Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

31 mars 2011

Détruire les casinos et liquider la Française des Jeux : manifeste pour une politique civilisationnelle des jeux

Filed under: 01 - Etudes et analyses,11 - société — iledere @ 6:30

Il est de ces lois qui cristallisent une époque ; de ces lois résumant à elles seules un siècle, un cycle : votée discrètement en mai 2010, la loi d’ouverture à la concurrence des jeux en ligne est de cette catégorie.

Pourquoi ouvrir à la concurrence un système jusque-là entre les mains de personnes publiques ? Des centaines de sites illégaux, des millions de joueurs, et des milliards d’euros qui échappent à la fiscalité… Le statut quo ne suffisait plus ; « Il fallait légiférer » : fatalité législative inquiétante. Mais quelle est donc cette situation intenable ? Comment en est-on arrivé à ce nouveau phénomène de société qu’est cette dépendance aux jeux ? Alors que cette loi va faire l’objet prochainement d’une évaluation par le Parlement et que les partis politiques commencent à se positionner pour 2012, il est grand temps qu’un débat de fond émerge sur la législation en matière de jeux d’argent, une matière sur laquelle le législateur, au fil de son « œuvre », n’est jamais « revenu arrière ».

Constat
Le système actuel est né en deux temps : tout d’abord, l’Etat, après avoir réprimandé ces activités, a toléré le jeu (à la fin de l’Ancien Régime) voyant dans cette tolérance un moindre mal aux méfaits du jeu clandestin qui entraînait des perturbations de l’ordre public, le blanchiment d’argent, des activités clandestines… En tolérant le jeu, l’Etat a souhaité l’encadrer et remédier à ses effets pervers. C’est ici que les évolutions législatives auraient dues s’arrêter. Le deuxième temps de l’histoire des jeux n’est qu’une chute, l’enclenchement d’un engrenage infernal : pourtant tout commençait bien avec la loi du 21 mai 1836, qui demeure toujours le principe, prohibant les loteries de toute espèce. Néanmoins le législateur avait déjà à cette époque la manie d’affirmer des principes et d’y déroger dans le même texte : sont prévues dans cette loi une série d’exceptions pour les loteries destinées à des actes de bienfaisance, à l’encouragement des arts ou au financement d’activités sportives à but non lucratif et autres loteries de faibles ampleurs. Mais c’est l’article 136 de la loi de finances du 31 mai 1933 qui instaure l’exception la plus importante : il habilite le Gouvernement à fixer, par décret, les conditions d’organisation d’une loterie nationale. L’article précise qu’après que l’Etat prélève 100 millions de Francs, le produit de cette loterie est destiné à une caisse de solidarité agricole. Cette loterie nationale est gérée depuis le décret du 9 novembre 1978 par la Société de la Loterie Nationale et du Loto National (SLNLN) qui devient la Française des jeux en 1990 (1). Les gouvernements ont pris l’habitude de compter de plus en plus sur les recettes fiscales tirées des jeux : de là découlent les paradoxes et la schizophrénie de l’Etat, partagé entre une volonté de lutte contre le jeu et le maintien de ses recettes fiscales. Enfourché dans le guidon de notre époque consumériste, on ne s’imagine plus une société où le jeu serait réduit à ce qu’il doit être : un phénomène marginal contre lequel tout gouvernement censé lutte ; contre lequel tout souverain ayant un minimum le sens de l’intérêt général se débat, pour le bien de son peuple, pour l’avenir de sa nation. Au lieu de quoi les gouvernements successifs ont chacun mis du leur dans ce développement anarchique d’un marché qui ne sera jamais maîtrisable, un marché assimilable à un chaos inorganisable qu’on s’entête à organiser. L’Etat n’a pas le droit d’interdire les jeux d’argent aux citoyens. Certes. Mais il n’a pas plus le droit d’être le grand croupier d’un casino géant ! Il ne s’agit pas d’éradiquer le jeu pour des raisons morales. Il s’agit de le tolérer mais « à la marge », en fermant les yeux après avoir mis la conduite de l’Etat en adéquation avec les objectifs affichés par ce dernier, la lutte contre l’addiction.

