Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

11 juin 2011

Un pays d’eau à l’agonie !

Filed under: 15 - Fédération 17 — iledere @ 12:00

Communiqué de la Coordination pour la défense du Marais Poitevin

Limitation des usages de l’eau : ni fuite en avant, ni recul !
Les arrêtés de restriction des prélèvements pour l’irrigation agricole s’enchaînent rapidement autour du Marais poitevin, et ailleurs en Vendée-Poitou-Charentes.

La situation météorologique est en effet critique. Le fait que la plupart des canaux du marais soient encore correctement en eau ne doit pas masquer la gravité de la situation : les débits des cours d’eau sont extrêmement faibles ; la plupart des sources de bordure alimentant le marais sont en ‘rupture d’écoulement’, ou – pour les plus productives – présentent des débits eux aussi fort réduits.

Globalement, en cette fin-mai, le marais présente la physionomie qu’il devait avoir à la fin de l’été avant que l’irrigation intensive ne s’installe sur la plaine.

Un premier élément notable est que les préfets ont tous dû aller au-delà des préconisations de leurs propres arrêtés-cadre, destinés en principe à encadrer la gestion de la ressource en situation de crise.

Faute d’une gestion structurelle de la ressource en eau, qui impliquerait d’adapter les prélèvements à la ressource vraiment disponible, l’administration s’est placée dans le cas de devoir utiliser ces arrêtés pour faire face une situation de surexploitation chronique. Et comme la pression insistante du lobby de l’agriculture intensive et d’élus complaisants (1), aboutit à ce que les seuils de gestion sont beaucoup trop permissifs, ces arrêtés-cadres ne permettent évidemment pas de répondre à des situations particulièrement critiques.

Résultat : à la fin du mois de mai, la plus grande partie du bassin versant est en restriction totale, hors les dérogations pour les cultures spéciales et les besoins des éleveurs. Il est remarquable qu’un secteur fait exception : celui des Autises, en Sud-Vendée, où la nappe et la rivière ne sont pourtant pas en meilleur état qu’ailleurs.

Quelle autre explication peut-on trouver à cette exception, sinon la volonté de pas mettre en difficulté la maîtrise d’ouvrage du programme quasiment achevé et opérationnel de réserves d’eau de ce secteur ?

Comment le syndicat mixte Vendée-Sèvre-Autises pourrait-il en effet justifier d’avoir engagé une quinzaine de millions d’euros de fonds publics dans cette opération, dès lors que le secteur se trouverait reconnu comme étant toujours dans la même difficulté de gestion que ses
voisins, avec comme conséquences des mesures de restrictions aussi sévères ?

On comprend bien que traiter ce secteur de la même manière que les autres reviendrait à déjuger une opération réputée exemplaire (si l’on en croit ses promoteurs), servant de référence à la mise en place de projets similaires, encore plus gigantesques, dont la gestation est en cours dans la plaine, de Fontenay-le-Comte à Longeville, en Vendée ; sans parler de la contagion qui s’opère dans les vallées du Curé et du Mignon, en Charente-Maritime, de la Courance et de l’amont de la Sèvre niortaise, en Deux-Sèvres.

La Coordination pour la défense du Marais Poitevin dénonce avec force l’instrumentalisation de la réelle détresse de beaucoup d’éleveurs pour justifier l’accélération de la construction de ces aménagements coûteux, alors que l’on sait qu’il existe d’autres solutions pour faire face à la surexploitation chronique de la ressource en eau. Ces alternatives agronomiques permettent aussi de mieux résister aux sécheresses exceptionnelles.

A partir de juin (2), alors que les arrêtés-cadre vont passer d’un régime dit de printemps à un régime d’été, la pression de l’irrigation intensive sera forte sur l’administration pour que celle-ci allège ses restrictions. Compte tenu de la situation qui n’est plus réversible cette saison, la Coordination pour la défense du Marais Poitevin demande solennellement aux autorités de maintenir, et même de renforcer autant que de besoin, les restrictions en cours.

Un recul serait un signal désastreux face à une population scandalisée par les excès d’une minorité d’agriculteurs cyniquement attachés à défendre leurs intérêts au mépris de l’intérêt général.

Lu sur le blog « le ragondin furieux »

[1] Les mêmes qui ont fait trébucher le SAGE « Sèvre Niortaise et Marais Poitevin.
[2] Le 1er juin en Vendée, et le 13 juin en Deux-Sèvres et en Charente-Maritime. A partir de cette date, les seuils de déclenchement de restriction inscrits dans les arrêtés-cadre préfectoraux sont plus bas : progressivement en Vendée et brutalement en Deux-Sèvres et en Charente-Maritime.

Une réponse à “Un pays d’eau à l’agonie !”

  1. babelouest dit :

    Hum… je me sens brutalement concerné. Gamin, j’accompagnais mon père dans les marais atteints d’un processus normal, « les évailles », l’envahissement sur deux mètres de hauteur de tout le bassin qu’on nomme « le marais mouillé » en hiver, voguant sur des « plates » de dix pieds sur un océan de prairies herbues apparemment perdues, de fils de fer barbelés engloutis, tout un monde bien particulier en somme. Pour en comprendre un peu, voir les DVD de « Les Cinq dernières Minutes » nommé « Un parfum d’angélique », ou de Maigret, « L’inspecteur Cadavre » pour avoir une petite idée du contexte.

    Récemment, je suis retourné sur les lieux de mon enfance. Tout est tellement plus sec, en raison de l’abus de maïs qui pompe l’eau à vitesse maximum ! On tue notre vie. Sans état d’âme. Comme des robots conditionnés par un illusoire besoin de fric bidon.

    Je suis persuadé, sans l’avoir rencontré, que l’actuel occupant de l’ancienne seigneurie (transformée en simple ferme) où par hasard sont nés mon grand-père et ma mère est aussi outré que moi. Ingénieur, il doit savoir de quoi il parle.

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