Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

3 mai 2011

François Hollande : «Le pouvoir d’achat sera le symbole de l’échec de Nicolas Sarkozy»

Filed under: 13 - PS — iledere @ 12:00

A l’occasion de la publication par l’Elysée d’une plaquette vantant le bilan de 4 années de présidence de Nicolas Sarkozy, François Hollande, député de Corrèze et candidat aux primaires PS, apporte son jugement sur l’action menée par le chef de l’Etat.

L’Elysée a diffusé un document intitulé «La France avance» faisant le bilan sur les quatre premières années d’action de Nicolas Sarkozy. Quel est votre jugement d’ensemble sur l’action menée ?
Si Nicolas Sarkozy pense qu’il peut gagner sur son bilan, il prend un risque considérable car son quinquennat aura été celui des incohérences et des manquements. Quels étaient ses quatre engagements principaux ? Le pouvoir d’achat : c’était la promesse de sa campagne, ce sera le symbole de son échec. Je reconnais que c’était un choix périlleux mais il correspondait à une aspiration profonde du pays. Avoir été à ce point en deçà des attentes explique désormais la violence des jugements portés à son égard. Autre engagement, le paquet fiscal : il aura été détricoté fil à fil pour finir en lambeaux avec l’abrogation du bouclier fiscal. Ensuite, l’immigration choisie : elle a été jetée en pâture au Front national par Claude Guéant lorsqu’il a déclaré vouloir réduire l’immigration de travail. Enfin, la République irréprochable ! Ai-je besoin d’illustrer les brèches ouvertes, qu’il s’agisse du rapport aux médias, des nominations de proches ou de la tolérance de Nicolas Sarkozy face à des comportements ministériels bien éloignés de la morale publique. On ne gagne pas toujours avec un bon bilan -ce fut hélas le cas pour Lionel Jospin en 2002 -, mais on triomphe rarement avec un mauvais.

Que pensez-vous de l’action diplomatique du chef de l’Etat ?

Je reconnais la réactivité du chef de l’Etat, par exemple au moment du conflit en Géorgie, voire de la crise financière, mais elle a souvent signifié improvisation et impréparation. Je songe, par exemple, à l’initiative ratée de l’Union pour la Méditerranée ou à l’accueil choquant réservé à Kadhafi fin 2007. J’ai également regretté les silences de Nicolas Sarkozy lors du printemps arabe. Ce qui est en cause, c’est moins la facilité du président sortant de parler vite, que sa capacité à traduire dans la durée ses propos en actes. Il lui a manqué une vision longue et une doctrine d’action. Il a pensé que l’histoire pouvait être dominée par des coups d’éclat alors qu’il y faut de la ténacité et une stratégie. Faute d’avoir mené avec obstination un certain nombre d’objectifs, Nicolas Sarkozy n’en a atteint aucun.

Estimez-vous, comme Martine Aubry, que sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la place de la France a régressé dans le monde ?

Nicolas Sarkozy a réduit l’influence française par des décisions précipitées. Ainsi, le retour de notre pays dans le commandement intégré de l’Otan n’a été accompagné par aucune progression de notre autorité dans cette organisation -on l’a bien vu lors de l’intervention en Libye -, ni aucune contrepartie en matière d’Europe de la défense. A cette inconséquence s’ajoute une légèreté inopportune dans le rapport avec les Etats-Unis et une vexation coupable avec l’Afrique, sans oublier des atermoiements regrettables avec la Chine et des complaisances avec la Russie… Notre politique extérieure n’a été ni lisible ni efficace. Est-ce pour autant irréversible ? Non, la France reste la France et sa diplomatie pourra retrouver de l’influence dès qu’elle aura une cohérence et une autre incarnation.

L’Elysée estime que le chef de l’Etat a tout fait pour juguler la hausse du chômage. Quel est votre sentiment de ce point de vue ?
Il serait injuste de lui imputer la hausse du chômage alors qu’une crise d’une violence rare a soufflé sur l’ensemble de l’Europe. Néanmoins la politique de l’emploi a été contradictoire. Par exemple, Pôle emploi a été embourbé dans les procédures. Quant au contrat de transition professionnel, il a été chichement mesuré. Les contrats aidés ont eux été paradoxalement réduits. Les exonérations fiscales concernant les heures supplémentaires ont découragé les embauches. Surtout, je déplore profondément l’inertie par rapport au chômage des jeunes. En 2012, il faudra changer les priorités et les instruments de la politique de l’emploi.

Quelle est votre opinion sur l’action du chef de l’Etat en matière d’environnement ?
Elle aurait pu être un acquis de son mandat puisque tout avait commencé sous de bons auspices. Ainsi, le Grenelle de l’environnement a été mis en place avec la concertation nécessaire de tous les acteurs, ce qui, je le dis ici, n’a pas du tout été le cas sur le dossier des retraites. Mais comme souvent, cette intention s’est effilochée. Il y a eu un abandon progressif et, également, un manque de constance du président qui s’est traduit par la disparition du dispositif de bonus-malus, l’abandon de la taxe carbone et, enfin, un prix de rachat de l’électricité d’EDF pour ses concurrents qui aura des conséquences en terme de prix pour les consommateurs sans effets sur les politiques de transition énergétique. Il faudra sur ce point reprendre l’esprit et changer la lettre.

Comment jugez-vous le bilan en matière de sécurité et d’immigration ?
S’il s’agissait de juger une politique au nombre de lois votées, alors ce serait une apothéose ! Jamais il n’y a eu autant de textes présentés au Parlement sur ces deux sujets. Le problème est que les règles ont été compliquées sans jamais améliorer l’efficacité des dispositifs. Les actes de violences ont continué à progresser, comme le mécontentement profond de ceux qui sont chargés de l’autorité (policiers, gendarmes et magistrats) faute de moyens appropriés. Nicolas Sarkozy a supprimé comme président autant de postes (10.000) que ceux qu’il avait créés en tant que ministre de l’Intérieur ! Enfin, il y a eu de la part des victimes un sentiment d’abandon dans les quartiers les plus difficiles. L’échec est très lourd car c’est là que Nicolas Sarkozy avait, à tort ou à raison, gagné le plus de confiance dans l’opinion. Il l’a dilapidée. C’est ainsi que l’extrême droite a retrouvé un niveau électoral inquiétant pour la droite et pour le pays.

Ce document sur l’action du président de la République suit de quelques jours la communication sur le projet des socialistes pour 2012. Peut-on mettre les deux en vis-à-vis ? Son bilan est-il le négatif de votre projet ?

Un projet ne peut être la négation d’un bilan. Il doit être une avancée pour la France et pas simplement un effacement de l’action de la majorité sortante. Il doit être un élément de confiance, ce qui suppose de donner une vision autour d’un thème principal -selon moi, cela doit être la jeunesse -et une réponse aux urgences, notamment en matière d’emploi et de pouvoir d’achat. Enfin, un projet doit être une cohérence et une vérité. La force d’une politique est qu’elle puisse être mise en oeuvre dans le temps et reposer sur une logique claire. Le chef de l’Etat a eu le tort de penser qu’à lui tout seul, il pouvait changer le pays. Finalement c’est le contraire qui se produira : le pays va changer de chef de l’Etat.

Par Renaud CZARNES pour « Le Monde.fr« 

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