Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

10 juin 2011

En disgrâce, Rachida Dati tente la manière forte

Filed under: 20 - UMP — iledere @ 6:30

«Vous l’avez encensée pendant des mois et des mois et c’est sans doute avec la même vigueur que désormais chacun s’accorde à la critiquer d’une façon qui est extrêmement excessive. (…) C’est une femme politique d’une grande force à laquelle j’apporte tout mon soutien. (…) Non seulement elle incarne la politique de diversité que le président de la République a voulu mettre en place mais en plus elle a un bilan remarquable.» François Fillon doit se mordre les lèvres de ce soutien appuyé, en avril 2009, à Rachida Dati, alors sous le feu des critiques.

Car aujourd’hui, l’ancienne garde des Sceaux ne se gêne pas pour s’en prendre au premier ministre et aux ambitions qu’on lui prête à Paris. Actuellement élu de la Sarthe, François Fillon viserait les élections législatives en 2012, voire les municipales en 2014, marchepied pour l’Elysée en 2017. L’hypothèse d’une implantation à Paris n’est pas nouvelle, elle court depuis 2008, mais elle a été relancée mardi par Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat au commerce extérieur, dans Le Figaro: «Je peux vous le confirmer, François Fillon va venir à Paris pour les législatives, dans la 2e circonscription.» Si Fillon ne s’est pas exprimé sur le sujet, en privé, il a confié à plusieurs dirigeants de la majorité: «Si je ne me fais pas élire dans cette circonscription, je n’ai plus qu’à changer de métier.»

Sauf que Rachida Dati, qui brigue elle aussi cette 2e circonscription englobant le VIIe arrondissement dont elle est le maire (elle en avait discuté avec Nicolas Sarkozy en juillet 2009), n’a pas l’intention de se laisser faire: «Je ne vois pas comment François Fillon pourrait arriver, m’évincer au seul motif qu’il est premier ministre ou qu’il en a marre de la Sarthe ! On en a un peu assez qu’on s’essuie toujours les pieds sur les femmes, a-t-elle dit mardi sur RTL. Ce serait un petit peu ingrat vis-à-vis de ses électeurs et de son département, mais ce serait aussi un peu violent de pratiquer la politique de cette manière», a-t-elle ajouté.L’annonce cette semaine des investitures pour les sénatoriales de septembre a mis le feu aux poudres. On y trouve, en tête d’affiche, Chantal Jouanno, la ministre des sports, qui s’était d’ailleurs déjà déclarée en faveur d’une candidature Fillon à Paris, mais aussi, en quatrième place, Daniel-Georges Courtois, un proche du premier ministre. Trop de fillonistes, selon Rachida Dati. La députée européenne a décidé de s’opposer, avec cinq autres maires d’arrondissement UMP, à cette liste officielle.

L’ancienne ministre de la justice ne se contente pas de mener la fronde face aux fillonistes à Paris. Depuis son éviction brutale du gouvernement, en juin 2009, ses critiques à l’encontre de la majorité se multiplient, avec de moins en moins de réserve. Son calcul est simple: pour revenir sur le devant de la scène, il faut entrer en résistance. Le chef de l’Etat n’entend-il pas que ceux qui lui tiennent tête, comme le prouve le retour au gouvernement d’Alain Juppé?En décembre 2009, en plein débat sur l’identité nationale, Dati estime ainsi «légitime» de se poser cette question mais met en garde: «Il ne faut pas réduire la question de l’identité à celle de l’immigration et de l’intégration.»

Après un silence de quelques mois, elle réapparaît, en juin 2010, aux côtés… de Jean-François Copé, lequel se fait un plaisir de rallier les négligés du sarkozysme. Elle répond donc à l’invitation du «café politique» du club copéiste Génération France. «Elle a quitté le gouvernement dans les conditions que vous savez…, lance l’ex patron des députés UMP ce soir-là. Ça nous a fait un petit point commun d’ailleurs, parce qu’on a tous les deux été foutus dehors, à trois ans d’intervalle (Jean-François Copé a été ministre du budget jusqu’en mai 2007, puis «viré» par Nicolas Sarkozy). Ça forme!» Il évoque même une «histoire d’amitié ancienne (avec l’ex-ministre de la justice), qui n’a jamais failli, malgré les épreuves de la vie – et Dieu sait si elle en a connu!». «Elle a pris beaucoup de coups. A chaque fois (…) nous avons été (à Génération France) de ceux qui ne les ont jamais laissés impunis…»

