Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

22 mai 2011

Les «indignés» de la Puerta del Sol

Filed under: 09 - Evènement — iledere @ 6:30

Depuis dimanche 15 mai au soir, et malgré une interdiction décidée vendredi par les autorités au nom de la journée de réflexion précédant les élections municipales et régionales de dimanche, ils occupent la place de la Puerta del Sol, ce que l’on appelle en Espagne «le kilomètre 0»: ce sont les indignés de Madrid. Indignés contre le système politique espagnol, contre la corruption, contre les récents plans d’austérité du gouvernement Zapatero, qu’ils accusent de s’être mis à genoux devant la loi des marchés financiers.

Chômeurs, fonctionnaires, employés du secteur privé, beaucoup de groupes très divers composent ce mouvement spontané du 15-M (15 mai), même si la majorité est constituée de jeunes, fatigués des conditions d’emploi et de logement propres au pays. Vendredi soir, à minuit, la police a recensé 28.000 personnes à Sol. Et plusieurs autres milliers dans une vingtaine de villes d’Espagne, parmi lesquelles Valence, Barcelone et Malaga.

Par le biais des réseaux sociaux –dans l’esprit des révolutions arabes– mais aussi par le simple bouche à oreille, ils ont décidé de prolonger l’élan d’une manifestation convoquée dimanche dernier par l’association La vraie démocratie, maintenant (¡Democracia real, ya!) et de réunir leurs envies et frustrations sur l’agora de Madrid. Ces citoyens désabusés par les errements d’une partie de la classe politique espèrent bien avoir mis en marche un mouvement qui perdurera au-delà du scrutin de dimanche. Galerie de portraits de ces indignés.

José et Javier, 29 ans, en recherche d’emploi dans l’environnement
Pour tous les deux, c’était vendredi leur premier jour à la manifestation de la Puerta del Sol. Et ce qu’ils ont vu les a convaincus: «Franchement, j’étais venu en croyant trouver une grande fête, un peu baba-cool, mais j’ai trouvé quelque chose de beaucoup plus structuré», témoigne Javier. Les deux amis se disent positivement surpris par cet espace où, toute la journée, ils ont pu échanger leurs aspirations et mécontentements avec d’autres. Faire part de leurs doutes électoraux aussi. «Je ne sais pas encore si je dois voter blanc ou pour Izquierda Unida (l’équivalent espagnol du Front de gauche) dimanche», explique ainsi José, l’air embarrassé, à deux jeunes gens installés derrière un écriteau sur lequel on peut lire: «Elections, ou l’ouverture à tous les possibles».

Sa préoccupation s’explique par la loi électorale espagnole, abondamment critiquée parmi les manifestants du 15-M. Basée sur le système de calcul dit de Hondt, ce système désavantage les partis minoritaires au profit des deux grands partis, PSOE et PP, ce qui pousse nombre d’électeurs au vote utile. Pour Javier, l’affaire est entendue: lui qui a toujours voté PSOE votera cette fois blanc, ulcéré par le récent virage néolibéral du gouvernement Zapatero.

Mais les deux jeunes gens ne sont pas uniquement venus pour parler des élections de dimanche. Leur priorité est de transmettre un message de ras-le-bol à la classe politique du pays. «Je suis venu ici pour dire mon indignation: je suis indigné que le gouvernement ait abandonné toute politique sociale, que les deux grands partis politiques s’occupent davantage de l’intérêt des banques que des citoyens», explique José qui, comme Javier, est au chômage. Les deux amis font partie des 34% de jeunes de moins de 30 ans qui sont sans travail en Espagne. 700 euros d’indemnités chômage par mois, cela fait juste, surtout quand il n’y a aucun signe d’amélioration à l’horizon. «Le PSOE a eu une gestion absolument lamentable de la crise. Il est donc normal qu’aujourd’hui on lui demande des comptes, quitte à faire le jeu du PP», estime José avant de citer «Indignez-vous», de Stéphane Hessel. Isaac, 29 ans, professeur de chimie
Avec déjà trois nuits passées sur place depuis lundi dernier, c’est un des fidèles du mouvement. Derrière ses lunettes de soleil, Isaac parle haut et fort: «En nous réunissant tous ici, nous voulons dévoiler la misère dans laquelle se trouvent actuellement beaucoup de gens en Espagne, et surtout nous voulons obtenir une démocratie plus tangible. Car nous sommes fatigués de ce système qui consiste à jeter tous les quatre ans un bulletin dans l’urne si c’est pour qu’au final, ce vote porte au pouvoir quelqu’un qui ne nous représente pas.»

