Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

27 février 2011

MAM et Ollier, symboles sur le départ d’un échec diplomatique

Filed under: 07 - Justice,20 - UMP — iledere @ 12:00

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Cela fait près de deux mois que la France n’a plus de ministre des Affaires étrangères. Deux mois que la titulaire théorique du poste lutte pour sa survie politique face à une accablante série de révélations, plus calamiteuses les unes que les autres, qui entament sa crédibilité personnelle et, nécessairement, celle de la France.

Ce vendredi encore, alors que la Libye est en train de vivre des heures cruciales, la ministre était sur France Info pour défendre son honneur perdu, et publie un texte dans Le Monde, pour voler au secours de celui de la diplomatie de Nicolas Sarkozy face à la fronde de ses propres diplomates.

« Je travaille »
« Je suis cent pour cent mobilisée en tant que ministre des Affaires étrangères. Je ne commente pas les rumeurs parisiennes », a-t-elle ajouté, citée par son entourage.
Le problème est qu’elle répond sur tout sauf sur l’essentiel. « Il n’y a eu aucune action illégale, fautive », explique la ministre, interrogée sur ses aventures en terre tunisienne.
Mais l’action d’un membre du gouvernement ne s’évalue pas uniquement à l’aune légale, mais aussi politique et éthique, et, de ce point de vue, le bilan est accablant. Il va nécessairement coûter son poste à Michèle Alliot-Marie, devenue un boulet pour un pays qui a besoin de reconquérir un territoire diplomatique perdu.

[Selon Le Monde, Nicolas Sarkozy aurait décidé de remplacer Michèle Alliot-Marie « avant lundi », tandis que Challenges.fr croit savoir que MAM et son compagnon Patrick Ollier sauteraient tous les deux, provoquant un remaniement ce weekend qui verrait Alain Juppé remplacer la ministre des Affaires étrangères, lui-même remplacé à la défense par Brice Hortefeux, tandis que Claude Guéant, le Secrétaire Général de l’Elysée, deviendrait ministre de l’intérieur.]

MAM a commis une triple faute :

  • elle s’est compromise avec un membre du premier cercle d’un dictateur qui a eu le malheur d’être renversé peu après son passage ;
  • elle l’a fait alors que les troubles avaient déjà commencé dans le pays, et elle a menti à plusieurs reprises sur la chronologie et le déroulement des faits ;
  • elle a caché le conflit d’intérêt dans lequel l’a placée ce voyage en compagnie de ses parents qui étaient en affaire avec l’individu en question, et ne l’a reconnu qu’à la suite de révélations de presse.

Ce contexte explique qu’elle ait été aveugle à la situation dans ce pays au point de faire, dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, cette offre impensable d’aide sécuritaire à une dictature contestée par une population désarmée.

Alliot-Marie au Brésil pour éviter des « dégage ! » à Tunis
Comme si cela ne suffisait pas, le compagnon dans la vie, dans ce voyage tunisien, et au sein du gouvernement, de Michèle Alliot-Marie, Patrick Ollier, ministre des Relations avec le Parlement, se trouve à son tour embarqué dans le train des compromissions, des mensonges, et des justifications le dos au mur.

Cette fois, c’est de Libye qu’il s’agit, et de ses relations avec celui qui l’appelait son « frère », le colonel Mouammar Kadhafi : un homme qui est plus proche aujourd’hui de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité que de lire les œuvres de Montesquieu que Patrick Ollier se vantait de lui avoir fait découvrir en 2007.

Pendant que Michèle Alliot-Marie se défend avec la plus grande énergie pour sauver son poste, Patrick Ollier en fait de même pour sauver le sien. Sur Public Sénat cette semaine, il s’est livré à un exercice d’autojustification moins arrogant que ses rodomontades de 2007 contre ceux qui avaient protesté contre le faste de la visite de Kadhafi en France, minimisant son rôle là où il se vantait alors de ses excellentes relations avec un homme « qui a changé » disait-il alors.

Le parcours croisé de ce couple au cœur de la République fait rêver : quand l’une était ministre de la Défense, l’autre vendait des armes, comme le raconte le journaliste Jean Guisnel dans un livre récent sur les secrets de la diplomatie des ventes d’armes – « Armes de corruption massive : secrets et combines des marchands de canons », éd. La Découverte).

Avec cette scène émouvante à laquelle a assisté l’auteur : Michèle Alliot-Marie arrive chez Kadhafi pour tenter de lui vendre des armes, et le Guide lui demande d’abord des nouvelles de son compagnon…

Michèle Alliot-Marie est aujourd’hui dans une position peu enviable. Nicolas Sarkozy est contraint de l’envoyer au Brésil pendant que la première délégation française se rend à Tunis sans elle. Car si elle y mettait les pieds, tout Tunis serait dans la rue pour hurler « dégage », à une échelle plus forte encore que les manifs suscitées par son ambassadeur si maladroit, Boris « Petit Sarko » Boillon.

Business as usual… s’il n’y avait eu la révolution
Dans son texte d’une remarquable indigence adressé au Monde, en réponse à la contribution des « Marly , ce groupe de diplomates anonymes qui dénonçaient quelques jours plus tôt le naufrage de la diplomatie française, Michèle Alliot-Marie tente de faire bonne figure et promet des lendemains qui chantent dans la prospective et l’ouverture à la société civile.

Le fait est que Nicolas Sarkozy, qui espérait faire de son « expertise » sur la scène internationale et de sa présidence du G20, l’un des atouts de sa reconquête de l’opinion, se retrouve avec une diplomatie incapable de faire face à l’un des tournants majeurs de ce début de XXIe siècle. Il en est évidemment le premier responsable, la diplomatie étant, de fait, gérée depuis l’Elysée (Cf. la crise inutile, absurde et contreproductive avec le Mexique).

Comment imaginer que, pour se sauver lui-même, il ne va pas sacrifier Michèle Alliot-Marie et Patrick Ollier, victimes expiatoires de cette crise majeure. C’est injuste car sans la révolution tunisienne, ce serait business as usual, pour les vacances des ministres aux frais des dictateurs, pour les combines et connivences de l’ombre, pour les ventes d’armes et leurs inévitables coups fourrés, pour l’indécence érigée en modèle, loin de la « République irréprochable » promise dans le lyrisme de la campagne électorale.

Les Tunisiens, entre autres mérites nombreux de leur révolution, auront eu celui-ci : mettre à nu nos petites et grandes contradictions et faiblesses. Michèle Alliot-Marie et Patrick Ollier, un peu malgré eux, en sont devenus les symboles.

Par Pierre Haski pour Rue89

3 réponses à “MAM et Ollier, symboles sur le départ d’un échec diplomatique”

  1. La main gauche dit :

    Notons, au passage pour Hortefeux, qu’une double condamnation en justice sur son CV vous permet de devenir conseiller spécial de l’Elysée !.. de quoi alimenter le débat sur la récidive !.. mais que fait la justice !!..

  2. serge dit :

    Pour faire de telles déclarations mensongères, elle n’ a fait que cloner son « maître spirituel ».

  3. babelouest dit :

    C’est officiel, elle a démissionné (AFP 17h50 ce dimanche 27/02).
    Aveuglement, ou entêtement buté, elle a accumulé les déclarations mensongères et intolérables. Mais de toute façon, c’est à l’Élysée que tout se décidait.

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