Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

27 février 2011

La « carabistouille » de Sarkozy pour son cher ami Pierre Charon

Filed under: 20 - UMP,21 - Mensonges de Sarko — iledere @ 6:30

Claude Guéant, Pierre Charon, Carla Bruni et Henri Guaino au palais de Versailles en juin 2009 (Eric Feferberg/Reuters)Ecarté de l’Elysée, le conseiller est devenu chargé de mission pour 9293 euros par mois, grâce à un statut très particulier.

Le Premier ministre n’a pas retenu toutes les leçons de l’affaire Boutin. S’il a encadré les rémunérations des chargés de mission et limité le nombre de conseillers ministériels, il a sciemment laissé une brèche ouverte. L’ancien conseiller de l’Elysée Pierre Charon n’a pas hésité à s’y engouffrer, avec l’appui de son ami Nicolas Sarkozy.

Le chef de l’Etat a pourtant dû l’éloigner du palais pour y avoir créé le malaise. Il avait déclaré le 3 avril sur Rue89 que les rumeurs autour du couple présidentiel pouvaient provenir d’une « espèce de complot organisé, avec des mouvements financiers ». Une semaine plus tard, Pierre Charon était écarté de la réunion matinale de l’Elysée. Le spécialiste en communication perdait aussi la main mise sur l’image de la Première dame.

Le conseiller allait quand même continuer d’occuper un bureau à l’Elysée jusqu’au 22 novembre, date de la cessation officielle de ses fonctions. Mais Nicolas Sarkozy lui a conservé toute son amitié : le 30 janvier, il faisait partie des quarante proches invités à célébrer ses 56 ans. Et le Président l’avait déjà doublement dédommagé :

  • Par un décret du 28 octobre, il l’a d’abord reconduit au Conseil économique, social et environnemental (Cese) au titre des « personnalités qualifiées choisies en raison de leur compétence en matière d’environnement et de développement durable ».
  • Surtout, le 3 décembre, le ministre de la Ville lui a confié une mission sur le Grand Paris. Maurice Leroy en a profité pour « remercier le président de la République d’avoir accepté de mettre l’un de ses plus proches collaborateurs [à son] service ».

« Vous n’êtes pas la police judiciaire ! »
Selon sa lettre de mission, Pierre Charon doit « proposer des orientations et des pistes d’actions concrètes qui permettront d’associer et de rassembler les élus nationaux et locaux, les responsables socio-économiques et associatifs concernés ».

Le Canard enchaîné a révélé ce mercredi le montant des émoluments que lui verse le ministère : 9 293 euros brut mensuels, plus une indemnité de résidence, plus le remboursement de ses notes de frais. Avec à la clé un contrat de cabinet, qui lui permet de rester tant que son ministre est en place, soit potentiellement jusqu’à mai 2012.

Contacté par Rue89, l’intéressé répond, agacé : « Je ne confirme ni n’infirme rien, vous n’êtes pas la police judiciaire ! » Il précise seulement son titre : « Chargé de mission auprès du ministre. » La précision a son importance. C’est ce titre qui lui permet de bénéficier d’un statut très particulier (et d’une telle rémunération). Une source gouvernementale décrypte :

« C’est une carabistouille, une troisième voie utilisée dans quelques ministères, pour recruter des gens sans restriction. »

La double limite imposée par Matignon
Une « troisième voie » car un ministère rémunère principalement deux types de personnels :

  • Des collaborateurs qui forment le cabinet : ce sont les directeurs et chefs de cabinet ; les conseillers politiques, parlementaires, techniques et en communication ; les chargés de mission (simples ou « auprès du ministre », plus haut hiérarchiquement). Fonctionnaires ou contractuels, ils voient leur nomination publiée au JO (Journal officiel) et sautent en même temps que leur ministre.
  • Des chargés de mission qui sont hors cabinet : les ministres peuvent faire appel, pour la réalisation de missions, études et expertises, à des personnes extérieures qui n’ont pas à renoncer à leur activité principale. Recrutés à la discrétion du ministre, leur mission prend fin après le rendu d’un rapport ou la réalisation des tâches demandées.

En raison de restrictions budgétaires dans les ministères et de dérives dans les rémunérations des chargés de mission (telle Christine Boutin et ses 9 500 euros par mois auxquels elle a dû renoncer), François Fillon a strictement encadré le recrutement de ces deux types de personnels :

  • Le nombre de collaborateurs a été limité par deux circulaires du 2 juillet 2010 et du 16 novembre 2010 : 20 pour un ministre de plein exercice, 12 pour un ministre rattaché à un autre ministre, 6 pour un secrétaire d’Etat.
  • La rémunération des chargés de mission a été limitée par la même circulaire du 2 juillet 2010 et un décret du 3 février 2011 : entre 150 et 2 100 euros brut par mois et pour une durée limitée à un an maximum (ou entre 750 et 10 500 euros brut au forfait), selon « la difficulté de la mission, l’importance du travail qu’elle demande et la notoriété ou le degré de qualification du missionnaire ».