Isaac, par ce discours, ne voue pas aux gémonies tous les partis politiques, «seulement le PSOE, qui n’a plus de socialiste que le nom, et bien entendu le PP». Ce professeur de chimie dans une université privée, qui gagne 1800 euros par mois, se dit déterminé à aller voter dimanche. «Pour Izquierda Unida, parce qu’ils sont l’un des seuls partis à tenter de dire non à la soumission de la politique au grand capital.» Car le nerf de la guerre pour Isaac est bien celui-là : récupérer la souveraineté des décisions prises au nom du peuple. «Je refuse que la politique économique de mon pays soit déterminée par des agences de notation financière», bondit le jeune homme. Et quand on lui demande s’il ne craint pas de voir s’éteindre cet élan démocratique après le scrutin de dimanche, Isaac fait preuve d’une confiance inébranlable: «Quoi qu’il arrive dimanche, ce mouvement se perpétuera. Certains parlent déjà de le convertir en parti, moi je crois que cela tuerait un peu la spontanéité et la créativité de l’initiative, mais ce qui est sûr, c’est que cela continuera, sous une forme ou sous une autre.»

Alejandra Prieto, 37 ans, directrice de théâtre
Cette semaine de mobilisation aura vraiment enthousiasmé Alejandra. «Je me souviens de certains événements où l’on sentait la force du peuple, comme les manifestations contre la guerre en Irak de 2003, mais je n’avais encore jamais vu un tel mouvement d’indignation de la part de la jeunesse», affirme celle qui rejoignait samedi pour la troisième fois le campement de Sol. Cette trentenaire reflète bien la plupart des griefs qui parcourent le mouvement du 15-M: elle condamne ainsi le fort bipartisme de la vie politique espagnole, la corruption des élites et la soumission coupable des gouvernements successifs aux injonctions des marchés. Et cette directrice de théâtre pour marionnettes d’accuser le pouvoir économique de tirer les ficelles: «Nos représentants politiques ne se soucient pas de l’intérêt général, seulement de celui de certaines entités financières qui ne visent qu’à faire du profit.»

Pour autant, Alejandra se garde bien de fourrer tous les partis dans le même sac: «Je crois encore et toujours au vote qu’il faut exercer parce qu’il est un acquis», estime celle qui aurait probablement voté pour Izquierda Unida ou le Parti humaniste d’Espagne si un récent retour de l’étranger, après six ans à Londres et à New York, ne l’avait empêchée d’être inscrite sur les listes électorales. Les changements les plus urgents à faire selon elle? Bien que la jeune femme cite elle aussi la réforme de la loi électorale et la nécessité d’un retour de l’éthique parmi la classe politique, elle pense avant tout à la survie du mouvement: «Qu’on nous laisse nous réunir encore ici demain, parce que c’est un droit constitutionnel.» Vendredi, l’assemblée électorale du pays a interdit officiellement le campement au motif qu’il pourrait mettre en danger le droit de vote. Une interdiction à laquelle les participants ont opposé le droit, inscrit dans la Constitution espagnole, de se réunir librement.

Par Christophe Lehousse. pour « Mediapart »

5 réponses à “Les «indignés» de la Puerta del Sol”

  1. Sophie dit :

    Je suis de tout coeur avec ces indignés, c’est bon de voir les choses bouger.

