Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

1 mai 2011

L’Europe de François Mitterrand ?

Filed under: 13 - PS — iledere @ 6:20

Les deux hommes ont participé à des gouvernements de gauche, puis quitté le Parti socialiste, le jugeant trop peu « républicain ». Ils ont été — et demeurent — fascinés par François Mitterrand. Lors du référendum du 29 mai 2005, ils ont fait campagne contre le traité constitutionnel européen.

Mais, alors qu’en 1992 l’un, M. Jean-Pierre Chevènement, s’opposait au traité de Maastricht, l’autre, M. Jean-Luc Mélenchon, entrevoyait derrière ce texte « un début d’Europe des citoyens ». Si leurs deux ouvrages ne traitent pas exclusivement de ces choix, ils les éclairent (1).

M. Chevènement veut comprendre comment Mitterrand en est venu à faire de « l’Europe » « un mythe de substitution au projet de transformation sociale qui l’avait porté au pouvoir en 1981 ». Et comment la réalisation du marché unique des capitaux a pris le pas sur la construction d’une « France socialiste » où, ainsi que le proclamait l’hymne du parti, « tout devient possible ici et maintenant ». Selon M. Chevènement, Mitterrand, ébranlé par la débâcle de 1940, aurait en réalité toujours estimé que la France ne pouvait faire mieux que « passer entre les gouttes ». Ce qui au demeurant était aussi la conviction de Jean Monnet, exprimée dès août 1943 : « Les pays d’Europe sont trop étroits pour assurer à leurs peuples la prospérité. »

Mais « l’Europe », ce « pari pascalien » de Mitterrand enfanté par une analyse pessimiste des capacités propres de la France, ne permit pas seulement d’habiller un « ralliement au néolibéralisme qui ne pouvait se donner pour tel ». Elle offrit aussi, au moment de la chute du mur de Berlin, l’avantage de « canaliser le mouvement irrésistible de la réunification allemande ». Non sans contreparties : arracher son mark à l’Allemagne obligea à accepter un mark bis, l’euro, dont les effets déflationnistes n’ont semblé s’estomper qu’en période de bulle financière. Cette intégration économique du Vieux Continent a également précipité la mise en cause des institutions (services publics) et des souverainetés (monnaie) sans lesquelles la gauche est impuissante. Chemin faisant, M. Chevènement relève un savoureux paradoxe : en 1972, Mitterrand « trouva dans la social-démocratie européenne le contrepoids nécessaire à l’engagement qu’il avait pris en signant le programme commun de la gauche » avec le Parti communiste ; onze ans plus tard, au moment du « tournant de la rigueur », Mitterrand trouvera dans « l’Europe » une couverture « internationaliste » de gauche lui permettant d’habiller son ralliement au néolibéralisme. Police d’assurance dans un cas, poudre d’utopie dans l’autre…

M. Mélenchon n’est pas moins critique de la politique européenne des trente dernières années. Il est même plus indigné : « Il faut travailler au marteau-piqueur pour arracher les racines profondes que le cancer de l’Europe libérale a incrustées dans la chair de notre République. » Fédéraliste hier, il estime dorénavant qu’« il n’existe pas un seul exemple d’un mieux social quelconque qui soit venu de l’Europe en France. Pas un ! ». Mais, curieusement, son réquisitoire exonère l’ancien président socialiste de toute responsabilité dans la situation qu’il décrit. Or M. Mélenchon fustige la répartition toujours plus inégale de la valeur ajoutée entre travail et capital, la contre-révolution fiscale, l’envol de la pauvreté, les investisseurs qui gagnent de l’argent en dormant, l’indépendance des banques centrales, l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence. Fort bien, mais peut-on cogner aussi fort qu’il le fait, pourfendre la droite, la social-démocratie européenne, les actuels socialistes français et, simultanément, continuer à glorifier Mitterrand ?

Serge Halimi pour « le Monde Diplomatique »
(1) Jean-Pierre Chevènement, La France est-elle finie ?, Fayard, Paris, 2011, 315 pages, 19 euros, et Jean-Luc Mélenchon, Qu’ils s’en aillent tous !, Vite, la révolution citoyenne, Flammarion, Paris, 2010, 142 pages, 10 euros.

5 réponses à “L’Europe de François Mitterrand ?”

  1. la pecnaude dit :

    Eh, Eh … c’est pas tout çà, il en reste à faire ….

  2. La main gauche dit :

    Perso, je ne sais pas si Mitterrand était de droite ou pas, franchement, si j’avais eu l’âge, je n’aurai pour rien au monde voté pour Giscard, mais, en tout cas, je ne vois en quoi ça devrait être un alibi permanent pour considérer que l’affaire est bouclée et qu’il n’ y a plus rien d’autre à faire que de lustrer les chromes.. dans son style, Mélenchon aiguillonne en ce sens, mais il s’est barré du PS.. dans un autre style, Montebourg, plus discrètement, le fait aussi.. mais à chacun de voir si on se contente d’aller chercher quelques voix centristes au bord de l’écoeurement Sarkosiste histoire de faire juste 5 ans de rafistolage social ou si, avec de vrais réformes de fond, on tente d’aller reconquérir les chômeurs, les salariés en désespérance pour viser au delà des 5 ans…
    Qu’est-ce qui est en attente ?… 300 000 emplois jeunes ou le plein emploi ?… 0.00005 % de taxe sur l’économie virtuelle des opérations financières ou le retour à une seule et omnipotente économie réelle ?.. l’ORTF d’état ou l’ORTF du capital ou bien des journalistes qui font leur métier car l’état instaure et veille fermement à leur indépendance ?..

