Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

17 juillet 2011

Les sénateurs continuent de se voiler la face et ce sont les stagiaires qui trinquent

Filed under: 02 - Education,06 - Travail-Entreprises — iledere @ 12:30

Argent, balance (flickr, Images_of_Money, cc)Mois de juillet : pour certains, ce sont enfin les vacances. Pour d’autres, la période « stages d’été ». Et à la rentrée, il y a fort peu de chance pour que le stage se transforme en CDI béni.

Les députés et sénateurs ont étudié mercredi 13 juillet 2011 un projet de loi sur la revalorisation du droit du stagiaire. Une victoire pour les jeunes – et moins jeunes – diplômés ? Rien n’est moins sûr. À regarder de plus près les amendements proposés par certains députés (de droite), l’idée de « revalorisation » s’apparente beaucoup plus à un nouvel attrape-couillon.

Forcément, ça tombe en plein pendant les vacances d’été. On connaît la chanson depuis le temps. Rien de mieux pour faire passer en douce des projets de lois, qui plus est en dernière lecture, sans que personne ne s’en rende compte.

Ce projet de loi pour « le développement de l’alternance et de la sécurisation des parcours professionnels » avait initialement pour but de réduire les abus que subissent les stagiaires (tous niveaux d’étude confondus). Car s’il est vrai que pendant les périodes de vacances scolaires et les soldes, de nouvelles offres de stage font surface et proposent des stages de moins de deux mois en tant que « stagiaire-vendeur » qui ne requièrent pas de vraies compétences ni de diplômes universitaires, il existe aussi des stages de fin d’étude (niveau Bac+5) et ces derniers peuvent être tout aussi mal rémunérés.

D’ailleurs, on touche ici un point sensible. Il existe effectivement des disparités énormes dans la rémunération des stagiaires. Pourquoi passer de 417 euros (minimum obligatoire au bout de deux mois de stage) à plus de 1600 euros ? Vous allez me dire que c’est lié au niveau d’étude, ou bien que ce ne sont pas les mêmes cursus. Vous vous trompez :

– Il existe très peu d’entreprises qui plafonnent la gratification du stage en fonction du niveau d’étude.

– Pire encore, ce n’est pas non plus une question de cursus différent. Prenons les écoles d’ingénieurs agronomes, tous les étudiants d’une même promo doivent effectuer un stage de fin d’étude d’une durée d’environ six mois. Vers le mois de janvier commence la recherche effrénée du stage idéal. C’est un marathon entre les étudiants qui défilent de boîte en boîte afin de décrocher un contrat…de stage.

Eh bien, ces mêmes étudiants qui ont suivi le même cursus ne seront pas rémunérés de la même façon. Un stage chez Danone, ce n’est pas un stage chez Naturabox ou dans un organisme public, tels que l’ANSES ou l’INPES.

Revenons-en à nos moutons – pardon, à nos sénateurs –, ainsi qu’à ce projet de loi sur lequel ont planché syndicats et organisations patronales. Le 22 juin dernier, la sénatrice du Nord Sylvie Desmarescaux (UMP) a trouvé que ce projet était trop bienveillant à l’égard des stagiaires. Il ne faut pas pousser, remettons-les à leur place, à savoir le remplacement de vrais emplois déguisés.

A donc été adopté un amendement allant à l’encontre du plafonnement de la durée de stage à six mois. Dans un précédent article, j’écrivais que la proposition des sénateurs de fixer à six mois la durée maximale d’un stage était une victoire de gagnée, mais que tout restait à jouer.

C’est bien malheureux de voir que l’idée même qu’un stage de plus de six mois est en inadéquation totale avec les fondements du stage. Ça ne rentre pas dans la mentalité de certains sénateurs qui trouvent les stagiaires encore trop bien lotis.

À quand des stages pour sénateurs ? Parce qu’entre la prime de 3500 euros qu’ils ont voulu s’accorder il y a une semaine et le scandale lié à l’affaire du questeur Pastor, il semblerait qu’un stage de bonne conduite ne leur ferait pas de mal. Il y a bien des stages pour les mauvais conducteurs.

Les sénateurs sont définitivement déconnectés de la réalité et ne pensent qu’à leur réélection. Pourquoi prétendre s’intéresser aux jeunes qui galèrent, aux stages abusifs et punir les mauvaises entreprises en encadrant de façon plus stricte la législation ? Autant annoncer la couleur dès le départ : le stagiaire est et restera la variable d’ajustement de notre économie.

L’amendement proposé en première lecture remet donc en cause la durée maximale du stage à six mois. Ainsi, les patrons seront heureux d’apprendre que l’État est complice (ainsi que les universités) dans leur approvisionnement d’un vivier de jeunes (sur)diplômés, malléables à souhait, et prêts à effectuer des stages d’un an – voire plus – en espérant secrètement obtenir un CDI à la clef.

