Section socialiste de l'île de Ré
Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jean Jaures – Psiledere@aol.com

24 juillet 2011

Le populisme contre le peuple ?

Filed under: 01 - Etudes et analyses,11 - société — iledere @ 6:30

Le populisme vient régulièrement nourrir la la réflexion collective et les débats politiques. Notamment en été quand l’actualité immédiate laisse du temps et permet une disponibilité de l’esprit. Les Entretiens de Pétrarque à Montpellier ont notamment été consacrés à ce thème (Le Monde).

Il est clair que le populisme, pour ceux qui ont pris l’habitude de le dénoncer, est devenu une manière commode de se placer du bon côté de la pensée – là où le peuple représente un concept acceptable. En dénigrant sa caricature, son image grimaçante que serait le populisme, ils se donnent, sans trop de peine, une image de parfaits et distingués républicains. Dans notre démocratie, cette insulte qui vise à discréditer l’adversaire offre l’avantage d’être une notion à la fois précise et vague de sorte qu’elle fait mal mais sans qu’on se sente obligé de l’expliciter. Ainsi, elle sert de critique fourre-tout qui prétend accabler par exemple aussi bien Marine Le Pen que Jean-Luc Mélenchon et profite d’une impression générale qui laisse présumer une compréhension mais sans approfondissement.

Longtemps, on a pu considérer que le populisme était, pour la gauche, le peuple de droite, le peuple à laquelle celle-ci faisait volontiers référence non pas dans sa définition abstraite mais dans sa traduction concrète, quand les conservateurs ou même les libéraux, bien que plus réticents devant l’exploitation de cette mine démocratique, éprouvaient le besoin, contre les légitimités institutionnelles, de s’appuyer sur les évidences naturelles ou les arguments de bon sens – en tout cas allégués comme tels.

Il me semble que cette accusation visant à affirmer la droite propriétaire de la démagogie qui pour certains est au coeur du populisme a fait long feu. Précisément parce que son identité essentielle, qui est tout de même de jouer le sentiment populaire contre les élites à la fois arrogantes et déconnectées du réel, est partagée aujourd’hui par des personnalités et des courants qui, antagonistes sur le plan des programmes, se ressemblent à cause de leurs modalités d’expression. Il y a une volonté de parler « vrai » et même « brutal » qui apparaît dorénavant comme la revendication d’un « populisme » acceptable dont la finalité principale et, il faut le dire, souvent convaincante réside dans la mise en pièces d’un système officiel qui tiendrait serrés, dans un même désir d’étouffement républicain, médias, politiciens professionnels et profiteurs d’une démocratie plus apparente que réelle.

En ce sens qui n’est pas médiocre, on pourrait évidemment élargir le cercle et s’imaginer placer François Bayrou ou Nicolas Sarkozy, par certains traits de sa politique, de ses discours et de sa personnalité, dans cette catégorie des « populistes » honorables. Pourtant, à mon sens, ce serait une erreur intellectuelle que d’accomplir ce saut parce que ce qui les distingue l’un et l’autre dans un registre différent du populisme tel qu’on se plaît à la vilipender, c’est une double raison.

Pour François Bayrou, la dénonciation, si elle existe forte et argumentée – il est opposant – n’est de loin pas le seul mode d’expression de ses divergences avec le Pouvoir. A rebours, et c’est aussi une manifestation de cette même complexité, il ne promet pas non plus monts et merveilles pour demain. Le populisme vulgaire oscille entre dénigrement systématique et utopie.

Quant à Nicolas Sarkozy, il est à l’abri d’un reproche global de populisme précisément parce qu’un président de la République est confronté au réel, doit proposer des actions, entreprendre, réagir et, grâce à ces démarches qui contraignent à une lucidité minimale, est certain d’échapper à cette facilité du « il n’y a qu’à » qui caractérise le sommaire, le confort et l’irresponsabilité de la revendication populiste.

Le risque pour l’avenir, c’est que, pour expulser le populisme mauvais, on fasse fi du peuple bon et que pour discréditer des vérités trop douloureuses à entendre, on les déclare inspirées par le populisme quand elles ne le seront que par l’exigence républicaine de donner sa juste place à la parole du peuple.

A chaque fois que quelqu’un, aujourd’hui, se verra taxer d’être populiste, il faudra demander à voir.

Par Philippe Bilger pour son blog

2 réponses à “Le populisme contre le peuple ?”

  1. Alain L dit :

    D’une part, je ne vois pas trop ce que fait le billet de ce personnage de la Justice qui a fait son chemin grace à Sarkozy, en commençant par le défendre allègrement dans les pages d’Agora Vox, au temps où la décomplexion de l’allocataire élyséen inspirait tous les beaufs de droite et pas mal de crétins de gauche, au point de les faire poser avec enthousiasme en couverture des pages pipoles en sa compagnie…

    « Quant à Nicolas Sarkozy, il est à l’abri d’un reproche global de populisme ». Strictement à mourir de rire. C’est « l’homme immobile » de Dakar, les Roms stigmatisés de toutes les manières, la « guerre » déclarée aux « voyoux », le « Karcher » pour nettoyer les classes populaires qui vont apprécier.

    Bref, quand on est socialiste dans l’ile que Nougaro adorait, on ne trouve rien de mieux que publier les textes aussi désinformateurs et serviles d’un procureur petit mais acharné à faire carrière.

    Quitte à me voir trouer par une balle populiste, j’ai la folle envie de renvoyer les élus ou autres qui tiennent ce blog « socialiste » dans quelque cité bien chaudes, où ils compteront chaque jour les billets qui séparent un SMIC de la fin du mois jusqu’à ce qu’ils comprennent dans leur chair et dans la ceinture de leur pantalon, ce que c’est qu’être de gauche aujourd’hui, ce que c’est que de n’avoir que l’espoir d’un ultra-libéralisme à la mode ile de Ré, un avenir sans espoir que de compter encore plus et de voir sa vie devenir survie avec un avenir bouché, tandis que la télé chaque jour les mêmes débats surréalistes, où les créateurs, les vrais pratiquants du populisme s’affronte en des débats qui n’ont strictement rien à voir avec le réel et signent le petit doigt en l’air un mépris total du peuple et des valeurs de la gauche, de la société, de la vie réelle.

    Vous ne publierez sans doute, mais ça m’est égal. Un m’aura lu…Et de toute façon, je vous emmerde glorieusement et copieusement. Kamarades.

  2. La main gauche dit :

    N’est ce pas justement Sarkosy qui est le seul à pouvoir être taxé de populiste par la preuve puisque nous avons la comparaison entre ses actes ou sa confrontation au réel par rapport à ses discours ?
    Pour en revenir à Mélenchon et Marine Le Pen, si le premier peut encore souffrir d’un dénigrement (dont il ne souffre pas vraiment puisqu’il le revendique), la deuxième ne peux plus être populiste car elle est simplement devenue populaire !. Après il faut regarder où elle se situe sur l’échiquier politique, fort heureusement Marine Le Pen n’a pas encore contesté ce positionnement conventionnel, et relire ce que signifie « droite » ou « extrême droite » et voir si ça nous correspond, c’est encore par là, pour le moment, qu’on peut trier son propre bon grain de l’ivraie, enfin.. sauf si des Bayrou en puissance finissent par faire passer l’idée qu’il n’y a plus ni droite ni gauche.

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