Sarkozy risque de se faire «engueuler sur le terrain»
Rachida Dati revient donc régler ses comptes. Le 2 juillet 2010, dans l’émission «Parlons net», elle multiplie les flèches. «Il faut arrêter de dire que tout va bien. (…) Les gens ne sont pas contents. On ne voit peut-être pas les mêmes Français», lance-t-elle, avant de s’en prendre à Brice Hortefeux On verra la décision définitive. Mais si vous êtes condamné pour “injure raciale”, ça a un sens»), l’ex-conseiller élyséen Pierre Charon, le président des Jeunes Pop Benjamin Lancar, le député Jean Tiberi («Il brigue (sa circonscription) aussi pour son fils. On n’est pas dans des dynasties non plus…»), Fadela Amara, etc.Trois mois plus tard, elle démarre la rentrée politique en critiquant le projet de loi sur l’immigration d’Eric Besson, qui marque un nouveau durcissement de la politique migratoire. «La politique d’intégration, ce n’est pas uniquement des contraintes et des sanctions. C’est favoriser les parcours, reconnaître le mérite, être beaucoup plus incitatif… Le projet gagnerait à s’enrichir de mesures beaucoup plus positives et incitatives», expliquait-elle sur France Info, rappelant que «la France est une synthèse et qu’elle s’est enrichie de l’immigration».

En février dernier, avalanche de coups de sang. L’ancienne ministre de la justice émet des réserves sur deux projets du chef de l’Etat: les jurys populaires et le débat sur l’islam. Elle se dit «extrêmement réservée» sur l’introduction de jurys populaires dans les tribunaux correctionnels car «le droit, ça ne s’improvise pas» et que ceux-ci «traitent plus de 600.000 affaires par an», «sur des délais beaucoup plus courts» qu’en cour d’assises. «Il faut faire très attention de ne pas créer une justice qui s’éloigne de l’application du droit. Le droit, c’est un moyen de protéger nos libertés individuelles et d’éviter parfois des erreurs.»

Elle se montre plus virulente sur l’organisation d’un débat sur l’islam par l’UMP, mettant en garde contre une «stigmatisation» des musulmans. «Le débat sur l’islam, moi ça ne me pose aucun problème, ce débat est pertinent. Mais il faut faire attention, et c’est important de le dire, de ne pas stigmatiser l’islam en tant que religion et de ne pas stigmatiser les musulmans, qui sont d’abord Français, en tant que pratiquants», expliquait-elle.

Ajoutant: «Ce n’est pas l’islam qui pose un problème. Le problème aujourd’hui, c’est de combattre ceux qui dévoient l’islam, qui l’utilisent pour défier les valeurs de la République, le sujet il est là. (…) Il faut aussi que les musulmans, comme pour toutes les autres religions, aient des lieux de culte et de prière décents.» A propos des prières dans les rues, elle s’emporte: «Si le phénomène a pris de l’ampleur, c’est simplement parce qu’on a laissé faire. Il ne fallait pas le tolérer.»

Une semaine plus tard, elle pilonne la politique arabe de la France. «Notre politique étrangère, c’est zéro lisibilité», assène-t-elle. «La politique arabe de la France ne peut plus être fondée sur la seule crainte des islamistes et dans la seule perspective de maîtriser les flux migratoires», dit-elle.

En mai dernier, à l’occasion des quatre ans de l’élection de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati fait la tournée des médias pour donner des conseils au chef de l’Etat. «Le président de la République devrait renouer avec les Français, (refaire) de vraies visites de terrain. Sans doute se fera-t-il engueuler sur le terrain», dit-elle sur BFM.

