Section socialiste de l'île de Ré
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1 août 2011

IRRIGATION ET SECHERESSE : Faut-il stocker l’eau ?

Filed under: 11 - société,20 - UMP — iledere @ 6:30

arton742.jpgUn plan de développement de la ressource en eau comprenant la création d’unités de stockage a été annoncé par Nicolas Sarkozy pour faire face à la sécheresse. Si cette mesure pose des questions sur le modèle agricole de demain, elle ne pourrait être qu’une annonce électoraliste pour conserver le vote agricole.

Selon les climatologues, nous vivons en France la sécheresse la plus grave depuis au moins 50 ans, et le phénomène risque de se reproduire, puisque les scénarios de changement climatique prévoient une hausse des températures avec des précipitations en baisse. Pour répondre aux attentes des agriculteurs qui doivent y faire face, Nicolas Sarkozy a annoncé le 9 juin dernier plusieurs aides financières, et une mesure qui s’inscrit dans le temps, un plan de développement de la ressource en eau.

L’idée parait simple : stocker l’eau en hiver, lorsque la ressource est abondante pour la restituer en été quand elle manque. Mais derrière se pose le débat plus large du modèle agricole que l’on veut mettre en place pour le futur. Du côté de la Fnsea et des associations d’irrigants et de céréaliers, qui militent depuis des années pour une meilleure prise en compte des besoins des agriculteurs, l’annonce est accueillie positivement. Les associations environnementales ne le voient pas de cet œil là, et Bernard Rousseau, responsable des politiques de l’eau à France nature environnement (FNE), dénonce « le choix du tout stockage qui serait un hold-up insupportable ».

En France, un agriculteur sur sept est un irrigant, et seulement 6% de la surface agricole utile est irriguée. Mais la profession utilise plus de 50% de l’eau consommée en France, et jusqu’à 80% en été, période où la ressource manque.

De l’eau pour faire quoi ?
Les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy comprennent un plan quinquennal pour la création de retenues d’eau. A l’heure actuelle, personne ne sait en quoi consistera concrètement ce plan, mais il fait déjà débat : « Si c’est pour se prémunir d’une sècheresse, c’est complètement inutile. Les réserves sont faites pour éviter à ceux qui irriguent d’avoir des restrictions d’eau, mais la très large majorité des paysans n’irriguent pas. Il faut se poser la question de quelle irrigation, pour quelles productions et pour quelle valeur ajoutée », commente Jacques Pasquier, qui suit le dossier à la Confédération paysanne.

Pour lui, « l’irrigation a permis beaucoup de choses et on en a oublié les techniques agronomiques. Il faut réfléchir au choix des cultures, à l’assolement et la rotation ». Le dossier et complexe et les enjeux sont différents selon les productions et les territoires. Mais inévitablement, la question de la gestion de l’eau pose celle de l’agriculture de demain : « Le système actuel est condamné. Il profite à quelques agro-industriels et leur productions spéculatives, pas à la majorité des agriculteurs, pas aux éleveurs, pas à l’environnement », lance Bernard Rousseau, qui dénonce le rôle de l’agriculture dans la pollution généralisée des eaux de surface. « C’est peut être le moment d’aller vers une politique de vérité des prix et de réduire les inégalités de traitement entre agriculteurs. On montre des images d’éleveurs qui sont dans la misère pour justifier la construction d’ouvrages en zone céréalières ! ».

Le maïs est le coupable idéal pour stigmatiser l’irrigation à outrance des agriculteurs, qui pompent dans les rivières et les nappes déjà à sec. Le débit de la Charente approche du seuil de crise au delà duquel tous les prélèvements sont interdits. Selon le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), 79% des nappes phréatiques affichent un niveau inférieur à la normale, et il faudra plusieurs saisons hydrologiques normales pour les remplir. Il faut moins pomper dans les nappes, et peu sont ceux qui contestent ce constat. Mais l’agriculture française ne se limite pas au maïs irrigué. Dans les fruits et légumes, l’horticulture ou certaines arboricultures, l’eau est indispensable. Chez les éleveurs qui produisent leurs céréales irriguées, elle est primordiale. Les unités de stockage d’eau semblent donc être une partie de la solution, combinée à une évolution des pratiques.

Gros barrages contre petits lacs
Les agriculteurs sont dans l’ensemble demandeurs de petites retenues et craignent que les instances dirigeantes ne s’orientent vers la construction de gros ouvrages. Les projets d’aménagement de stockages sont mis en cause pour leurs impacts environnementaux, et certains ont déjà montré leurs limites : « Autour de la Clouère, on a fait tout ce que la Chambre d’agriculture avait préconisé, et tous les ans, c’est le premier ou le deuxième cours d’eau à être en restriction », constate Jacques Pasquier. « Les macros projets vont dans le mur et aggravent le problème, les microprojets peuvent le résoudre. On peut faire des retenues collinaires, qui sont des petits étangs adaptés au milieu. L’investissement est beaucoup moins important. Dans le Gers par exemple, il y a beaucoup de retenues qui alimentent des petites fermes. On peut y faire autre chose, comme de la pêche ou des activités économiques », explique-t-il. Les retenues collinaires, de petits lacs alimentés soit par la pluie, soit par des cours d’eau, dédramatisent le débat. Même les associations environnementales, qui émettent quand même des réserves, ne sont pas contre le principe.

Le portefeuille à sec

Si c’est la construction de retenues collinaires qui est privilégiée, reste la question du financement. « C’est facile de lancer une idée et de ne pas y mettre un sou. Il faut que Nicolas Sarkozy accompagne ses propositions d’une enveloppe financière », estime Raymond Girardi, secrétaire général du Modef. Dans son département, le Lot-et-Garonne, 59 projets sont en cours. Pour l’instant, ce sont principalement les agences de l’eau qui mettent la main à la poche, donc les consommateurs d’eau. Les collectivités territoriales complètent l’enveloppe. Les mesures de Nicolas Sarkozy posent donc plus de questions qu’elles n’apportent de réponses, et nécessiteront des mesures économiques et législatives importantes.

par Yannick Curt pour « la terre.fr »

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