Propositions
Parce-que la loi doit être au service du bien commun. Parce qu’elle ne doit pas se contenter de s’aligner sur les pratiques sociales. Parce-que le traitement de l’addiction aux jeux est un coût pour la société. Parce-ce que ce coût pourrait disparaître en même temps que les jeux. Pour ces quelques raisons et pour tant d’autres, l’Observatoire citoyen des jeux propose la suppression de la Française des Jeux et l’arrêt de toutes nouvelles ouvertures de casinos (pourraient suivre la coupure des liens entre l’Etat et le PMU et l’arrêt de l’octroi de nouveaux agréments aux opérateurs privés). Seule cette forte volonté politique pourrait enrayer le phénomène croissant de l’addiction ; seules ces mesures fortes stopperont la schizophrénie de l’Etat qui, au passage, gagnerait en crédibilité dans sa lutte contre les opérateurs illégaux ; de telles mesures pourraient rendre notre société plus juste. En somme, ces mesures trouveraient très bien leur place dans le discours d’une « politique de civilisation ».

L’Observatoire citoyen des jeux (citoyen@observatoiredesjeux.fr)

(1) Successivement baptisée Société de la Loterie Nationale et du Loto National (SLNLN) en 1976, puis France Loto en 1989, elle devient en 1990 la « Française des jeux » (FDJ)

2 réponses à “Détruire les casinos et liquider la Française des Jeux : manifeste pour une politique civilisationnelle des jeux”

  1. serge dit :

    @ babelouest

    Ce qui serait intéressant c’est effectivement de vendre l’airbus 330 et de donner en prime son occupant!

  2. babelouest dit :

    Quel politicien osera le faire ? Sans doute le terme « politicien » en lui-même est-il la réponse. Le politicien vit de la politique, de toutes ces petites choses, qui peuvent paraître relativement anodines prises les unes séparées des autres, mais qui toutes ensemble ressemblent à un marais putride. Le politicien aime continuer à bénéficier qui de la voiture de fonction, qui du chauffeur la conduisant, qui du logement de fonction pas toujours justifié, qui des facilités de voyage en train, en avion, des coupe-fils au spectacle, que sais-je…. Comment peut-il, englué dans ces passe-droits difficilement explicables, gérer sainement la nation au niveau où il gravite ?

    Le premier pas vers un assainissement du jeu est un assainissement du jeu politique. Le fait d’y être, de faire partie de cette élite savante ou élue, est d’abord un honneur. Les indemnités ou le salaire d’un représentant du peuple, à quelque niveau qu’il soit, ou d’un grand commis de l’État, devraient revenir à un niveau raisonnable, toutes facilités comprises, comparable à celui d’un médecin spécialiste « ordinaire ». Qu’ils bénéficient d’indemnités décentes pour un secrétariat, correspond à leur fournir un outil de travail, et cela est logique. Pas de cumul, bien entendu. Pas du tout. (excepté conseiller municipal, mais pas adjoint). Le ministère des Finances devra enquêter régulièrement pour qu’il en soit ainsi.

    A partir de là, on pourra demander à ces personnes plutôt désintéressées de faire leur travail, et assainir le jeu sera alors certainement l’une de leurs priorités. Ce sera plus logique que de lancer les policiers et les magistrats à la chasse aux gens qui sont soit-disant « différents », pour quelque prétexte que ce soit. Là encore, pour certains, c’est un jeu, qui coûte très cher à la Nation entière.

    On pourrait faire beaucoup d’économies ainsi, qui seraient si utiles pour aider les plus défavorisés (ceux qui sont pourchassés actuellement, y compris les chômeurs et les travailleurs précaires, que l’on expulse de leurs logements au lieu d’en construire d’autres).

    A vendre : Airbus A330, peu servi, réaménagé récemment, très bon état. Lit, douche, salon. Ou à échanger contre environ 1500 logements sociaux. Bonne affaire.

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