Le Sénat cautionne les emplois déguisés sous forme de stage, telle est la réalité actuelle. On nous expliquera alors que nous sommes dans une conjoncture économique défavorable et que cette situation n’est que temporaire. Mais plus le temps passe, plus le nombre de stagiaires augmente chaque année. D’ailleurs, c’est un phénomène assez logique puisque, le plus souvent, très peu de stagiaires sont embauchés à la fin de leur stage, et les autres se débattent entre job alimentaire et nouveaux stages.

CQFD : il y aura forcément plus de stagiaires en 2012, vu que les stagiaires de 2011 ne trouvent pas d’emploi et que les nouveaux diplômés de 2012 cherchent à leur tour des stages. À mon avis, il ne faut pas avoir fait math spé pour comprendre ça.

Au lieu de dénoncer, permettez-moi de proposer quelques idées simples :

– Par exemple, que la gratification du stage soit appliquée en fonction du niveau d’étude de l’étudiant. Un jeune de 20 ans ou en année de césure n’a pas les mêmes compétences que celui en Master 2 qui effectue son stage de fin d’étude. Soyons cohérents, dans une entreprise on ne va pas payer un Junior comme un Senior. Alors pourquoi cela semble si aberrant lorsqu’on parle du stage ? Il y a d’ailleurs des entreprises qui sont vertueuses et appliquent ce genre de principe, tel que Etam.

– Enfin, pourquoi rémunérer différemment, à diplôme égal, deux étudiants sortants d’écoles différentes mais ayant pourtant le même cursus ? Car il est un fait avéré, c’est que plus l’école est renommée, plus le stage à la fin des études est facile à trouver et mieux il sera gratifié. Sauf que pour rentrer dans ces écoles, il faut beaucoup d’argent. Donc retour à la case départ : si on veut un stage bien payé, il faut bien payer son école. Et tout le monde n’en a pas les moyens.

C’est une nouvelle forme de ségrégation géographique et de stigmatisation de ceux qui ne sont pas nés dans le 7e arrondissement de Paris, et qui font chaque jour plus de deux heures de transports en commun pour se rendre à l’université. Manque de bol pour eux, si ce n’est pas Dauphine ou Assas, autant qu’ils restent chez eux.

Et pourtant, vous ne rêvez pas, c’est la proposition de Frédéric Winckler, le président de l’Association des agences-conseils en communication, qui a suggéré à ses partenaires au début du mois de juillet la rémunération des stagiaires en fonction de leur établissement d’origine. Il a ainsi présenté dans son secteur une liste des treize meilleures écoles de communication.

Vous ne trouverez dans cette liste aucune école ou université située en banlieue, et quelques rares d’entre elles sont en province tel que l’EM-Lyon. Ces cursus de prestige – souvent plus chers que les autres cursus universitaires – sont le Celsa, de Sciences Po Paris, HEC, Université Panthéon Assas – Paris II, ou bien encore l’université de Dauphine.

Arrêtons de nous voiler la face avec les déclarations de Sarkozy promettant une société méritocratique, car dans les faits il est nécessaire d’être bien né pour moins galérer.

Par Hela Khamarou pour « nouvelObs.com »
Observatrice politique


Une réponse à “Les sénateurs continuent de se voiler la face et ce sont les stagiaires qui trinquent”

  1. La main gauche dit :

    Le stage reste une expérience théorique, c’est toute la distance qui sépare le stage d’un CDD. Dans le cas contraire, on est forcément dans l’emploi déguisé.
    Le stage, en tant qu’expérience théorique, ne pourrait donc pas avoir la même valeur qu’un emploi, même CDD, sur un CV. Il ne pourrait non plus, sur ces considération, être comptabilisé pour la retraite. Toutefois, en ce qui concerne la retraite, si les stages viennent allonger la durée d’étude, ne faudrait-il pas considérer qu’on est alors jeune plus longtemps avant d’être vieux plus longtemps, et ne faudrait-il pas qu’un allongement de la durée d’étude vienne au final réduire d’autant le nombre d’annuités nécessaires pour atteindre le taux plein ??. En résumé, l’allongement de la durée moyenne des études n’ouvrirait pas de droit à la retraite mais permettrait, à un certain stade, de réduire le nombre d’annuités.

    Alors, c’est peut-être moins au niveau des entreprise qu’au niveau du cursus « étudiant » qu’il faudrait poser des limites. Un jeune ne devrait donc pas pouvoir faire plus de 2 à 3 mois de stage par niveau d’étude. Une souplesse pourrait être prévue pour qu’ils soient réalisés à chaque niveau d’étude ou bien cumulés sur plusieurs niveaux d’études. Ainsi, il n’y aurait plus distinction entre stage intégrés à une formation et stages découvertes, le jeune, pour un niveau d’étude donné, n’aurait droit qu’à une durée limitée à 2 ou 3 mois de stage. Dans ce cas, les questions de « gratifications » n’auraient pas de sens, il resterait seulement à prévoir des soutiens financiers dans le cadre des études (bourses, allocations, etc..).

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