Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

24 février 2011

Des voix s’élèvent à droite pour une démission de MAM

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 6:30

«Ce n’est pas tenable, même pour Michèle Alliot-Marie elle-même. Elle ne peut plus travailler, elle ne peut plus aller en Tunisie. Tout le monde a un profond respect pour elle, ce n’est pas problème personnel, là il y a un problème politique pour notre pays, c’est notre crédibilité qui est en jeu.» Voilà ce que confie à Mediapart, sous couvert d’anonymat, un député de la majorité.

«On est toujours en off? …en fait, je ne crois pas qu’elle tienne encore un mois. On ne peut pas rester un mois comme ça avec ce qui se passe dans les pays arabes. Ca me paraît difficile. Démissionner est la meilleure solution», ajoute-t-il. «De plus en plus de parlementaires UMP le pensent. Beaucoup n’osent pas le dire.»

Certains se jettent aujourd’hui à l’eau, après avoir paru bien embarrassé la semaine dernière à l’assemblée nationale par rapport à la polémique touchant la ministre des affaires étrangères (lire notre reportage du 16 février). L’ex-premier ministre (et sénateur de la Vienne) Jean-Pierre Raffarin a appelé mardi Nicolas Sarkozy à une «initiative politique», un «remaniement», après les cantonales de mars. Le député de Paris Bernard Debré réclame lui aussi un remaniement «pour mettre à plat (…) ne serait-ce que le problème de la politique étrangère». «On ne peut pas continuer à avoir une politique étrangère aussi affaiblie. C’est Michèle Alliot-Marie, c’est la cellule étrangère de l’Elysée», a-t-il asséné.

Interrogé par Mediapart, Marc Laffineur, vice-président de l’assemblée nationale, estime qu’«il faut prendre des initiatives importantes pour pouvoir recoller les morceaux». Pour ce proche de Jean-Pierre Raffarin, «il y a un véritable problème vis-à-vis de la diplomatie française actuellement, elle est très affaiblie». «C’est vrai qu’on n’a pas suffisamment anticipé ce qui s’est passé dans les pays arabes, et que les déclarations des uns et des autres n’ont pas aidé, reconnaît-il. C’est sûr qu’on a pas toujours été très adroit. On n’a pas été les seuls, mais nous on avait une très grande proximité avec la Tunisie. Le peuple tunisien n’a pas compris, les peuples du Maghreb en général non plus.»

S’il assure que «l’intégrité (de Michèle Alliot-Marie) n’est pas remise en cause», il porte un regard très critique sur la gestion de cette affaire par MAM: «Ca ne crédibilise pas son discours de dire que c’était (Ndlr: la présence d’Aziz Miled à l’aéroport de Tunis, lors de l’arrivée de la ministre et de sa famille,) par hasard. Elle n’a pas donné l’impression qu’elle disait la stricte vérité.» Michèle Alliot-Marie doit-elle démissionner? «Ce n’est pas à moi de le dire… J’ai beaucoup d’estime pour elle, mais il y a un moment où il faut changer les choses de façon importante pour retrouver de la crédibilité», dit-il.

Interrogé mardi par Mediapart, le député de Seine-et-Marne Didier Julia se disait quant à lui «extrêmement déçu de la réaction de la France à l’égard de la Tunisie». «Il y a une méconnaissance totale du terrain. La France s’est coupée de tous les mouvements d’émancipation dans les pays arabes, c’est d’une tristesse infinie. Les gens qui allaient en Tunisie, ils y allaient en touristes, comme Michèle Alliot-Marie. La France aura été le dernier pays à comprendre cette exigence de liberté», assène-t-il.

«Si rien n’est illégal, on peut regretter ses erreurs de communication», estime quant à elle l’ancienne porte-parole de l’UMP, la député de Seine-et-Marne Chantal Brunel.

Le silence de Copé
En off, d’autres élus et responsables UMP confient leurs atermoiements. «On ne va pas pouvoir faire campagne avec Air Ben Ali et Air Moubarak!», ironisait, il y a peu, un autre responsable de l’UMP, en référence aux vacances de MAM et de François Fillon. Mardi, un haut responsable de l’UMP estimait inéluctables les départs du gouvernement de Marie Alliot-Marie, qui «ne peut aller nulle part dans les pays arabes», et de son compagnon Patrick Ollier.

Preuve supplémentaire de la gêne de l’UMP sur le sujet: le silence de son patron, Jean-François Copé, lors de son point presse hebdomadaire. «Ça c’est vraiment l’appréciation du président et du premier ministre. Moi, je n’ai pas à faire de commentaires sur ce sujet. On verra dans les jours ou les semaines qui viennent, je crois que ce qui est important c’est que petit à petit les choses reviennent à l’apaisement», a-t-il dit, refusant de prendre position.

Mardi, pour la première visite offcielle de membres du gouvernement français en Tunise, depuis le départ de Ben Ali, MAM n’était pas du voyage. Christine Lagarde (Economie) et Laurent Wauquiez (Affaires européennes) ont été dépêchés pour recoller les morceaux. L’Elysée préfère envoyer la ministre des affaires étrangères …au Koweit, où elle sera en visite officielle vendredi pour célébrer les 50 ans de l’indépendance de cet état du Golfe. La polémique n’a pas faibli avec la publication, mardi, dans Le Monde, d’une tribune d’un groupe de diplomates français, qui rejettent la responsabilité des «déboires» de la politique étrangère sur Nicolas Sarkozy et son entourage, accusés «d’amateurisme» et «d’impulsivité».

«Le président n’en dit pas un mot, mais la question est posée», reconnaît un membre du gouvernement au sujet d’une éventuelle démission de MAM. «En politique, ça peut aller vite…», sourit le député cité en début d’article. Difficile pourtant d’imaginer Michèle Alliot-Marie, qui semble s’accrocher à son poste après treize années passées au gouvernement (dont neuf d’affilée), démissionner du gouvernement avant la porte de sortie (plus honorable) offerte à l’occasion des cantonales. La ministre continue d’ailleurs de se défendre. Mercredi, elle a jugé la politique étrangère de la France «courageuse et efficace».

Officiellement, l’exécutif maintient son soutien à MAM. Pour François Baroin, «cette question ne se pose pas». «Il y en a un qui décide, c’est le président de la République. Et lorsqu’il accorde sa confiance, ce qui est le cas à l’égard de la ministre des affaires étrangères, il l’accorde pleinement et entièrement», a dit le porte-parole du gouvernement lors du compte rendu du conseil des ministres, mercredi.

Les noms de ses remplaçants potentiels circulent déjà. Alain Juppé (aujourd’hui à la défense) est cité par le Canard Enchaîné comme étant «le premier choix» de Nicolas Sarkozy. Laurent Wauquiez (affaires européennes), ou encore Bruno Le Maire (agriculture, ex-ministre des affaires européennes) sont également évoqués.

«L’affaire MAM» sape en tout cas la énième tentative de «re-présidentialisation» de Nicolas Sarkozy. En procédant à la mi-novembre à un remaniement, le chef de l’Etat espérait en effet redresser la barre de sa cote de popularité, mais aussi laisser croire qu’il avait composé un gouvernement privilégiant les compétences et l’expérience. Raté.

ParMarine Turchi pour Mediapart

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