Dans quelle catégorie se situe Pierre Charon ?

  • S’il est chargé de mission en tant que collaborateur, il devrait alors être comptabilisé dans le quota de 20 collaborateurs pour un ministre de plein exercice.
  • S’il est chargé de mission en tant que personne extérieure, il devrait alors être soumis aux restrictions de rémunération. Or, avec ses 9 293 euros brut par mois, qui plus est pour une durée qui peut excéder une année, Pierre Charon exploserait ces restrictions et égalerait la « performance » de Christine Boutin.

« On ne peut pas vous répondre à ça »
« Pas du tout », rétorque le ministère de la Ville, qui va alors dévoiler cette « troisième voie » : « Il est membre du cabinet non publié au JO. » Pierre Charon occupe donc une fonction de collaborateur (avec le titre de chargé de mission auprès du ministre), mais sa nomination n’est pas publiée au JO. Il est ainsi à la fois à l’intérieur du cabinet du point de vue des finances, mais à l’extérieur du point de vue des effectifs. Une « carabistouille » qui permet d’échapper à la double limite définie par le Premier ministre.

Cette « carabistouille » est toutefois connue et autorisée par Matignon, qui confirme ce statut à Rue89 : « M. Charon est chargé de mission auprès du ministre, non nommé au JO. » Pourquoi avoir encadré les collaborateurs et les chargés de mission, au nom de la « République irréprochable », si c’était pour conserver cette possibilité d’y déroger ? « On ne peut pas vous répondre à ça. » Il s’agissait donc de simples mesures d’affichage ? « On ne peut pas vous répondre à ça. »

Une autre source gouvernementale se montre plus prolixe. Ce type de contrat existe depuis longtemps à destination de certains personnels spécifiques des ministères, comme les secrétaires, qui n’ont pas de fonction politique mais partent en même temps que leur ministre. Cependant, en raison des limites imposées par le Premier ministre, il est désormais utilisé pour les contourner. Pierre Charon en a profité. « Comme d’autres dans certains ministères », selon la même source.

Co-administrateurs du château de Chambord
Maurice Leroy ne fait pas que rendre service au chef de l’Etat, il renvoie aussi l’ascenseur à Pierre Charon, un ami qui l’a toujours soutenu dans sa quête d’un maroquin. Pierre Charon est néanmoins précieux pour son entregent et il en faut pour mener à bien le Grand Paris. Une mission qu’il effectue sans prendre une place de collaborateur officiel et en pouvant être payé plus que 2 100 euros brut par mois.

L’intéressé n’est pourtant pas dans le besoin. Il est également membre du Cese (3 767,91 euros brut par mois), mais aussi conseiller de Paris (4 095 euros brut par mois), gérant de la société de conseils Janus Consultant (373 000 euros de bénéfices net depuis 2007) et président du conseil d’administration du domaine national de Chambord (Loir-et-Cher).

Cette dernière fonction est occupée à titre gracieux, mais le château des chasses présidentielles n’est pas sans utilité pour étoffer son carnet d’adresses. Siège notamment à ce même conseil d’administration le président du conseil général de Loir-et-Cher, qui n’est autre que Maurice Leroy. Le monde politique est petit. Et rempli de fins connaisseurs des arrangements autorisés.

Par Julien Martin pour Rue89

3 réponses à “La « carabistouille » de Sarkozy pour son cher ami Pierre Charon”

  1. serge dit :

    Le constate que Pierre charron occupe plusieurs cabinets, j’espère que le papier de soie est de qualité !

  2. La main gauche dit :

    le terme « junkies » conviendrait à celui qui, pour 150 euros brut (selon le minimum du décret), continuerait à s’accrocher à un quelconque cercle gravitationnel du pouvoir… mais pour 9293 euros, le terme « dealer » semble plus approprié !

  3. babelouest dit :

    Les relents des fonctions tournant autour du gouvernement incommodent désormais jusqu’au dernier rang des spectateurs. Créer des règles, pour aussitôt les contourner, quelle délicatesse ! Combien, parmi ces surnuméraires, sont réellement indispensables pour la bonne marche de notre pays ? C’est toute une faune qui arpente ainsi la jungle, ni fonctionnaires, ni élus, précairement attachés à un ministre, et en même temps à peu près assurés d’en retrouver un autre si leur mentor du moment est éjecté. Ils ne connaissent ni le SMIC, ni les affres du Pôle Emploi, ni les fins de mois à la rougeur scabreuse. Heureux ? Sans doute, puisqu’ils côtoient en permanence le Pouvoir et ses grisants effets. Des Junkies ?

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons