Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

13 mai 2011

Le moulin à rumeurs contre la Grèce

Filed under: 03 - Economie — iledere @ 12:00

E633554a-2968-11e0-b8a6-afda05c43e04 Washington, 17avril. « The International Institute of Finance » (IIF), un forum réunissant régulièrement les banques, les investisseurs, les banquiers centraux, les institutions financières, tient session.

Dans les couloirs, Nouriel Roubini (photo), économiste américain devenu célèbre pour avoir prédit la crise des subprimes, mais aussi président de « RGE Monitor », une société qui vend très cher du conseil aux investisseurs, se dépense sans compter pour convaincre ses interlocuteurs qu’une restructuration de la dette grecque est imminente. Se prévalant d’une série de rencontres avec Georges Papaconstantinou, le ministre grec des Finances, il laisse entendre que celui-ci l’a déjà demandé. Roubini, surnommé « Docteur Doom » (catastrophe), veut manifestement orienter le marché : faite le pari d’un défaut grec, c’est sans risque, susurre-t-il. De fait, si tout le monde va dans le même sens, sa prédiction se réalisera…

Curieusement, une dépêche de l’agence de presse Dow Jones, datée du même jour, affirme que « la Grèce propose une restructuration de sa dette » en s’appuyant sur des sources anonymes qui tiennent mot pour mot le discours de… Roubini. Une « information » qui sera reprise par la presse financière anglo-saxonne, notamment par le Financial Times qui, lui aussi, semble avoir rencontré le très actif Roubini. Tout le monde omet évidemment de signaler que Papaconstantinou, présent à la réunion de l’IIF, a dit exactement le contraire lors de son discours, tout comme toutes les autorités monétaires et financières : pas question de restructurer.

Aussitôt c’est la tempête sur des marchés rendus nerveux depuis plusieurs jours par une série de rumeurs qui vont dans le même sens. Aucun démenti officiel n’y change rien : une source anonyme est considérée, sur les marchés, comme plus fiable qu’une source officielle. Le site du quotidien allemand Die Welt, le 18 avril, en rajoute une louche : un « ministre grec » évidemment anonyme lui aurait affirmé que la restructuration était acquise. La banque américaine City Group envoie même un email à ses clients, sur lequel le gouvernement grec mettra la main, affirmant qu’elle aura lieu lors du week-end de Pâques, du 22 au 25 avril… Il ne s’est rien passé, comme c’était prévisible pour des analystes sérieux. Il faudra plusieurs jours pour ramener le calme.

829342 Vendredi dernier, rebelote : le site de l’hebdomadaire allemand der Spiegel « révèle » qu’une  « réunion secrète » des ministres des Finances de la zone euro aura lieu le soir même au Luxembourg. Cette fois, il ne s’agit même plus de restructurer la dette, mais carrément, selon der Spiegel, d’examiner la « demande grecque » d’une sortie de l’euro. Aucune source, comme d’habitude, mais cela n’empêche par les agences de presse de reprendre sans recul « l’information ». L’euro chute lourdement.

Sans doute alimenté par une source gouvernementale proche du FDP, le parti libéral farouchement opposé au sauvetage de la Grèce, le Spiegel s’est lourdement planté  : ce n’est pas l’Eurogroupe qui s’est réuni, mais les ministres des Finances européens du G20 (Allemagne, France, Italie, Espagne), Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, et Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne. Il s’agissait de discuter avec Georges Papaconstantinou du plan d’ajustement grec. Des réunions informelles et discrètes, en format restreint, habituelles en période de crise. Et, évidemment, « nous n’avons pas discuté d’une sortie de la Grèce de la zone euro, nous pensons tous que ce serait une option stupide », comme l’a expliqué Juncker. Et, comme il vaut mieux préciser, « nous avons exclu la restructuration de la dette grecque ».

Pour le premier ministre grec, Georges Papandréou, ces rumeurs « sont à la limite de la criminalité ». Mais qui les alimente ? Ceux qui ont des positions contre la Grèce: il s’agit de ceux qui ont acheté des CDS grecs (credit default swap, des assurances contre le défaut d’un débiteur) et qui ne pourront récupérer leur mise qu’en cas de défaut. S’ils gagnent, ils ramasseront gros. Il y a aussi ceux qui sont endettés en Grèce ou ont sorti leur argent de Grèce et qui ont tout intérêt à un retour de la drachme. Le moulin à rumeurs n’a pas fini de tourner.

Par Jean Quatremer pour « les coulisses de Bruxelles UE »

Une réponse à “Le moulin à rumeurs contre la Grèce”

  1. babelouest dit :

    Sans doute un bon truc serait-il de rendre illégaux et non avenus les CDS, tout simplement. Retourner l’outil des spéculateurs contre eux-mêmes. Qui oserait le faire ? Et puis aussi, ramener à zéro tous les intérêts des dettes souveraines. J’en vois d’avance ouvrir de grands yeux, avant de s’abattre dans la poussière.

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