Sur RFI, elle explique que Nicolas Sarkozy sera candidat en 2012, «c’est un secret de Polichinelle», mais qu’elle ne sera pas porte-parole de la campagne – comme en 2007 – car «dans la vie, il ne faut jamais refaire la même chose». La politique d’intégration? «Ce n’est pas un succès.» La réforme de la carte scolaire? «On a échoué, ça a accentué les inégalités.» Elle reconnaît tout de même qu’«il y a eu des réformes exceptionnelles»… et notamment celle de la justice qu’elle avait elle-même portée.Les propos de Laurent Wauquiez sur l’assistanat? «Arrêtons de diviser les Français! (…) On est en période de crise, je ne crois pas que les gens qui sont au RSA soient très contents d’y être. (…) Je crois que M. Wauquiez devrait aussi rencontrer des gens qui sont au RSA, des femmes seules, avec des enfants, qui n’ont pas de pensions alimentaires, qui essayent de travailler», dit-elle, citant «les femmes de ménage qui commencent très tôt à cinq heures du matin» et qui «reprennent un emploi grâce au RSA». L’UMP court-elle derrière le FN? «Faire de la politique que pour contrer des extrémistes, moi c’est pas ma conception de la politique, (mon but) c’est d’améliorer la vie des gens… Et puis si on pouvait arrêter de diviser les Français, c’est pas mal, il faut arrêter de montrer du doigt des catégories.»

Mardi, sur RTL, elle défendait encore l’une de ses réformes et s‘en prenait au rapport du député UMP Eric Ciotti. «Ce qui me gêne dans ce rapport, c’est de remettre en cause des engagements du président de la République», a-t-elle estimé, évoquant la proposition de limiter les aménagements de peines de prison. «Ce serait dommage de revenir sur une mesure du programme présidentiel de 2007», soulignait-elle en rappelant sa réforme.

Pour mener sa fronde, l’ancienne garde des Sceaux s’est trouvé un allié surprenant: Pierre Charon, le conseiller de Nicolas Sarkozy mis au piquet par l’Elysée en avril 2010, qui briguait la quatrième place de la liste parisienne. Une entente qui ne manque pas de sel: les deux personnages s’étaient violemment accrochés au printemps 2010, lors des rumeurs d’infidélité au sein du couple présidentiel. Dati avait été soupçonnée d’en être à l’origine. Elle a toujours été convaincue que Charon était derrière ces accusations. «Voilà ce qui arrive quand on s’attaque à la Firme!», aurait lâché l’ex-conseiller élyséen après une exécution en règle de la maire du VIIe, lors d’un déjeuner d’élus parisiens de la majorité, le 30 mars 2010.

Aujourd’hui, Rachida Dati affirme n’avoir «rien oublié». «Mais en politique, dit-elle, on peut avoir des intérêts communs.»

Par Marine Turchi pour « Mediapart »

Une réponse à “En disgrâce, Rachida Dati tente la manière forte”

  1. babelouest dit :

    Et au PS (traduire Solférino), on dit quoi, on fait quoi ?

    J’ai parcouru les propositions « officielles ». C’est dramatiquement insuffisant. Des pans entiers de notre avenir sont sans réponse. Les caciques du PS continuent à faire confiance en l’union européenne, dont on voit bien tous les jours qu’elle est est un échec, mais qu’elle s’enfonce dans ses certitudes et ses options catastrophiques. Il suffit de demander aux Grecs, aux Portugais…. ce n’est pas à eux de payer pour les turpitudes de ceux qui se sont institués leurs dirigeants. La même chose vaut pour notre pays.

    Quid des retraites, de la santé, de l’éducation ? Des cataplasmes, posés sur la jambe de bois, voilà ce qui est proposé. Rien pour effacer les inepties (pour être poli) instituées par le gouvernement et la majorité actuels. Rien pour prendre l’argent là où il est, chez les propriétaires de titres, les spéculateurs, les banquiers, etc….

    Aucune remise en cause de cette bêtise (là aussi, restons courtois) que fut l’intégration dans l’OTAN, là où au contraire il fallait s’en dégager complètement. Ce n’est qu’un bras armé d’une autre puissance, hégémonique (Afghanistan, Irak, maintenant Libye en sous-main comme souvent), inique (au hasard, voir Guantanamo), dramatique par sa politique financière qu’elle fait supporter aux autres.

    Je ne m’étendrai pas plus (Euro, immigration et intégration, gaz de schiste, Codex Alimentarius, etc…) : pas de vraies réponses parisiennes, même si les militants tentent de proposer des pistes à débattre, et même des solutions à apporter.

    Le bipartisme que la classe politique, aidée par tout l’appareil médiatique, veut nous imposer, est une catastrophe. Dans tous les pays où il est appliqué de fait, la démocratie est passée aux orties depuis longtemps. Les élus ne représentent qu’eux-mêmes, ainsi que les coteries qui les soutiennent en attendant un lucratif retour d’ascenseur.

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