard

  2. serge dit :

    Ils n’ont fait que suivre l’exemplarité de leur chef ( pot entre « amis » au Fouquet’s suivi d’une croisière, dès le soir de son élection).

  3. babelouest dit :

    L’affaire est d’autant plus amusante que selon le « Canard Enchaîné » à paraître aujourd’hui, le premier ministre himself aurait été pris lui aussi le doigt dans la confiture : http://www.la-croix.com/afp.static/pages/110208151419.fowuh9ft.htm l’AFP révèle que, pour amortir le choc, il s’est lui-même dénoncé avant la navrante publication de l’article accusateur.

    Ce n’est même plus de la pourriture, ma bonne dame : le fruit est tombé, on ne voit plus que les fourmis qui le recouvrent. Et pendant ce temps-là, le chef en chef (faut ben çà) va de Paris à Bruxelles dans deux avions en même temps : quelle dextérité ! Quel coût aussi, quand on peut avoir un aller simple entre les deux villes pour 42 euros en cherchant bien.

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