Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

29 mai 2011

En finir avec le logement social (par l’UMP)

Filed under: 03 - Economie,20 - UMP — iledere @ 12:00

>Hommage à la redoutable inventivité des députés UMP. Après la défense des excès de vitesse, les voilà qui nous proposent de régler en une passe législative l’épineux problème du logement social (1 million de logements manquants, 700.000 demandes en attente) et du « trop faible » pourcentage d’endettement immobilier des ménages (endettement qui, au prix d’une génération sacrifiée, a pourtant si bien réussi à nos amis espagnols au point qu’ils le célèbrent aujourd’hui dans la rue).

Comment ?
Trop simple ami pauvre que tous les éléments poussent dans le goulot d’étranglement de la propriété à crédit : il suffit de faire rentrer les accessions à la propriété grâce au PTZ+ dans le quota de 20% de logements sociaux imposé par la loi SRU.

C’est d’un cocasse consommé. L’un est un mécanisme social où les pouvoirs publics tentent d’assurer, via un loyer modéré, un toit aux ménages les plus fragiles, l’autre, d’influence 100% privée, est un achat de bien surévalué assorti d’une dette conséquente (un mécanisme de subvention de la bulle immobilière dont on sait désormais qu‘il bénéficie prioritairement aux ménages les plus aisés : 35.6% des bénéficiaires se situent dans les deux tranches les plus hautes des revenus, contre 13% qui se situent dans les deux tranches les plus basses.)

Voici l’argumentaire d’un des dépositaires (J.M Roubaud) de ce projet de loi (parmi lesquels on retrouve comme par hasard des députés-maires de communes largement sous les 20% de la loi SRU) : »Ne pas comptabiliser l’accession sociale à la propriété dans ce quota de 20% de logements sociaux obligatoire est un sérieux frein pour les municipalités à pouvoir répondre à l’aspiration forte des Français de devenir propriétaires de leurs logements. »

Bref, une pataphysique arithmétique frisant la sorcellerie dans la droite ligne du mode de calcul éjectable permettant de comptabiliser deux millions de chômeurs là où il y en a près de cinq, de se féliciter d’une hausse de la croissance là où il y a huit millions de pauvres ou d’affirmer que Christine Lagarde y connait quelque chose en économie.

Répétons-le à Monsieur Roubaud : il reste des Français qui n’ont PAS ENVIE de devenir propriétaires. Encore moins avec un crédit à perpétuité conditionné (avec de la chance) à un job à rétribution et durée aléatoires, avec des coûts des transports, d’énergie et de nourriture qui explosent.

« – Oui mais, euh M’sieur Musset, l’acquisition d’une maison protège les faibles. La propriété individuelle, c’est la liberté. »

Dans le monde de Winnie L’Ourson peut-être.
Dans le monde réel, je constate régulièrement l’inverse. Les aspirants bourgeois payent au prix fort (soumission familiale et salariale totale, éloignement géographique et pouvoir d’achat déchiqueté) un choix qui est avant tout celui que banques, promoteurs, publicitaires, et maintenant l’Etat, leur assènent en attendant que la belle bulle pète (et l’expérience prouve que c’est toujours l’incrédule le moins solvable qui est le plus éclaboussé.)

(émancipation leçon n14 : « le marché ne peut pas tout.« )
Cette proposition de loi, pervertissant la définition du « social », répond de la détermination depuis quatre ans d’une droite néo-conne à en finir avec les HLM.

De deux façons.

Pratiquement.
Par la réduction progressive des subventions. Par la privatisation progressive du parc (200 milliards d’euros de plus-values latentes qui échappent au marché, ça ne peut pas durer !). On s’orienterait même si l’on en croit certaines « notes blanches » vers la revente de logements sociaux à leurs locataires « pour en financer de nouveaux » (heu enfin… subventionner du PTZ+). D’autre part, on s’oriente vers la baisse de la collecte pour le logement social dans un livret A repris en main par les banques privées. Organismes « dans le besoin » qui veulent également s’attaquer au marché du PLS (prêt locatif social) : bien juteux est le business du pauvre qui veut devenir proprio. Avec la bénédiction du gouvernement, nos banquiers du social se préparent donc à nous concocter de jolis prêts pour fauchés qui auront le double effet de définitivement appauvrir les souscripteurs et de faire grimper de plus belle les prix.

Idéologiquement. En martelant que la propriété à n’importe quel tarif est seule garante de l’émancipation suprême. Si d’un point de vue électoral, la supercherie est rodée (Margaret Thatcher et George W.Bush doivent leur réélection à ce type de politique mi-banque, mi-public subventionnant la bulle), les conséquences économiques dans ces deux pays prouvent l’inévitable limite d’une dynamique artificielle déconnectée des « fondamentaux » comme on dit.

En France, ce soutien gouvernemental envers la hausse perpétuelle de l’immobilier, quitte à sacrifier les nouveaux arrivants que l’on pousse sur la planche savonnée de l’endettement, s’explique aussi par l’attention portée à l’électorat plus âgé.  Ce dernier, pleinement propriétaire depuis des années et plus mobilisé dans les urnes, est la cible des aménagements gouvernementaux (Scellier, Robien et autres exonérations fiscales…) visant à renforcer sa suprématie (sans travailler, c’est ça qu’est rigolo !)

Pour maintenir la suprématie des rentiers, il faut constamment stimuler l’envie de posséder de celui qui se tue à la tâche et finit dans le mur en s’étant préalablement délesté de son pognon passé, présent et futur. On comprend alors l’absolue nécessite pour la droite d’en finir avec ce « logement social » grippant l’ordre pyramidal.

Par Seb Musset pour son blog « les jours et l’ennui de Seb Musset »


Une réponse à “En finir avec le logement social (par l’UMP)”

  1. babelouest dit :

    Effectivement, ne peuvent accéder à la propriété sans trop de risques aujourd’hui, que des ménages aux revenus stables et conséquents. Une petite minorité, donc.

    Sans compter, là-dessus, ceux qui, pour différentes raisons, ne veulent pas être propriétaires. Le créneau se réduit encore.

    La promotion de l’immobilier propriétaire est donc une façon de plus de maintenir en esclavage (vous avez un autre mot ?) ceux qui tentent l’impossible, une accession qu’ils ne pourront pas assumer de leur vivant (leurs descendants, peut-être, si une législation le permet).

    Il y a donc une autre solution, drastique. Les habitués savent que je n’avance pas ave l’écusson « Socialiste » épinglé à la place du cœur. Supprimons la notion même de propriété, celle que les révolutionnaires qui écrivirent la Constitution de l’An I n’osèrent pas toucher. Interdisons à une personne, physique, morale ou institutionnelle, de se prévaloir de ce privilège (oui, le mot est lancé), que la jouissance des biens soit accessible à tous, mais pas la propriété en tant que telle. Que de ce fait, la notion de monnaie soit obsolète, même sous forme d’échanges, de troc, de SEL, que sais-je… Que chacun donne, sans espérer de retour. Que par la simple notion de bien public, ceux qui veillent sur les autres sans fabriquer du concret reçoivent leur part de logement, de nourriture, de soins, d’éducation pour leurs enfants. Toute leur part, rien que leur part.

    Cela n’empêche aucunement de rester innovant, de permettre des audaces architecturales (un architecte aurait ses études gratuites, aussi bien que le chirurgien spécialisé, reconnu par la communauté, mais pas rémunéré : la notoriété est une chose extrêmement motivante).

    Utopique , J’assume. Mais l’utopie, c’est la vie ; la routine, c’est la petite mort. On est très loin, là, du programme « socialiste » d’un Manuel Valls.

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