  2. revizor dit :

    Comment la gauche peut-elle être crédible en France( avec ou sans l’affaire DSK qui n’arrange rien pour le PS)quand on voit ce qui se passe effectivement en Espagne mais aussi ailleurs au Portugal ou en Grèce où les partis socialistes qui dirigent ces pays mènent une politique en faveur du capital et obéissent aux institutions du capitalisme mondialisé(FMI, Banque Mondiale, BCE, UE etc..) pendant que les travailleurs sont dans la rue pour défendre leurs emplois, leurs salaires, leurs retraites , leurs services publics.?

  3. babelouest dit :

    Chère Main Gauche, en fait sans donner d’étiquette, PS ou autre, le politicien est l’ennemi du peuple dès lors qu’il a « réussi » dans cette branche. Grâce au Net, l’indignation se fait jour plus facilement, parce qu’elle réussit à se procurer des infos qui auparavant lui étaient cachées, et parce que sa présence trouve écho chez d’autres personnes qui ont pu réfléchir.

    La force d’un mouvement pourrait provenir justement de la non-appartenance de ses coordinateurs à une « élite » autosuffisante, comme un Besancenot qui a réussi à refuser le système en se retirant volontairement d’un premier rang qui détruit. Sa faiblesse en revanche, provient d’une presse, écrite et surtout visuelle, qui par opportunisme et par paresse préfère jouer sur une « pipolisation » qui retire au militant sa substance, au profit d’une « bouille » soit-disant intéressante, et de détails plus ou moins intimes bien loin des luttes idéologiques et pire, de survie. On pensera à un Mathieu, à certains militants des luttes étudiantes ou pour les sans-abris.

    Pour résumer, aujourd’hui, à la différence des grandes années d’il y a environ cent ans, la presse est devenue l’ennemie de la grande majorité de la population. Elle ne s’appartient plus, elle appartient aux Maîtres du Monde. On comprend que ceux-ci soient irrités par un Internet qui a pris la relève de l’Indignation informative.

    Vivent les mouvements espagnols, qu’ils fassent plein d’émules y compris dans notre pays qui s’est fatigué en vain il y si peu de temps.

  4. La main gauche dit :

    une fable à répétition ou encore, le PS, éternel Judas du peuple, et de penser qu’après 2012 il y aura 2014, 2015.. enfin, si 2012 il y a.. La France ayant un coup d’avance au goût amer, l’indignation est passée, les grandes manifestations, du passé,.. place nette à un rassemblement d’un autre ordre autour d’une jeune « tribun » qui n’a plus que deux choses à effacer pour parfaire son illusion, le souvenir d’un père ouvertement raciste et un classement normatif qui situe théoriquement son mouvement à l’extrême droite de l’échiquier politique…
    Des blogs peuvent bien fleurir avec de jolies couleurs et de jolies promesses qui n’engagent que ceux qui l’écrivent,.. « Une Europe ambitieuse », « Ma vision de l’Europe », « L’Europe de demain » (de mains, il y en a 27 à mettre d’accord !), etc.., mais il y a des accouchements qui ne se font pas sans forceps, et nulle part dans ces jolis blogs n’est précisé par quel forceps 2014 ne sera pas la confirmation d’un sordide concert d’UMPS… Un parti de gouvernement, il n’y a plus rien à prouver sur ce point,.. d’indignation, nombreux sont prêt à s’en convaincre pour 2012,.. de résistance, inéluctablement nécessaire d’aller aussi sur ce terrain, et là, aujourd’hui, sur ce point, dans les jolis blogs de campagne tout bien formaté, avec de jolies photos très personnalisation façon Ve République,.. Anne, ma soeur Anne, ne vois tu rien venir ?…

  5. kamagra dit :

    Merci pour cet article très intéressant, je m’abonne de ce pas à vos news..

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