Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

11 mars 2011

L’extravagant plaidoyer d’un chiraquien en faveur de son ancien patron

Filed under: 09 - Evènement,20 - UMP — iledere @ 12:00

La défense de l’indéfendable ne peut se faire que par des leurres, nouvellement appelés « éléments de langage » pour les masquer aux imbéciles. On vient de voir le Premier Ministre à l’œuvre : il en a usé afin d’ innocenter son ancienne ministre des affaires étrangères qui s’était commise avec un suppôt de la dictature tunisienne (1). C’est au tour des amis de l’ex-président de la République, M. Chirac, d’y recourir et de tenter de discréditer les chefs d’accusation qui le conduisent aujourd’hui devant le tribunal correctionnel.

Parmi eux, un de ses anciens conseillers à la Mairie de Paris, M. Jean-François Probst, s’est particulièrement distingué dans une interview diffusée le 7 mars sur France Inter au cours du journal de 13 heures. Par « neutralité » sans doute, la journaliste de service, C. Servajean, s’est contentée de résumer ainsi son point de vue extravagant : « (…) Pour lui tout cela est bien dérisoire, il n’y a pas de quoi fouetter un chat ».

« C’est le Français type comme nous tous, a-t-il, en effet, oser déclarer en parlant de M. Chirac. Un petit peu de resquille comme nous tous, un petit coup de faveur à un copain, ça peut pas faire de mal. Si je donne par mes fonctions un garde du corps gratos ou une voiture à un tel ou une telle, ou un emploi, ça rend service, pourquoi pas ? Chacun comprend bien que comme Giscard ou Mitterrand, comme d’autres il n’a peut-être pas été toujours un enfant de chœur. Alors vous me direz : non, c’est pas bien, il ne fallait pas le faire. Oui ! Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre… »
On retrouve les mêmes leurres employés par le Premier Ministre. Rien d’étonnant à cela : pour transformer le Mal en Bien, les mêmes opérations doivent être inlassablement répétées. Deux leurres nouveaux, cependant font leur apparition.

1- Les leurres de l’euphémisme, de l’amalgame et de la mise hors-contexte
Parmi les leurres usuels, on retrouve l’euphémisme, l’amalgame et la mise hors-contexte.

1- L’euphémisme
L’euphémisme permet d’abord de minimiser à volonté les actes reprochés : des délits supposés, il en fait des actes sinon innocents du moins bénins au regard desquels la procédure judiciaire intentée devient implicitement disproportionnée et donc grotesque, voire malveillante.

Ainsi que deviennent dans la bouche de M. Probst « le détournement de fonds publics » et « l’abus de confiance » reprochés dans une première affaire pour l’emploi de vingt-et-un chargés de mission par la mairie de Paris entre octobre 1992 et mai 1995, et « la prise illégale d’intérêts », dans une seconde affaire où sept permanents du RPR, le parti chiraquien d’alors, auraient été payés par la mairie de Paris entre octobre 1990 et novembre 1994 ? Tout au plus « un petit peu de resquille », « un petit coup de faveur à un copain, (qui) peut pas faire de mal ».
Quant à M. Chirac lui-même, il est présenté comme quelqu’un qui « n’a peut-être pas été toujours un enfant de chœur ». Mais peut-on reprocher à quiconque de ne pas se conformer à l’image non de l’extrême innocence mais de l’extrême candeur ? Est-ce que ça en fait pour autant un délinquant ? Un peu de sérieux tout de même !

2- L’amalgame
Dans le même temps, l’amalgame qui assimile à tort des objets ou des personnes dissemblables, oblitère la différence qui existent entre eux.
– Ainsi M. Chirac est-il assimilé à chaque Français, supposé resquilleur par tempérament : « C’est le Français type comme nous tous. Un petit peu de resquille comme nous tous ». Si ce trait de caractère est reconnu en effet au Français, il y a une marge entre voler un œuf et voler un bœuf, même si le proverbe veut faire croire que le premier larcin conduit au hold-up. Combien de Français peuvent-ils prétendre disposer des masses d’argent que M. Chirac est soupçonné d’avoir brassées et détournées ?
– Un second amalgame assimile M. Chirac à MM. Giscard d’Estaing et Mitterrand. Si l’identification est plus recevable, puisque chacun de ces présidents s’est signalé par des inconduites, peut-elle pour autant exonérer les uns et les autres des faits qu’on leur reproche ? La turpitude des uns n’excuse pas celle des autres.

