Section socialiste de l'île de Ré
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22 avril 2011

Le son des indépendances africaines

Filed under: 12 - Brèves — iledere @ 12:00

Les évènements de Cote d’Ivoire ont pu exciter la curiosité de la nouvelle génération pour qui les accords de Brazzaville ne font résonner aucun souvenir… La musique africaine, elle, résonne partout dans le monde. Elle connait un succès important et son influence est partout. Court hommage :

« Moi monsieur j’ai eu la belle vie
Au temps béni des colonies
Les guerriers m’appelaient Grand Chef
Au temps glorieux de l’AOF (1). »

A écouter Michel « Bwana » Sardou (2), c’était le paradis, ou presque, au bon vieux temps de la IVe République. De l’autre côté de la Méditerranée, le son de cloche est différent. Engagé en 1944, le mouvement de libération des pays africains connaît un apogée en 1960, quand seize pays recouvrent enfin leur liberté. Cinquante ans après, la France, qui n’est jamais avare en commémorations, déborde de parutions discographiques autour du continent outragé, puis libéré.

Les vingt années suivant les indépendances ont donné lieu à une bande-son dont on peine encore à dénicher tous les trésors. Emblématique de cette période, le classique d’entre les classiques panafricains, Indépendance Cha Cha, du Congolais Grand Kallé, ouvre logiquement le bal du coffret « Afriques indépendantes » (3). Après un premier disque thématique (« Afrique engagée »), cette anthologie en propose quatre autres autour de quatre pays : Mali, Sénégal, Guinée et Congo. A chaque fois, la sélection fait la part belle aux grands orchestres des années 1960 et 1970 — souvent financés par les gouvernements en place afin de célébrer les nouvelles politiques nationales — tout en présentant des productions plus récentes.

C’est également le cas des quatre CD de « Free Africa » (4), réalisé par le même maître d’ouvrage… Ce qui explique sans doute certaines similitudes. Afin de couvrir plus largement la réalité contrastée du continent, se mélangent avec plus ou moins de bonheur les époques et les pays, du joyeux Pata Pata, créé par la Sud-Africaine Miriam Makeba en 1962, à la complainte Saudade, lancée par l’Angolais Bonga dix ans plus tard. Néanmoins, l’essentiel se concentre sur les productions de l’Afrique francophone. Paradoxalement, aucun titre pour témoigner du formidable creuset qu’est l’Algérie, symbole de la violence de la répression coloniale !

En revanche, « Les 50 plus belles chansons africaines » (5), au titre d’une vive originalité, pioche volontiers dans le catalogue Universal, pour proposer non seulement Fela et Manu Dibango, mais également les standards de Khaled (Didi)…

Reste que le travail le plus complet est sans conteste « Africa, 50 years of music » (6). Pas moins de dix-huit disques pour plus de deux cents titres ! Une somme, découpée en six zones géographiques (Afrique australe, centrale, lusophone, de l’Est, de l’Ouest et du Nord), qui embrasse la variété du continent et des répertoires. Les amateurs auront ainsi tout le loisir de découvrir, outre les artistes célèbres présentés par les anthologies précédentes, des musiciens de pays moins visités : le Sweet Mother des Kényans Slim Ali et The Hodi Boys, le Wind of Change du Namibien Jackson Kaujeua, Algérie, mon beau pays de Slimane Azem, et le précurseur Ghana Freedom d’E. T. Mensah, célébrant une indépendance conquise dès le 6 mars 1957.

« C’est une aventure spectaculaire que celle de la musique africaine, qui, fait significatif, s’entend indifféremment au singulier ou au pluriel : une longue et riche aventure qui se décline en circulations, en échanges, en emprunts, en fermentations de plus en plus croisées d’héritages et d’inventions, de retours en arrière et de sauts dans l’inconnu », analyse l’historien congolais Elikia M’Bokolo dans son texte de présentation. « Polysémie, synthèse, “modernité” et “tradition” : quel que soit l’angle sous lequel on la prenne, la musique contemporaine africaine reste une sorte de laboratoire. »

Jacques Denis
Journaliste.

(1) Afrique occidentale française.
(2) Le Temps des colonies, musique de Jacques Revaux, paroles de Michel Sardou (1976).
(3) « Afriques indépendantes. 1960-2010 : 50 ans d’indépendance musicale », Cantos – Pias, 2010, 5 CD, 18,70 euros.
(4) « Free Africa », Le Son du maquis – Harmonia Mundi, 2010, 4 CD, 34,50 euros.
(5) « Les 50 plus belles chansons africaines », Universal, 2010, 3 CD, 28 euros.
(6) « Africa, 50 years of music. 50 ans d’indépendances », Discograph – Wagram, 18 CD, 72,60 euros.

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