    Je confirme Babel.. Vive le 1er Mai

  3. babelouest dit :

    A La Main Gauche :
    Je ne dénie pas que ce virage subi par les électeurs aurait pu être combattu par les élus de façon plus efficace. Pour les ministres, c’est un peu différent, dans la mesure où le président a son mot à dire, implicite ou explicite, dans la composition du Conseil. S’agissant des élus du peuple, on peut s’étonner que trop souvent, ils aient fait passer des lois et des décisions manifestement contre l’intérêt d’une grande majorité de nos concitoyens. Et cela continue aujourd’hui, de temps en temps. Est-ce sous l’influence de lobbyistes qui réussissent à les circonvenir ? Un peu plus de clarté à ce propos serait la bienvenue. Que voulez-vous, le 4 février 2008 restera dans les mémoires comme un jour de deuil pour la démocratie. Et là, bien sûr, François Mitterrand n’y est pour rien.

    Quant aux militants, des bruits de couloir m’ont fait penser que trop souvent, leurs propositions et leurs objections ne remontaient guère aux échelons supérieurs, quel qu’en soit l’intérêt.

    Allons, c’est le Premier Mai : « C’est la lutte finale……. »

  4. La main gauche dit :

    Est-ce bien socialiste que de s’interroger sur la responsabilité d’un seul homme ?…
    Quand on regarde certains professionnels de la diffusion organisée d’asthénie, la pitoyable Claire Chazal ou le tout aussi pitoyable Michel Denisot, on peut aisément se laisser aller à y voir, en arrière plan, la responsabilité de Mitterrand jusqu’à nous faire regretter l’ORTF !
    Ce genre de C.., d’atermoiement pseudo-rétrospectif à la gloire ou la responsabilité d’un seul homme me fait Ch..grave !… bordel ! il y a eu et il y a aussi un parti, des députés, des ministres, des maires PS (et de bien plus grande valeur que les Dati, Amara, Bertrand, Copé que la droite nous sert aujourd’hui !)… et qu’a fait, que fait tout ce petit monde pour optimiser, utiliser, maîtriser ou contrecarrer l’énergie cinétique des grands coups de barre de leur « meneur » afin d’éviter que ça ne se terminent dans un grand bouillon pur porc capitaliste ?

  5. babelouest dit :

    Avant Mitterrand, le socialisme était un engagement, une éthique, une doctrine politique, asservissant l’économique à des visions plus fraternelles. Oh bien sûr, cette vision et cet engagement ne sont pas allés de soi, le socialisme de Proudhon à Briand, de Briand à Blum, s’en est allé cahin caha selon des événements extérieurs qui le bousculaient. Ses priorités se sont modifiées avec le temps, avec les progrès, les luttes victorieuses ou non, la vie en somme.

    Avec Mitterrand, le socialisme n’a plus été qu’un slogan. Cet homme qui ne fut jamais fondamentalement de gauche, et en raison de son parcours on ne saurait lui en vouloir, a créé un rassemblement à son service, dans le but de parvenir à la magistrature suprême*. Grâce à sa grande habilité héritée sans doute de Machiavel, de Talleyrand peut-être, son accession à l’Élysée fut l’occasion d’une fête spontanée du peuple, pour lequel enfin tout arrivait.

    Le peuple dut déchanter. Très vite, la rigueur vint doucher toutes les espérances. Aux rares nationalisations succédèrent des privatisations à marches forcées, telles que la droite n’eût jamais osé les accomplir avec autant de brio (merci au ministre de l’époque, un certain Dominique Strauss-Kahn, qui les mena « à bien » avec l’assentiment de l’Élysée), au point que désormais les fruits de toutes nos grandes entreprises sont récoltés par de gluants actionnaires aux dents longues, et opposés à toute solidarité.

    Maintenant, le handicap qui nous tue est l’Europe, carcan imposé par nos élus contre la volonté des électeurs (4 février 2008 !), prétexte bien facile pour refuser toute amélioration, pour imposer toute nouvelle contrainte, sans compter toutes les clauses plus ou moins cachées qui permettent par exemple à des officines paramilitaires de tirer sur la foule, un jour de grande manifestation du ras-le-bol : un retour par la bande de la peine de mort en somme.

    On va me reprocher ici de me montrer bien peu socialiste : tout dépend de quoi l’on parle. S’il s’agit d’être en phase avec la rue de Solférino, bien entendu la réponse est un non circonstancié. S’il s’agit de vouloir remettre sur les rails le train de la solidarité entre tous les habitants de ce pays, hors de toute préoccupation bassement raciste, machiste ou autre, quitte à choisir carrément une autre voie, les volontaires seront nombreux, et j’en serai.

    * Un autre aussi a non pas créé un mouvement (il en aurait été incapable), mais mis celui-ci à son service exclusif : l’hôte actuel de l’Élysée. La comparaison s’arrête là, tant entre le maître et l’élève (et l’on sait que celui-ci fut peu assidu) s’étend un fossé lié à leurs compétences. Seule une volonté sans faille peut être un élément de comparaison les rapprochant quelque peu.

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