Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

2 mars 2011

Chirac en fugitif institutionnel

Filed under: 07 - Justice,20 - UMP — iledere @ 12:00

À l’approche du procès de l’ex-président, « Intouchable ? Chirac face aux juges » de Thierry Lévêque dessine au scalpel un Chirac naviguant au milieu des affaires.

Du 7 mars au 8 avril prochain, « Chirac, Jacques » comparaîtra devant un tribunal correctionnel pour « détournements de fonds publics et abus de confiance » pour vingt et un emplois litigieux entre 1992 et 1995 à la mairie de Paris.

En regard des montants gigantesques évoqués dans les affaires de corruption (lycées ou HLM), sur lesquelles a plané le nom de Chirac sans jamais être atteint, ce petit dossier, ce « miraculé du Palais de justice » comme le désigne dans son livre Thierry Lévêque, semble peu de chose. En regard des dizaines de millions d’euros des « frais de bouche » également. Et que dire du scandale des faux électeurs avec lesquels le futur président de la République s’était fait élire à la mairie de Paris sans jamais être inquiété…

« De ces parties d’échecs avec la justice, Jacques Chirac est sorti presque vainqueur, sauf sur deux dossiers. » Le 7 mars, il sera jugé également pour « prise illégale d’intérêts » dans une autre affaire dite « des emplois fictifs de la Ville de Paris » dans laquelle Alain Juppé a déjà été condamné.

« La marée des affaires »

Le livre du journaliste judiciaire de l’agence Reuters à Paris, Thierry Lévêque, qui décrit la façon dont Jacques Chirac est passé au travers des mailles judiciaires durant plus de vingt ans, dresse en creux un fulgurant portrait de l’ancien chef d’État.

« Fugitif institutionnel, Jacques Chirac restait aussi fantôme du palais, condamné à contempler du haut de son immunité élyséenne la marée des affaires monter jusqu’à lui et engloutir ses proches, jusqu’à devenir un flot grondant. » L’histoire de cette « fuite judiciaire » dépasse de très loin la personne de Chirac et éclaire tout un monde, celui de cette fin de Ve République qui avait pensé à tout « sauf que le plus haut personnage de l’État puisse devenir justiciable ». Notre monde.

Un exemple ? Le 30 octobre 2009, quand la juge d’instruction Xavière Simeoni signe l’ordonnance renvoyant Jacques Chirac devant le tribunal correctionnel, l’ex-président de la République a quitté Paris.

« Dans un ultime acte de fuite inconsciente et symbolique, le couple présidentiel est parti dans un hôtel de luxe du Sud marocain où il a ses habitudes et dont le slogan est :  »Le monde réel vous semblera à mille lieues ». L’hôtel s’appelle La Gazelle d’or », rappelle cliniquement Thierry Lévêque. Une anecdote à laquelle la « révolte arabe » de ces dernières semaines confère une résonance particulière.

La remise du chiraquisme

Le génie de ce livre documenté, rigoureux, qui suit les faits en les mettant en scène avec talent mais sans fioritures, est de mettre en évidence le décor dominant de la Chiraquie, fait de « fraude électorale, de fonds détournés, d’amis abandonnés, de revirements, de mensonges et de faux-fuyants ». Un décor dont tous les éléments se sont accumulés avec le temps dans les couloirs du Palais de justice, véritable remise du chiraquisme.

Or, Thierry Lévêque connaît tous les recoins, l’histoire et les ficelles du « Palais ». Son ouvrage est bien plus qu’un livre sur Jacques Chirac, son « système » et la veulerie du Parti socialiste à son encontre. Il s’agit d’une limpide démonstration de la grandeur et de la misère de la justice en France. Le vrai sujet d’actualité.

Par DOMINIQUE DE LAAGE pour Sudouest.fr

« Intouchable ? Chirac face aux juges », de Thierry Lévêque, éd. Delavilla, 350 p., 18 €.

Laisser un commentaire

Plate-forme de blogs du Parti socialiste | Propulsé par Wordress Mu | Articles (RSS) et Commentaires (RSS)
Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons Creative Commons