Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

25 avril 2011

Dette américaine : la politique contre le marché

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 6:30

Un frisson vous a peut-être traversé le 18 avril dernier. Vous avez appris que l’agence de notation Standard & Poor’s désormais une perspective négative sur la dette américaine.

« Coup de semonce » a-t-on entendu. Partout, on a vu réapparaitre les graphiques qui nous rappellent la situation soi-disant catastrophique des finances publiques d’Europe et d’ailleurs. Pourtant, la décision de Standard & Poor’s n’a eu aucun impact sur les acheteurs de dette américaine. Parce que le dollar fait référence et que les bonds du trésor américain sont incontournables, ils sont restés des acheteurs fidèles.

La nouvelle a perturbé le processus de négociation entre la Maison Blanche et la majorité républicaine au Congrès. Les deux parties avaient jusqu’à vendredi dernier pour trouver un accord, faute de quoi l’État fédéral aurait été mis dans une situation de cessation de paiement. L’annonce que Standard & Poors pourrait prochainement retirer aux Etats-Unis la note AAA a apporté de l’eau au moulin de la rhétorique républicaine anti-étatiste. Elle a sans doute la pression exercée sur Obama pour qu’il accepte malgré tout des coupes budgétaires irresponsables. Et, l’accord signé in extremis vendredi dernier, même s’il comprend des hausses d’impôts, a de quoi répugner plus d’un progressiste. Si les Républicains ne s’étaient pas emparés du changement de notation, peut-être que l’exécutif aurait été plus à même d’imposer ses vues.

Un néo-libéral s’emparerait de cet évènement pour souligner le caractère vertueux de la notation de la dette des États. Ne faisant que traduire sous forme de note de mauvais fondamentaux économiques, l’agence incite les décideurs à prendre le problème « à bras le corps ». Une lecture moins idéologique des faits met en doute les bienfaits de cette « transparence ». A quoi sont censées servir les agences de notation ? Les États, en tant qu’emprunteurs, paient pour se voir attribuer une note censée refléter leur niveau de risque. En théorie, le taux d’intérêt payé par l’emprunteur reflète ce risque. Comment les prêteurs ont-ils réagi ? Ils ont haussé les épaules. Le taux d’intérêt des bonds du Trésor – les titres de dette américaine – ont légèrement baissé. Quant à la monnaie, elle n’a pas varié non plus. Les acheteurs traditionnels de dette américaine n’ont pas modifié leur comportement.

L’agence de notation est passée à côté d’une donnée très simple : le pouvoir de marché détenu par la dette américaine. Abondants, les titres libellés en dollars sont parmi les seuls à être liquides, transparents et relativement sûrs quant à leur rémunération. C’est une des raisons pour laquelle 60% des réserves de change de la banque centrale de Chine sont détenus sous la forme de titres américains. Les acheteurs de dette américaine ne peuvent pas se payer le luxe de conduire à l’effondrement d’un système économique avec lequel ils sont pieds et poings liés. On rétorquera que le rôle d’une agence est justement de fournir une information « objective » sur les risques encourus par les emprunteurs. C’est pourtant négliger le fait qu’un prix ne dépend pas de données substantielles mais de l’absence ou non de demande.

Ce qu’il faut retenir de cette évènement, c’est le danger qu’il y a à parler des problèmes de dette uniquement en termes économistes. Le discours économiste, tout « objectif » qu’il soit, favorise les intérêts politiques de certains. Pour cela, il omet une partie de la réalité. Repolitiser le débat, c’est refuser la façon dont les agences de notation présentent le problème. C’est reconnaître que les Etats peuvent intervenir, coopérer et négocier pour obtenir des conditions financières favorables. A cet égard, le cas des Etats-Unis est éclairant. Alors que leur ratio dette sur PIB est en train de dépasser les niveaux européens et ce, sans perspective d’amélioration sur le moyen-terme, leurs taux d’intérêts sont meilleurs que les nôtres. Grâce à son rôle de monnaie internationale, le dollar a fait acquérir aux avoirs américains un caractère incontournable. Pourquoi ne pas en faire autant en Europe ? Des Eurobonds permettraient d’épargner à la Grèce et à d’autres pays du sud de l’Europe des « cures » d’austérité et contribueraient à la stature politique de l’Union européenne dans le monde.

Sébastien B.  pour le blog de la section « Jean Zay » de Sciences Po »

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