3- La mise hors-contexte
La mise hors-contexte, enfin, confère à un fait un sens différent de celui que lui donne le contexte où il s’est produit.
– Sortis de leur contexte, les embauches reprochées à M. Chirac deviennent de simples actes amicaux, géréreux et humanitaires : « un petit coup de faveur à un copain, dit M. Probst, ça peut pas faire de mal. Si je donne par mes fonctions un garde du corps gratos ou une voiture à un tel ou une telle, ou un emploi, ça rend service, pourquoi pas ? »
– Replacés, au contraire, dans leur contexte de détournements supposés de fonds public et de constitution de clientèle par faveurs en profitant des fonctions qu’on exerce, ils deviennent des délits. Pis, ils participent à la corruption de la vie publique et à la destruction de la démocratie. Qu’on s’étonne ensuite du succès de l’Extrême-droite !

2- Le leurre de la vaccine
M. Probst agrémente ces trois leurres usuels d’un autre plus subtil, le leurre de la vaccine. Décrit par R. Barthes, ce leurre doit son nom au vaccin dont il imite la fonction : car, comme lui, il inocule des germes inactivés pour susciter des anticorps salvateurs.

– Ces germes inactivés sont ici la reconnaissance d’un peu de mal exprimée par les euphémismes : « un peu de resquille » – « (M. Chirac) n’a peut-être pas été toujours un enfant de chœur. »
– Cette concession doit produire chez l’interlocuteur des anticorps salvateurs qui le disposent à admettre en échange un grand bien : M. Chirac n’est-il pas plutôt victime de sa trop grande générosité en ayant rendu tant de services ? Ou, à défaut, un plus grand mal est dénoncé implicitement : n’est-ce pas une dérive de la justice que de se préoccuper de pareilles vétilles ?3- L’argument ad hominem simulé
Mais M. Probst ne s’en tient pas là : il pousse le bouchon encore plus loin. Il brandit l’argument ad hominem qui consiste à retourner contre son interlocuteur le même grief dont il fait usage. « Que celui qui n’a jamais péché, profère-t-il comme un prédicateur chrétien en chaire, lui jette la première pierre… »
– Préparé par l’amalgame malhonnête qui assimile M. Chirac au « Français type », l’argument ad hominem disqualifie tout juge comme « présumé coupable » d’autres fautes sinon des mêmes. Par cette citation biblique qui vise à stimuler le réflexe d’adhésion chez l’auditeur de tradition chrétienne, M. Probst s’arroge même frauduleusement l’autorité d’un disciple fidèle du Christ pour juger ces « juges forcément coupables » et donc inaptes à juger.
– Mais il ne s’agit que d’un argument ad hominem simulé. L’illusionniste ne doit pas faire illusion : il procède, en effet, à un autre amalgame en assimilant une notion religieuse chrétienne comme « le péché » et une notion civile républicaine « l’infraction à la loi pénale ». La logique de cette confusion est la disqualification de toute loi civile et de l’ institution chargée de sanctionner ses transgressions. Et dans l’attente du Jugement dernier, c’est le caprice de la jungle qui fait la loi !

En quelques phrases, M. Probst a donc conjugué cinq leurres pour transformer des délits supposés en vétilles, voire en excès de générosité, et disqualifier toute accusation. Molière l’a montré dans « Tartuffe » : il n’est pas de turpitude qu’on ne puisse changer en vertu pourvu qu’on use des leurres appropriés. Ainsi la responsabilité du désir illégitime éprouvé par l’hypocrite dévot pour Elmire, la femme de son ami, incombe-t-elle toute à sa grâce et non à sa propre luxure ; son désir est amalgamé à une action de grâces religieuse : il ne peut la voir, en effet, « sans admirer en elle l’auteur de la nature (…) / Au plus beau des portraits où lui-même il s’est peint. » Quant au péché qu’Elmire redoute de commettre en cédant à ses avances, Tartuffe la rassure. Il ne résulte que d’une publicité indélicate envers son prochain dont par charité il faut se garder : « Le scandale du monde est ce qui fait l’offense, / Et ce n’est pas pécher que pécher en silence. »

Par Paul Villach pour AgoraVox

(1) Paul Villach, « L’édifiante leçon d’éducation civique du Premier Ministre sur RTL », AgoraVox, 1er mars 2011.

Une réponse à “L’extravagant plaidoyer d’un chiraquien en faveur de son ancien patron”

  1. babelouest dit :

    Merci de pardonner au pécheur (oui, j’ai fait des études chez les « hommes en robes) les propos qui vont suivre, aussi malséant qu’ils fussent.

    Pour le dialecticien thomiste, ou équivalent, baiser son prochain est légitime, pourvu que nulle publicité ne s’ensuive. (ben quoi, j’ai un peu de lettres, et je m’en sers)

    Bouark….. horreur, et cetera….

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